Le Soudan du Sud organisera bien en décembre prochain les premières élections depuis la création du pays en 2011, a assuré hier l’exécutif, malgré les violences intenses et l’instabilité recensées dans plusieurs parties de son territoire.
Depuis fin 2025, les forces gouvernementales, fidèles au président sud-soudanais Salva Kiir, et des milices d’opposition loyales à son rival de longue date Riek Machar, s’opposent notamment dans l’Etat du Jonglei (centre-est) après qu’un accord de partage du pouvoir a volé en éclats il y a un an. Les deux hommes étaient les principaux protagonistes d’une guerre civile qui a fait quelque 400.000 morts entre 2013 et 2018 au Soudan de Sud, pays devenu indépendant du Soudan en 2011. M. Machar, déchu de ses fonctions de vice-président, est placé depuis plus d’un an en résidence surveillée et inculpé de «crimes contre l’humanité». «Les élections doivent se tenir fin 2026, sans nouveau délai», a indiqué le ministre de l’Information et porte-parole du gouvernement, Ateny Wek Ateny, lors d’une conférence de presse. «Quand les élections se tiendront en décembre 2026, le pays ira vers la paix», a-t-il estimé. Le président Kiir avait promis en juillet 2023 que des élections nationales, déjà repoussées préalablement, se tiendraient en 2024 – et qu’il y concourrait. Le scrutin avait au final été reporté et reprogrammé pour décembre 2026. Mais de nombreux analystes doutent qu’il puisse se tenir dans huit mois. Le Soudan du Sud, pays producteur de pétrole, est en proie à une corruption massive et à une grande pauvreté, aggravée par les importantes coupes de l’aide internationale depuis un an. Son habituelle instabilité s’est encore accrue avec la crise dans le Jonglei, pour laquelle des experts mandatés par l’ONU mettaient en garde en janvier contre des risques de «violence massives contre les civils». Si aucun bilan humain n’a jusqu’ici été communiqué, des centaines de milliers de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays ou dans les pays voisins ces derniers mois. Le pays connaît également de fréquents massacres intercommunautaires, comme celui survenu début mars, qui a fait au moins 169 morts dans le nord.
Près de quatre millions de déplacés sont rentrés volontairement chez eux au Soudan, mais ces retours sont rendus difficiles par le manque d’infrastructures et de services essentiels, a indiqué hier l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Beaucoup de ces 3,99 millions de déplacés, dont les retours ont été enregistrés de novembre 2024 à fin mars 2026, «espèrent reconstruire leur vie après des mois de conflit», a écrit l›OIM dans un communiqué. «Mais sans investissements urgents pour rétablir les services essentiels, reconstruire les infrastructures et relancer les moyens de subsistance, ces retours risquent de devenir insoutenables», a-t-elle expliqué. La grande majorité des personnes qui rentrent chez elles étaient déplacées à l’intérieur du Soudan. Certains «rentrent car ils estiment que la sécurité s’est améliorée, d’autres (…) à cause des difficultés économiques, du désir de retrouver leurs familles ou de la dégradation des conditions de vie dans les pays voisins», a précisé Sung Ah Lee, directrice générale adjointe de l’organisation, lors d’un point de presse à Genève. Mais pour beaucoup, le retour au foyer revient à «se retrouver confronté à des services détruits, des maisons endommagées et une nouvelle incertitude», a-t-elle ajouté. Selon l’OIM, les retours se sont concentrés principalement à Khartoum et dans l’Etat agricole d’al-Jazirah, au sud-est de la capitale. Le conflit qui sévit depuis trois ans entre l’armée et les Forces de soutien rapide (FSR) a fait des dizaines de milliers de morts et plongé plusieurs régions dans la faim et la famine.
Crédit: Lien source

