À l’heure actuelle, les forces armées soudanaises du président Abdel Fattah al-Burhan (SAF – Sudan Armed Forces) ont repris une grande partie de Khartoum, y compris Omdurman et Bahri, ainsi que certaines zones du centre et de l’est du Soudan, établissant leur base à Port-Soudan.
Quant aux miliciens des Forces de soutien rapide (Rapid Support Forces – RSF) de Mohamed Hamdan Dogolo, ou Hemedti, ils ont consolidé leur contrôle sur la majeure partie de la région occidentale du Darfour en octobre 2025. Ils ont conquis certaines zones du Kordofan, bien que les forces des SAF aient repoussé les troupes dans des zones telles que le Kordofan du Sud.
Le conflit a fait au moins 150 000 victimes, pour la plupart des civils. Il a provoqué le déplacement d’environ 14 millions de personnes au total : environ 9 à 10 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays, réparties dans d’autres régions du Soudan, tandis qu’environ 4,4 millions de personnes sont réfugiées ou demandeuses d’asile dans les pays voisins (Tchad, Égypte, Soudan du Sud en particulier).
La crise liée à la guerre civile soudanaise reste la plus grande crise de déplacement de population au monde. De nombreux déplacés internes vivent dans des conditions précaires, et ceux qui ont réussi à retourner dans des zones dévastées (comme Khartoum) sont exposés à des risques comme les munitions non explosées et l’absence de services essentiels tels les soins de santé. Les femmes et les filles représentent une part importante des déplacés et sont les plus exposées aux risques.
Mgr Paul Swarbrick, Évêque de Lancaster et Évêque délégué pour l’Afrique auprès de la Conférence épiscopale catholique d’Angleterre et du Pays de Galles, a, dans un message commémorant les trois ans de guerre au Soudan, exhorté « les catholiques d’Angleterre et du Pays de Galles à prier pour la paix et a demandé au gouvernement du Royaume-Uni de ne pas perdre de vue cette crise ».
« Je suis conscient, grâce à mes liens avec l’Église au Soudan et avec les organisations caritatives catholiques qui œuvrent dans la région, de la crainte que ce conflit ne soit négligé par la communauté internationale ».
Il a poursuivi : « Le Royaume-Uni est le “référent” pour le Soudan au Conseil de sécurité des Nations unies et j’espère qu’il utilisera cette position pour promouvoir un engagement diplomatique continu et pour soutenir une résolution pacifique de ce conflit. »
Les effets de la guerre en Iran sur le conflit soudanais
La guerre en Iran n’a pas amélioré les choses au Soudan, qui est devenu un autre champ de bataille entre la coalition israélo-américaine et l’Iran. En effet, les États-Unis ont désigné la Confrérie musulmane soudanaise comme un groupe « terroriste », l’accusant de recevoir le soutien du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien.
« Les Frères musulmans soudanais recourent à une violence effrénée contre les civils afin de saper les efforts visant à résoudre le conflit au Soudan et de promouvoir leur idéologie islamiste violente », a déclaré le Secrétaire d’État Marco Rubio dans un communiqué publié le 9 mars 2026.
La décision de l’administration Trump a été saluée par le gouvernement des Émirats arabes unis, qui soutient les Forces de soutien rapide, elles-mêmes déjà soumises à des sanctions américaines. Dans le conflit qui sévit actuellement au Soudan, les Frères musulmans jouent un rôle important car plusieurs de leurs affiliés sont intégrés dans les SAF, 15 000 selon un rapport de l’Institut des affaires étrangères d’Éthiopie.
Dans son analyse, l’institut éthiopien s’inquiète de la possible transformation des SAF, qui constituent l’épine dorsale de l’État soudanais, en un corps militaire adhérant à l’idéologie islamiste, ou de la création en son sein de lignes de commandement alternatives à celles du gouvernement.
Mais rien n’est simple dans ce conflit : l’Éthiopie est en conflit avec Khartoum et Le Caire au sujet de la question du barrage sur le Nil, et serait devenue le nouveau pôle logistique des Émirats arabes unis pour armer les RSF. L’Éthiopie aurait même ouvert un camp pour les RSF à la frontière soudanaise et les attaques de drones contre le Soudan seraient coordonnées depuis son territoire.
La guerre au Soudan défie cependant la systématisation : ainsi, les accusations portées par l’administration américaine contre l’Iran, qui soutiendrait les Frères musulmans soudanais, alliés aux SAF, placent Téhéran aux côtés de l’Égypte, de la Turquie, du Qatar et de l’Arabie saoudite ; ces deux derniers pays faisant désormais l’objet de bombardements iraniens depuis le déclenchement de la guerre par Israël et les États-Unis le 28 février…
Répercussion sur les catholiques
Les catholiques sont touchés par ce conflit, d’abord au Soudan. De nombreux chrétiens sont déplacés, soit à l’intérieur du pays, soit dans un pays limitrophe, surtout au Sud-Soudan, d’où ils sont souvent originaires. Ils vivent tous dans des situations précaires.
Au Soudan du Sud, l’afflux de réfugiés (près d’un demi-million selon le Haut-commissariat des Nations unis pour les réfugiés) créée également des tensions et des déséquilibres, qui risquent d’exacerber la lutte entre les partisans du président Salva Kiir, et ceux du vice-président Riek Machar, détenu depuis un an.
La baisse importante de l’aide internationale depuis début 2025, met désormais les réfugiés dans une situation qui s’apparente de plus en plus à la détresse. Et les catholiques du pays, malgré toute leur bonne volonté, ne peuvent trouver de quoi les aider durablement.
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