Dominique Attias : Rien ne ferra faiblir la résistance des femmes iraniennes – Conseil National de la Résistance Iranienne




Dominique Attias, présidente du conseil d’administration de la Fondation des avocats européens, intervient lors de la conférence du CNRI à l’occasion de la Journée internationale des femmes 2025

S’exprimant lors d’une conférence internationale intitulée, « Femmes : force pour le changement, Iran libre 2025 » à Auvers sur Oise, Me Dominique Attias, présidente du conseil d’administration de la Fédération des barreaux européens, a prononcé un discours émouvant, rappelant que « Rien ne ferra faiblir la résistance des femmes iraniennes ».

Me Attias a dédié son discours à Maryam Akbari Monfared, une prisonnière politique qui a passé 15 ans derrière les barreaux en raison de son soutien à l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI). Elle a condamné la torture, les exécutions et la persécution incessantes des femmes par le régime iranien, soulignant l’isolement de Monfared et les prolongations de peine répétées pour avoir exigé justice pour les membres de sa famille exécutés lors du massacre de 1988.

Dans son intervention, Me Dominique Attias a déclaré :

Madame Radjavi, vous nous avez parlé de ces femmes qui ont sacrifié leur vie pour la liberté, pour la cause de l’Iran. Vous nous avez tiré les larmes, et aujourd’hui je voudrais vous parler de l’une d’entre elles, une femme que j’admire au plus haut point. Je m’adresse directement à elle. Elle s’appelle Maryam Akbari Monfared.

Maryam, Maryam, m’entend-tu derrière les murs de la sinistre prison de Qarchak, où vous avez été transférée le 22 octobre, l’une des pires prisons pour femmes en Iran ?

Mon intervention t’est dédié car pour moi tu es le symbole incommensurable de toutes les femmes iraniennes, des plus jeunes aux plus âgées, de l’intérieur comme de l’extérieur du pays.

Tu fais partie des plus anciennes détenues politiques d’Iran : plus de quinze ans. Cette mère de trois filles purge une peine dans les prisons du régime des mollahs.

Emprisonné depuis 2009, maintenue longtemps à l’isolement sous l’accusation falacieuse de « Moharebeh » (inimitié à l’égard de Dieu) suite à un simulacre de procès de quinze minutes.

Son seul crime ? ses liens avec les Moudjahidine du peuple d’Iran.

Condamnée initialement à dix ans de prison, elle aurait dû être libérée en 2019. Mais sa peine a été prolongée de cinq ans supplémentaires pour « outrage aux dirigeants ».

Elle avait osé en 2016 de déposer une plainte auprès du procureur de Téhéran concernant les exécutions extrajudiciaires de ses frères et sœurs, dont vous voyez ici les visages.

Depuis la prison d’Evine en 2018, Mariyam écrivait : « La République islamique n’a apporté à l’Iran que mort, pillage et sang versé. »

Sans relâche tu dénonce la situation tragique des Iraniens et des Iraniennes. En 2019 et 2021, tu dénonçais dans des lettres les assassinats des manifestants.

Indomptable, Maryam, tu paies le prix fort de ta lutte. Pas un seul jour de liberté en quinze ans. Tu n’as pas vu grandir tes trois filles, ne pas toucher, respirer leurs odeurs, suivre leurs scolarités…

Existe-t-il pire torture pour une mère ?

En juillet 2024, le régime a ordonné la confiscation de tes biens et de ceux de tes proches.

Notre amie devait être libérée le 12 octobre, mais sa peine a été à nouveau prolongée de trois ans – trois longues années, sous des accusations absurdes telles que « propagande contre le système » et « insulte aux dirigeants ».

Mais que croient ces mollahs et leurs valets sanguinaires les pasdaran ? Que le traitement qui t’es réservé va te faire fléchir ? Va servir d’exemple, faire peur aux Iraniennes ? C’est mal les connaitre.

En prison, Maryam et ses sœurs d’infortune, dont nombres sont des opposantes politiques et des membres de l’OMP, continuent la lutte.

Tous les mardis, elles protestent contre les exécutions, en chantant dans la cour de la prison, en refusant de bouger toute la nuit, en organisant des grèves de la faim. Peu importe la répression en retour.

Dans les villes et les campagnes, les unités de résistance créées par l’OMPI, dont beaucoup sont des femmes, s’attaquent aux politiques répressives des mollahs : en incendiant les symboles du régime, en écrivant des slogans contestataires, en accrochant des bannières et des pancartes.

Elles continuent chaque jour, en attendant le jour « J », pour prendre les armes. Entendez-les fredonner le chant des partisanes, repris sur le modèle de celui de la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale :

« Ami entends-tu le vol noire des corbeaux sur nos plaines ? Ami entends-tu le cris sourd du pays qu’on enchaine ? Ohais partisannes, ouvrières, paysannes c’est l’alarme… »

Oui, comme dit le chant des partisans, l’ennemi connaitra le prix du sang et des larmes.

Ce chant, il est entonné aussi à Ashraf 3. Les femmes et les hommes à leurs côtés consacrent toutes leurs énergies au soutien des forces de l’intérieur et à la lutter pour la libération de l’Iran. Je les salue chaleureusement et les remercie de m’honorer de leur amitié.

Rien ne ferra faiblir la résistance des femmes.

Elles peuvent être Kurdes, Baloutches, Tadjiks, Turkmènes, ou de pratiques religieuses différentes, mais elles ont toutes en commun de subir une discrimination institutionnalisée dans un climat de misogynie, comme vous l’avez toutes dit.

Et c’est vrais que le port obligatoire du voile n’est que la pointe émergée de l’iceberg. La clé de l’égalité des genres est d’abord l’élimination juridique de toutes les formes de discrimination.

Voilà ce que vous avez compris de longue date, Madame Radjavi, et vos compagnons de lutte aussi.

Le Plan en dix points pour l’avenir de l’Iran est une magnifique feuille de route vers la démocratie.

Dans un Iran libéré, toutes les filles et les femmes qui se battent au peril de leurs vies dans les unités de résistance pourront enfin regarder comme un passé révolu le sort qui leurs est actuellement réservés.

Depuis plus de quarante ans, des générations de femmes se sont battues et continuent de se battre.

Certaines sont mortes en exil, sans revoir leur patrie, sans avoir venger leurs martyrs. Beaucoup ont sacrifié et continuent de sacrifier leur vie personnelle pour cette cause supérieur, la libération de leur patrie.

Mais tous ces sacrifices, comme vous l’avez dit, ne sont pas vains. La victoire est proche. Le rêve d’un Iran libre est sur le point de se réaliser.

Les femmes sont toujours là, toujours là, y compris le 8 février dernier, où nous étions toutes ensemble lors d’un grand rassemblement à Paris. Nous étions à leurs côtés à l’époque, et nous sommes à leurs côtés aujourd’hui.

En décembre 2022, alors que le soulèvement battait son plein après la mort de Jina Mahsa Amini, Maryam Akbari Monfared a appelé à la résistance depuis la prison de Semnan, où elle avait de nouveau été transférée.

Elle disait : « Ne restez pas silencieux. Criez ! »

Tu aviez raison, Maryam. Nous ne resterons jamais silencieuses, avec toi et toutes les femmes iraniennes, jusqu’au bout de la victoire, nous crierons sans fin : « Femme, Résistance, Liberté ! »


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