Le nombre de victimes de la violence et de la déstabilisation au Congo au cours des 30 dernières années est estimé à six millions. Les richesses du Congo sont importantes pour l’économie mondiale. Le jeu d’échecs auquel se livrent les puissances occidentales pour accaparer ces richesses est la cause principale de cette violence persistante.
En 2024, la République démocratique du Congo (RDC) a produit quelque 220 000 tonnes de cobalt, soit plus de 70 % de la production mondiale . Le cobalt est essentiel pour les batteries lithium-ion des véhicules électriques et l’électronique. En 2025, le pays a fourni 3,2 millions de tonnes de cuivre, soit près de 14 % de la production mondiale. La valeur estimée des réserves minérales inexploitées du Congo est d’environ 24 000 milliards de dollars. Il s’agit de cobalt (70 % des réserves mondiales), de coltan (70 %), de cuivre (10 %), de diamants (30 %) et d’autres minéraux tels que l’or, l’étain et le lithium. Et les réserves réelles seraient encore plus importantes, car seulement 30 % du sous-sol a été sondé.
Tant que les États-Unis étaient assurés de l’hégémonie mondiale et suffisamment approvisionnés par les mines industrielles d’Amérique du Sud, il n’était pas nécessaire de puiser dans les réserves congolaises. Au contraire, une augmentation de l’offre ne pouvait que faire baisser le prix. De plus, le fait que le président Laurent Kabila (1997-2001) et après lui son fils Joseph Kabila (2001-2019) soient allés dans la voie de l’indépendance a dissuadé l’Occident d’investir réellement. Ce n’est qu’en 2023 qu’il y a eu du changement. Les États-Unis et l’UE ont lancé un grand projet pour la première fois depuis longtemps : le corridor de Lobito. Ce projet vise à transporter les minerais congolais vers l’Atlantique, en direction des États-Unis et de l’Europe.
Parallèlement, le gouvernement Biden a lancé un plan de paix pour le Congo et le Rwanda. Le 20 novembre 2023, une délégation de très haut rang de Washington est venue informer le président Félix Tshisekedi du plan américain. Dans la foulée, Il y a eu l’an dernier la fameuse proposition d’échanger des minerais congolais contre la paix, ce qui équivaut en fait à une extorsion. Pendant 30 ans, les États-Unis ont contribué à déstabiliser le Congo en permettant au Rwanda allié de soutenir différents mouvements rebelles dans leur lutte contre l’État congolais. Désormais, Trump se présente comme l’homme qui ramène la paix entre le Congo et le Rwanda.
« Rétablir la position dominante des États-Unis dans le secteur des minéraux critiques »
Effectivement, depuis le mois d’avril de l’année dernière, plusieurs déclarations d’intention et préaccords ont été signés avec la médiation américaine. Le 4 décembre, les présidents du Congo et du Rwanda ont signé trois accords : un accord de paix conclu précédemment qui n’a pas mis fin à la guerre, mais qui a été réaffirmé ; un accord sur l’intégration régionale, en vertu duquel, si la « paix » survient, le Rwanda peut co-bénéficier des ressources congolaises sous l’égide des États-Unis ; et surtout, un accord sur les minerais congolais.
Tout comme il considère le pétrole vénézuélien comme un butin nord-américain, Trump considère les minerais congolais comme une chose à laquelle les États-Unis ont droit. En décembre, Trump a évoqué le besoin de cobalt pour les batteries et a déclaré : « Pour cela, nous devons aller au Congo et le prendre aux Chinois. Mais c’est moi qui ai mis fin à la guerre entre le Rwanda et le Congo. Et ils ont dit : « S’il vous plaît, s’il vous plaît, nous voulons que vous veniez prendre nos minerais. » Et c’est ce que nous allons faire. »
Le 22 janvier, une représentante du State Department (le ministère des Affaires étrangères) des États-Unis a discuté de ces trois accords dans la sous-commission du Sénat chargée de l’Afrique. Pour les deux premiers, elle n’a pas pu donner de date ou de calendrier. Toutefois, s’agissant de l’accord sur les minerais avec le Congo, elle a assuré que « des progrès seront certainement réalisés dès cette année ». Quant à l’objectif de l’accord, elle l’a décrit comme suit : « Faire venir des entreprises américaines, empêcher les entreprises chinoises d’acquérir une plus grande partie de ces actifs et… rétablir la position dominante des États-Unis dans le secteur des minerais critiques. »
Le gouvernement belge est d’accord avec Trump, mais il est aussi un rival
Alors que les compagnies minières occidentales sont restées en retrait pendant des décennies, depuis 2008, le Congo, avec le soutien de la Chine, est parvenu à augmenter à nouveau sa production. En conséquence, les entreprises chinoises contrôlent aujourd’hui une grande partie du secteur minier. C’est exactement ce que Trump veut changer. À cet effet, il est soutenu par le ministre belge de la Défense, Theo Francken, qui s’est rendu au Congo en décembre et en Afrique du Sud en février. Il a écrit : « Pendant trop longtemps, les États-Unis et l’Europe se sont tenus à l’écart du Congo. Cela a permis à la Chine de s’emparer des mines. Aujourd’hui, la Chine a presque un monopole. C’est une vulnérabilité irresponsable pour nos économies occidentales, dans le cadre de la nouvelle guerre froide que nous connaissons. Avec l’Ukraine, Trump a déjà en poche son « mineral deal ». Maintenant, il en veut également un avec le Congo. De manière générale, Trump n’a pas tort. La Belgique peut jouer un rôle clé à cet égard. »
Ce rôle clé est bien entendu lié aux connaissances et aux capacités que la Belgique a accumulées au cours de son passé colonial et néocolonial. Ainsi, Francken donne l’exemple de l’approvisionnement logistique de l’armée congolaise à des milliers de kilomètres dans la forêt tropicale. « Au sein de l’Otan, personne n’a les connaissances et l’expérience nécessaires pour mettre en place une telle opération au Congo. Personne d’autre que nous. »

Dans le même temps, Francken considère que ce rôle clé de la Belgique est avant tout au service de nos propres entreprises belges et européennes. Par exemple, il déclare vouloir travailler pour les intérêts commerciaux de la grande entreprise belge Umicore (anciennement Union Minière) : « Grâce à notre soutien à l’armée congolaise, nous avons une longueur d’avance à Kinshasa. Nous devons maximiser cette bonne volonté pour cette question [des intérêts d’Umicore]. » Lors du salon européen de l’industrie de l’armement à Bruxelles (BEDEX), Francken a accueilli la délégation de l’armée congolaise le 14 mars en déclarant : « C’est un honneur de rencontrer ici la délégation congolaise de la défense. Notre histoire commune continue de se transformer en un partenariat étroit et mieux structuré. »
Le conflit avec la société minière américaine Kobold au sujet des données géologiques conservées au musée de Tervuren (voir encadré page suivante) a montré que ces grandes entreprises européennes considèrent les entreprises américaines comme des rivales au Congo.
La paix impossible de Trump
En juin dernier, Trump a exigé le prix Nobel de la paix pour avoir réussi à instaurer la paix entre le Congo et le Rwanda. Interrogé par un journaliste sur l’état de cette paix près d’un an plus tard, Trump a répondu sèchement : « Nous espérons que le Rwanda et le Congo s’entendront à un accord. » Malgré toutes les négociations, les déclarations d’intention et les accords de paix signés, les combats se poursuivent. Le problème est que le véritable enjeu des plans de paix de Trump n’est pas la paix, mais les matières premières.

Par leur ingérence incessante et leur stratégie du diviser pour régner, les impérialistes occidentaux ont créé une dynamique de violence et de guerre qu’ils ne peuvent plus contrôler. Chaque tentative de pression et de respect de l’accord de paix de Washington produit l’effet inverse, tant à Kigali qu’à Kinshasa.
Lorsque le Groupe de contact international des Grands Lacs (États-Unis, Union européenne, Royaume-Uni et quelques autres pays européens, dont la Belgique) a appelé au respect des accords de paix, le président rwandais Paul Kagame a déclaré lors d’un dîner du corps diplomatique à Kigali que le Rwanda était pleinement dans son droit et que l’on demandait à son pays des choses impossibles. Et lorsque Washington a décrété des sanctions contre l’armée rwandaise, l’ambiance à Kinshasa s’est transformée en triomphalisme. Plusieurs politiciens et personnalités influentes dans l’entourage de Tshisekedi ont annoncé que Kagame était fini et que l’armée congolaise entrerait dans Kigali si nécessaire pour le renverser.
La paix n’est possible que dans un Congo véritablement indépendant
Tant que les Africains se combattront et se massacreront, il sera impossible de sortir de la tutelle des États-Unis et de l’Union européenne et d’arrêter la spirale de la violence et de la misère. Seul un dialogue visant à réaliser l’unité autour d’un programme d’indépendance, de démocratie et de développement peut apporter une paix réelle. Un dialogue en toute indépendance, et non en fonction de calculs politiques visant à déterminer qui sera le prochain président et qui obtiendra le plus de soutien de la part des États-Unis et/ou de l’UE pour y parvenir. En partant du désir de paix, de liberté et de développement qui habite les 100 millions de Congolais. Et en partant de la perspective que le Congo n’est pas seulement la chambre au trésor de l’économie mondiale, mais qu’avec ses nombreuses richesses naturelles, sa grande superficie et sa situation au centre de l’Afrique, il peut être le cœur battant de toute l’Afrique. Pour cela, il faut reprendre le fil de Patrice-Émery Lumumba, 1er Premier ministre du pays, qui a été rompu avec tant de violence et d’injustice après l’indépendance du Congo.
La résolution que le Ghana a présentée à l’Assemblée générale des Nations unies le 25 mars au nom de l’Union africaine va dans le sens d’un développement indépendant de l’Afrique. Elle qualifie la colonisation et la traite des esclaves de crimes contre l’humanité et exige un débat sur les réparations par les anciennes puissances coloniales. Les résultats du vote sur cette résolution sont révélateurs : 123 pays (soit la quasi-totalité des pays du Sud) ont voté pour, 52 pays (principalement des pays européens et leurs alliés) se sont abstenus, et les États-Unis, Israël et l’Argentine ont voté contre.
La meilleure façon de soutenir la lutte contre la domination et l’exploitation impérialistes, ainsi que pour une véritable indépendance et un développement souverain du peuple congolais et des peuples et pays d’Afrique, consiste à dénoncer la politique néocoloniale du gouvernement de l’Arizona et de l’UE.
Le chiffre de 6 millions de morts, une estimation prudente
Les guerres continuelles ont entraîné 4 à 7 millions de réfugiés en trois décennies. Le malheur du peuple congolais se poursuit. Le manque d’entretien de l’infrastructure et d’investissements rend les conditions de vie plus difficiles d’année en année. Une ville comme Kinshasa (15 millions d’habitants) est de plus en plus touchée par des inondations meurtrières et des problèmes de circulation impossibles à résoudre.
Lorsque Mobutu a été chassé du pouvoir en 1997, il avait déjà laissé derrière lui une économie moribonde. Son alliance avec l’Occident a fait du Congo un atout utile pendant la guerre froide qui a opposé l’Angola aux régimes racistes d’apartheid comme la Rhodésie (aujourd’hui Zambie et Zimbabwe) et l’Afrique du Sud (aujourd’hui Namibie et Afrique du Sud). Mais en contrepartie, il n’y a pas eu d’investissements significatifs ni de développement économique. Après la chute de Mobutu, pendant quelques mois, de grandes entreprises américaines comme Bechtel et American Minerals se sont montrées intéressées à investir. Lorsqu’il est apparu que Laurent Kabila, qui avait chassé le régime de Mobutu, se présentait comme quelqu’un qui recherchait une véritable indépendance et voulait rompre avec la domination néocoloniale, cet intérêt s’est rapidement transformé en désenchantement et les États-Unis ont choisi avant tout de soutenir une guerre d’agression ouverte depuis le Rwanda et l’Ouganda (1998 à 2003). Les tentatives de déstabilisation à partir du Rwanda ont également bénéficié du soutien des États-Unis jusqu’en 2009.
Les choses ont changé avec l’arrivée au pouvoir du président Obama, qui a compris que les États-Unis risquaient de s’attirer la haine durable du peuple congolais. En outre, en 2008, le président Kabila de l’époque a également ouvert la porte du secteur minier congolais à la Chine. Obama a alors choisi le rôle d’arbitre qui a mis l’agresseur et la victime sur un pied d’égalité : le Congo n’avait pas suffisamment agi contre les FDLR (vestiges des rebelles rwandais ayant participé au génocide de 1994 au Rwanda), et le Rwanda avait trop soutenu les rebelles tutsis, connus aujourd’hui sous le nom de M23. De cette manière, les États-Unis pouvaient agir en tant qu’arbitre neutre et tenter de reprendre le contrôle de la région.
Matières premières pour l’industrie de l’armement
Le gouvernement belge a refusé que les millions de documents géologiques conservés au Musée de l’Afrique à Tervuren soient numérisés par la société américaine Kobold Metals. L’émission Terzake de la VRT du 12 février expliquait : « Ces cartes et documents ont été réalisés pendant la période coloniale, et nous n’allons pas perpétuer cette mentalité coloniale en vendant ces cartes de manière exclusive à une entreprise. »
La question est de savoir comment il se fait que, 66 ans après l’indépendance, le gouvernement belge puisse encore décider de l’utilisation et du sort de cet immense trésor de données sur le sous-sol congolais. En effet, il s’agit d’informations cruciales sur un pays qui est censé être souverain et indépendant.
Theo Francken a précisé un peu plus tard dans la même émission : « Nous devons être prudents avec ces informations et penser stratégiquement. Les matières premières congolaises sont importantes pour notre industrie de l’armement, par exemple sans germanium, on ne peut pas fabriquer de lunettes de vision nocturne à infrarouge ou de drones.»
Les besoins de la population congolaise ne sont pas du tout la préoccupation. Ce qui est réellement en jeu, ce sont les intérêts des entreprises belges et européennes, en particulier l’industrie européenne de l’armement, avec laquelle les dirigeants européens actuels veulent préparer la guerre.
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