Ousmane Hassane alias «Janvier» icône de la lutte traditionnelle nigérienne : Le roi des arènes 2020 partagé entre gloire et défis
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Sport très populaire au Niger, la lutte traditionnelle célèbre la bravoure. Un bon lutteur traditionnel se distingue par une combinaison de puissance physique, de maîtrise technique et d’une forte dimension mystico-culturelle. Pas besoin de chercher loin pour trouver un lutteur auquel on reconnaît toutes ces qualités, il suffit de citer Ousmane Hassane, plus connu sous le surnom de « Janvier ».
Né à Niamey en 1996, Ousmane Hassane alias Janvier, est le leader de l’écurie de la région Tillabéri. C’est un lutteur calme, serein et doté d’un gabarit de « gladiateur ». Sa technique et sa force physique ont fait de lui l’un des piliers de l’écurie de la « capitale du fleuve ». Il est aujourd’hui une figure majeure de la lutte traditionnelle au Niger et s’est surtout illustré en marquant l’histoire de la région de Tillabéri dans ce sport au Niger. Il est devenu roi des arènes en remportant le 41ème Sabre national à Maradi en janvier 2020. Cette victoire fut historique, car c’était la première fois que la région de Tillabéri remportait le trophée national depuis sa création. Une finale mémorable au cours de laquelle il a battu le redoutable lutteur Tassiou Sani de Zinder, dans un combat épique et rapide qui n’a duré que quelques minutes.
Il faut noter que plusieurs caractéristiques définissent un champion dans l’arène et Ousmane Hassane en possède la quasi-totalité. Il dispose d’une force physique imposante, développée grâce à des séances intensives de musculation. Au-delà de la puissance, il a la capacité d’esquiver et de réagir rapidement pour déstabiliser ses adversaires. Les combats exigent également un engagement corporel intense et une endurance remarquable pour tenir face à l’adversaire, ce qui ne lui fait pas défaut. Il maîtrise aussi la technique et la tactique. Par ailleurs, il accorde une grande importance à la dimension mystique de la lutte car il ne rentre jamais dans l’arène sans ses protections de gris-gris et il exécute ses incantations afin de se donner force et protection contre le mauvais œil. En matière de valeurs morales, malgré la rudesse des combats, Ousmane respecte toujours ses adversaires et les règles traditionnelles, prônant le fair-play pour maintenir la cohésion sociale, objectif ultime de ce « sport roi » tant recherché par les plus hautes autorités du Niger.
« Je ne me fatiguerai jamais de chercher à redevenir champion»
Concernant son amour pour la lutte traditionnelle, Ousmane déclare qu’il la pratique depuis son plus jeune âge. « J’ai commencé très tôt et mes débuts étaient prometteurs, car j’avais de l’amour et de la passion pour cette discipline. Toute activité que l’on pratique avec amour et passion depuis l’enfance devient une religion », a-t-il affirmé. Bien qu’il ait été champion, Ousmane estime que ses objectifs ne sont pas encore atteints. Chaque jour, il travaille, espère et prie pour remporter à nouveau le Sabre national. « Je ne me fatiguerai jamais de chercher à redevenir champion. Je veux au moins cinq fois ce titre », a-t-il déclaré. Il souligne également que les principales difficultés des lutteurs sont liées aux moyens. Selon lui, le manque de soutien constitue un défi majeur pour les sportifs nigériens. « Tout le monde le sait qu’un sportif a besoin de soutien. Celui-ci doit surtout venir des personnalités ayant les moyens dans sa région. Un lutteur a besoin de ressources pour persévérer, se nourrir, rester en forme et s’équiper », a-t-il expliqué.
Il décrit son statut de champion comme un boulet. « Dans la lutte traditionnelle, c’est lorsque tu deviens champion que tes problèmes commencent. L’argent gagné n’est pas pour toi seul, il est partagé avec toute la délégation, mais tout le monde attend quelque chose de toi », a-t-il confié, soulignant aussi que le plus grand problème des lutteurs est qu’ils ne pensent jamais à investir. Ousmane Hassane a profité de l’occasion pour remercier les autorités de la région de Tillabéri pour leur soutien constant, tout en appelant à renforcer leurs efforts en faveur du sport. « Nous souhaitons surtout que la paix et la stabilité reviennent dans la région, car c’est la paix qui permet tout. Sans paix, il n’y a pas de lutte », a-t-il déclaré.
Malgré sa distinction honorifique, Ousmane Hassane reste très humble, aimable et accessible. Il entretient de bonnes relations avec ses camarades lutteurs, quelle que soit leur région. « Certes, je suis champion, mais nous sommes comme une famille. Je ne me considère pas au-dessus des autres. Je ne suis pas seulement le lutteur de Tillabéri, je suis celui du Niger », a-t-il affirmé.
Évoquant ses défaites récentes, il reconnaît avoir mal, mais garde une philosophie positive. « La lutte est un jeu. Un jour tu gagnes, un autre on te bat. Mais ce qui m’a le plus affecté, c’est d’avoir déçu mes nombreux supporters », a-t-il confié, invitant ces derniers à toujours s’en remettre à Dieu. « C’est Dieu qui donne et c’est lui qui reprend. La lutte traditionnelle reste un divertissement, raison pour laquelle tout le monde l’aime », a-t-il conclu.
Malheureusement, depuis son sacre de Maradi, « Janvier » peine à franchir le premier tour lors des compétitions du Sabre national de lutte traditionnelle. Malgré tout, il demeure l’un des lutteurs les plus suivis et respectés des arènes nigériennes, souvent cité en exemple pour sa carrière de guerrier.
Assad Hamadou (ONEP)
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