Gilles-William Goldnadel : «Les médias réservent leur indignation aux conflits où l’Occident peut-être désigné comme coupable»
FIGAROVOX/CHRONIQUE – Les massacres au Soudan et les exécutions qui se succèdent en Iran : deux tragédies et un même effacement médiatique que Gilles-William Goldnadel, avocat et essayiste, explique par l’absence de bourreaux occidentaux.
Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Chaque semaine, il décrypte l’actualité pour FigaroVox. Il a publié récemment Vol au-dessus d’un nid de cocus (Fayard, 2025). Il est également président d’Avocats sans frontières.
Mes lecteurs savent bien que l’état d’esprit médiatique me donne des états d’âme. La semaine qui s’est achevée n’a pas dérogé à mes tristes déplorations. C’est récemment la lecture du Figaro du vendredi 17 avril qui m’a conforté dans cette certitude que l’information publique était biaisée.
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Deux preuves irréfutables. La première preuve est cruellement matérialisée par un article intitulé : «Au Soudan, trois ans d’une guerre sans fin» . Le journaliste indique que le conflit qui ravage le Soudan en fait l’épicentre de la plus grande crise humanitaire au monde, une crise largement laissée dans l’ombre des guerres qui secouent le Moyen-Orient. Plus de 12 millions de personnes ont été déplacées et, selon Médecins Sans Frontières, la malnutrition atteint des niveaux catastrophiques, avec plus de 8,7 millions de personnes confrontées à la faim. Les victimes se comptent en centaines de milliers sans que l’on en sache plus. En 2024, le bilan est estimé à 150 000 morts, un chiffre qui n’est plus réévalué, faute de données fiables.
Mais un passage attire particulièrement l’attention : «De leur côté, les FSR, une milice essentiellement arabe, sont parvenues à conquérir, à l’automne, El Fasha, qui leur offre le contrôle total du Darfour. La chute de la capitale historique de la province a donné lieu à des massacres, notamment allant à l’encontre des Zaghawas, une communauté noire. Selon un rapport de l’ONU, les tueries «portent toutes les marques qui caractérisent un génocide». Les enquêteurs rapportent des témoignages de tueurs affirmant vouloir «éliminer tout ce qu’il y a de noir» au Darfour». Vous avez bien lu : un conflit ayant généré des morts innombrables et méritant le vocable de génocide. Un massacre ouvertement, délibérément raciste, de noirs par des combattants arabes.
Les médias n’évoquent pas le Soudan parce que les deux parties en conflit ne sont pas occidentales. S’il n’y a pas d’Occidentaux à blâmer, la compassion des commentateurs occidentaux pour des non-Occidentaux, est égale à zéro
Gilles-William Goldnadel
Je rappelle qu’un précédent génocide au Darfour a été commis au même endroit en 1970 par des tribus arabes sur des noirs dans la même indifférence. Deux à trois millions de victimes en toute impunité, totalement oubliées. Demeure la question de principe : pourquoi ne parle-t-on pas du Soudan ? De grâce, que l’on ne réponde pas sous prétexte que l’on ne pourrait pas s’y rendre, pour la première raison que ce n’est pas exact et pour la seconde, c’est qu’on nous a expliqué qu’il n’y avait pas de journalistes à Gaza, ce qui n’a pas empêché d’en faire le sujet unique de l’information internationale pendant deux ans.
L’explication est donc ailleurs et d’ailleurs liée : on n’a pas parlé du Soudan parce qu’on a parlé de Gaza et parce qu’on n’a pas envie de parler du Soudan. On a parlé de Gaza parce que ce conflit oppose une partie occidentale et une partie non occidentale. J’ajouterai que si cette partie occidentale est juive, l’intérêt médiatique est décuplé pour des raisons métaphysiques. On n’a pas parlé du Soudan parce que les deux parties en conflit ne sont pas occidentales. La vérité la plus crue et cruelle oblige à écrire que, lorsqu’il n’y a pas d’Occidentaux à blâmer, la compassion des commentateurs occidentaux pour des non-Occidentaux, ici des noirs, est égale à zéro. Mais allons encore plus loin dans la recherche de l’explication de la négation. Lorsque des Orientaux sont mis en cause dans des massacres de noirs, l’écran noir est de rigueur. Dans un domaine voisin, la manière dont l’esclavagisme est traité confirme la triste règle. La traite transatlantique est traitée abondamment : c’est ainsi, au demeurant, que les Nations unies ont décidé d’y décréter le plus grand crime de tous les temps. La France n’a pas contesté cette déclaration contestable au regard d’autres crimes contre l’humanité.
En revanche, la traite esclavagiste arabo-musulmane, pourtant plus longue et plus cruelle, fait l’objet d’une occultation particulière. À telle enseigne que la loi Taubira du 10 mai 2001 réprime l’occultation de la première et non de la seconde. Interrogée pour connaître les raisons de cette singulière différence de traitement que d’aucuns considèrent comme raciste, l’ancienne ministre de la Justice, à l’origine de sa loi éponyme, avait expliqué doctement à L’Express le 4 mai 2006 qu’il fallait : «que les jeunes arabes ne portent pas sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits des arabes». Pareille considération ne règne pas lorsqu’il s’agit d’accabler les jeunes Européens des méfaits de la colonisation. À ce stade inique unique, je n’aurai pas l’hypocrisie ici de dissimuler les raisons de mon indignation devant ces dénis médiatiques.
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Bien sûr, et je ne saurais le cacher, le sort réservé à l’État juif, scruté à la loupe, diffamé et nazifié, me révolte au-delà des sentiments qu’il m’inspire pour la simple raison de mon exigence naturelle de justice pour tous. À ce stade, le traitement des noirs du Soudan, occulté parce qu’ils n’ont pas l’horrible chance d’être massacrés par des Occidentaux, m’indigne tout autant. Mais c’est aussi la détestation masochiste de l’Occident par des Occidentaux qui non seulement m’accable mais me consterne. J’écris «masochiste», car je soutiens depuis longtemps que cette posture ne tient pas du politique mais du psychologique. Ce masochisme est à l’origine du principal malheur français : l’immigration massive, irrépressible.
Le même regard peut être porté à un autre article du Figaro, consacré cette fois à l’Iran et publié ce même jour du 17 avril, et intitulé : «L’inquiétante accélération des condamnations à mort». On peut y lire : «Sa photo est devenue virale sur les réseaux sociaux. Carré de cheveux blonds encadrant un visage porcelaine, Bita Hemmati est le nouveau visage de la répression iranienne . Condamnée à mort cette semaine, la jeune manifestante risque de rejoindre la longue liste des personnes exécutées depuis le début du mois de janvier. Son « crime » selon le régime : « avoir mené des actions pour le compte des États-Unis et des groupes hostiles ». L’article poursuit : «Selon les organisations des droits humains, elle aurait été sévèrement torturée et contrainte à des aveux forcés diffusés sur la télévision d’État, à l’instar de son mari et de deux autres personnes, également condamnés à la peine capitale et arrêtés pendant le soulèvement de janvier (…) Cette condamnation, prononcée par la 26e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran, présidée par le redoutable juge Iman Afshari, est d’autant plus inquiétante qu’elle fait suite à l’exécution de dix autres condamnés en dix jours, alors que les missiles israéliens et américains pleuvaient sur l’Iran.» Ainsi, les exécutions se succèdent en Iran, et on n’en parle pas.
On comparera effectivement avec le bruit, les condamnations relatives à une loi, certes tout à fait discutable, prise par Israël mais n’ayant donné lieu à aucune exécution effective. Bien que très attentif à l’actuel conflit en cours, j’affirme n’avoir entendu ni sur les ondes publiques, ni dans les débats télévisés, la moindre allusion à ces exécutions. On comparera par exemple avec les deux morts tués récemment par la police américaine lors des manifestations contre les expulsions de clandestins irréguliers et qui ont donné lieu à des centaines de milliers de commentaires indignés. Qui ne peut comprendre qu’au-delà de la malhonnêteté intellectuelle, au-delà de l’injustice invraisemblable commise à l’égard des uns et des autres, c’est l’Occident qu’on assassine méthodiquement ?
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