Le Togo a déclaré ce samedi 18 avril vouloir « servir de pont » entre le Mali, le Niger, le Burkina Faso, ces pays du Sahel dirigés par des militaires qui ont quitté la Cedeao qu’ils estiment notamment inféodée à la France.
Le Togo a présenté sa nouvelle stratégie pour le Sahel lors d’une réunion de haut niveau réunissant ce samedi 18 avril les ministres des Affaires étrangères du Burkina Faso, du Niger et du Mali et des représentants d’organisations régionales et internationales, ainsi que des envoyés spéciaux dont celui de la France.
« Le Togo est prêt à mettre son expertise en médiation et son ancrage régional au service de la stabilité pour servir de pont entre le Sahel et l’ensemble de la communauté internationale », a déclaré Robert Dussey, le ministre togolais des Affaires étrangères, à l’occasion de la réunion.
Le Togo se démarque d’autres pays de la Cedeao
Depuis plusieurs mois, le Togo tend la main à l’Alliance des États du Sahel (AES), une confédération regroupant le Burkina, le Mali et le Niger, gouvernés par des militaires qui assument une politique souverainiste. L’AES est enclavé au milieu des pays d’Afrique de l’ouest et le Togo peut de fait servir de couloir vers l’océan pour leurs exportations mais aussi pour recevoir de l’aide, notamment militaire.
Ces pays, anciens membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedea) sont confrontés à des violences djihadistes de groupes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique qui ont fait des milliers de morts sur de larges pans de leurs territoires. Ces groupes étendent leur influence vers les États côtiers comme le Togo et le Bénin. Depuis la série de coups d’États des années 2021 et 2023, c’est essentiellement la Russie qui fournit l’aide militaire.
Depuis le début, le Togo c’est positionné comme un médiateur, se démarquant ainsi d’autres pays de la Cedeao, adeptes d’une ligne dure et de sanctions. Le pays a multiplié les initiatives diplomatiques, comme en décembre dernier avec le Congrès panafricain ou en octobre dernier avec le Forum pour la paix de Lomé. À chaque fois, l’AES était invitée.
Le Togo bientôt membre de l’AES?
« La nouvelle stratégie du Togo pour le Sahel n’est pas un simple document d’orientation, mais une main tendue et un cadre de collaboration formelle », a précisé Robert Dussey. « L’avantage de cette stratégie, c’est surtout le fait de placer le Sahel et les Sahéliens au centre de la réflexion », s’est réjoui Karamoko Jean Marie Traoré, ministre burkinabè des Affaires étrangères.
« On ne peut pas raser la tête de quelqu’un en son absence », a ajouté Abdoulaye Diop, le chef de la diplomatie malienne qui a salué l’association de l’AES à la rédaction de la stratégie togolaise pour le Sahel et à sa mise en œuvre.
Fin mars, après avoir dit en janvier qu’une adhésion du Togo à l’AES n’était pas « impossible », le ministre des Affaires étrangères a même déclaré sur les réseaux sociaux que « le Togo envisage de rejoindre l’AES, une décision stratégique qui pourrait renforcer la coopération régionale et offrir un accès à la mer aux pays membres« .
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Le Togo, petit pays faible économiquement, peut gagner une certaine aura diplomatique et des retombées positives pour le port de Lomé. Le Togo est aussi médiateur de l’Union africaine pour la région des Grands Lacs. En mars, la Cedeao a nommé un médiateur pour tenter de renouer le dialogue avec les trois gouvernements.
Le président de la Commission de la Cedeao, Omar Alieu Touray, a comparé les relations avec l’AES à celles d’une « famille qui a connu des désaccords et de l’éloignement, mais qui n’a jamais cessé d’appartenir à elle-même ». « Nous devons dédramatiser ces moments de désaccords », a appelé João Cravinho, représentant spécial de l’Union européenne pour le Sahel.
Lors de cette réunion pour la nouvelle stratégie 2026-2028, la France était représentée par son envoyé spécial pour le Sahel, Christophe Guilhou. « C’est toute l’architecture sécuritaire de l’Afrique de l’Ouest qui est désormais menacée », a-t-il déclaré, assurant du soutien de la France « aux populations, quand elle le peut et dans le respect de la souveraineté des pays concernés ».
La Russie, devenue un allié clé des régimes militaires sahéliens, a pour sa part plaidé pour une « solution africaine » aux problèmes du continent et affirmé sa « pleine disponibilité à bâtir des ponts dans la sous-région », selon Tatiana Dovgalenko, directrice du département russe des partenariats avec l’Afrique.
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