Avec son fonds souverain, la Côte d’Ivoire cherche un nouveau relais pour financer son développement

Abidjan se dote d’un nouvel instrument financier public destiné à valoriser les actifs stratégiques de l’État, soutenir les grands projets et constituer une épargne de long terme. Cette initiative intervient alors que le pays cherche à mobiliser plus de 175 milliards d’euros pour exécuter son nouveau plan de développement 2026-2030.

La Côte d’Ivoire ajoute une nouvelle pièce à son architecture financière publique. Réuni en Conseil des ministres, le gouvernement a adopté une ordonnance portant création du Fonds Souverain Stratégique pour le Développement de la Côte d’Ivoire (FSDCI), accompagnée de son projet de loi de ratification et du décret fixant son organisation et son fonctionnement.

Présenté comme un véhicule public de nouvelle génération, le FSDCI aura pour mission d’assurer « la gestion et la valorisation des actifs stratégiques de l’État ainsi que le financement et la structuration de projets d’infrastructures et d’investissements vitaux », nécessaires à la transformation structurelle de l’économie nationale.

Cette annonce s’inscrit dans un moment charnière pour Abidjan. Début février, le gouvernement a validé son nouveau Plan national de développement (PND) 20262030, qui prévoit de mobiliser 114 838,5 milliards FCFA, soit plus de 175 milliards d’euros sur cinq ans, un niveau inédit pour le pays.

Un outil capable de soutenir le PND 2026-2030

Le lancement du FSDCI répond à un enjeu central : diversifier les sources de financement du développement dans un contexte où les besoins d’investissement augmentent plus vite que les marges budgétaires classiques.

Dans le même temps, le PND 20262030 doit financer l’accélération industrielle, les infrastructures de transport, l’énergie, la transformation agricole, le capital humain et la modernisation urbaine. Les autorités misent également sur le secteur privé, appelé à jouer un rôle majeur dans la mobilisation des capitaux, comme lors du précédent plan.

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Dans cette logique, le fonds souverain doit permettre de canaliser des ressources longues vers des projets structurants, tout en renforçant la capacité de l’État à intervenir comme investisseur stratégique plutôt que comme simple emprunteur.

Selon le communiqué, la création du FSDCI « s’inscrit dans la continuité des réformes engagées depuis 2012 » pour mettre en place un pôle bancaire public dynamique articulé autour de la Caisse des Dépôts et Consignations, du Fonds de garantie pour les PME et des caisses de retraite réformées.

Le texte présente ainsi le nouveau dispositif comme « le complément cohérent de cet écosystème d’instruments publics », destiné à doter l’économie nationale de « capacités de financement importantes et innovantes ».

Trois sous-fonds pour trois priorités

Le FSDCI sera structuré autour de trois compartiments spécialisés. Le premier, le Fonds de Développement des Infrastructures, soutiendra « les investissements structurants, stratégiques, prioritaires et rentables ».

Le deuxième, le Fonds de Stabilisation Économique, visera à renforcer la résilience du pays face aux chocs exogènes. Dans une économie exposée aux fluctuations des cours des matières premières, aux tensions inflationnistes mondiales et aux aléas climatiques, ce mécanisme peut servir d’amortisseur macroéconomique.

Le troisième, le Fonds de Placements Financiers Stratégiques, sera chargé de constituer « une épargne publique de long terme », avec une logique intergénérationnelle proche des grands fonds souverains internationaux.

Revenus extractifs et actifs publics mobilisés

Le financement du FSDCI reposera notamment sur « l’affectation d’une quotepart des revenus tirés de l’exploitation des matières premières minières et énergétiques », ainsi que sur le transfert d’actifs publics.

Ce point revêt une importance particulière alors que la Côte d’Ivoire cherche à tirer parti de la montée en puissance de ses ressources pétrolières et gazières offshore, tout en développant son potentiel minier. L’objectif implicite est de transformer des recettes potentiellement volatiles en leviers durables de financement.

Le contexte macroéconomique reste porteur. La Côte d’Ivoire figure parmi les économies les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest, avec une croissance régulièrement supérieure à la moyenne régionale ces dernières années, soutenue par l’investissement public, la consommation intérieure et la diversification progressive de son appareil productif.

Le gouvernement insiste enfin sur la gouvernance du futur fonds. Le dispositif prévoit « des mécanismes de gestion des risques et de contrôle interne ainsi que des mécanismes renforcés de transparence et de reddition de comptes », afin d’aligner le FSDCI sur les standards internationaux applicables aux fonds souverains.

Pour Abidjan, l’enjeu dépasse la simple création d’un véhicule financier : il s’agit désormais de convertir la dynamique de croissance du pays en puissance d’investissement durable capable de soutenir l’ambition affichée pour 2030.

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