Guerre au Moyen-Orient : l’aide « grands rouleurs » du gouvernement pour faire face à la hausse des carburants contestée en Martinique

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé mardi (21 avril) une nouvelle aide destinée à trois millions de « travailleurs modestes grands rouleurs », et un soutien accru aux pêcheurs et agriculteurs face à la flambée persistante des prix des carburants en raison de la guerre au Moyen-Orient.

L’exécutif a également prolongé les aides sur les carburants, les élargissant à des secteurs comme le bâtiment et les taxis et VTC. Le coût de ces aides atteint 180 millions d’euros pour le mois de mai, a détaillé David Amiel à l’issue du conseil des ministres mercredi.

Le dispositif « grands rouleurs » représentera une réduction moyenne de 20 centimes d’euro par litre, avait indiqué Sébastien Lecornu. Pour être éligibles, ils devront faire partie de la moitié des Français les moins aisés et habiter à au moins 15 kilomètres de leur lieu de travail ou parcourir 8.000 kilomètres par an. Les demandeurs devront déclarer les kilomètres parcourus sur une application dédiée sur le site impots.gouv.fr.

L’État « s’enferre dans une mécanique d’aide sous système déclaratif, et sans aucun contrôle a priori« , a pointé Solidaires Finances publiques, première force syndicale dans l’administration fiscale, critiquant une « mise en œuvre prématurée » et de « simples effets d’annonce alors même que l’application évoquée n’est pas encore accessible ».

Le système devrait être opérationnel « d’ici la fin du mois de mai », selon le ministre de l’Économie Roland Lescure.

Mais dès aujourd’hui, « les collègues des services d’accueil et des centres de contact (…) vont devoir faire face à des questions de contribuables sans en avoir les réponses ni techniques, ni législatives« , en pleine campagne de déclaration des revenus, a déploré le syndicat.

Une mesure jugée inadaptée en Martinique

Pour Jerrick Venitus, la mesure n’est pas adaptée aux territoires ultramarins. Selon l’agriculteur, il est nécessaire de mettre en place une aide spécifique pour les Outre-mer.

« C’est toujours la même chose, ce sont des informations qui sont applicables en France, mais ils oublient les Outre-mer, parce que nous ne faisons pas 30 kilomètres pour aller sur nos exploitations tous les jours. Donc on voit bien qu’on ne va pas bénéficier de cette aide. Encore une fois, on est lésés, on est oubliés. Ils ont adapté aux grandes cultures en France, aux grandes exploitations, mais ils oublient que dans les Outre-mer, il y a des petites exploitations et que nous sommes des petites superficies. On ne fait pas autant de kilomètres. Encore une fois, c’est une aide qui ne sera pas pour nous. »

Jerrick Venitus, président des jeunes agriculteurs de Martinique · ©interrogé par Pedro Monnerville

Même constat pour la députée Béatrice Bellay, qui estime qu’il faudrait aller plus loin pour un territoire comme le nôtre.

« Ce que nous sommes prêts à faire, c’est apporter des solutions qui soient concertées. Il faut que nous, et c’est ce que j’ai demandé au président de l’OPMR (Observatoire des prix, des marges et des revenus), que nous puissions nous asseoir pour aussi construire nos solutions. Celles de l’État, nous l’entendons. Il faut qu’on sache si elle est adaptée à la Martinique, si nous ne pouvons pas avoir une rallonge pour que, dans le temps, elle puisse perdurer et qu’elle puisse, couvrir ces différentiels importants auxquels nous nous attendons. Sachant qu’il y a des dispositifs, Giovanni William l’a évoqué, tels que le leasing social, qui en partie est pris en charge par l’État par des déductions d’impôts, voire des aides directes, qui ne sont pas applicables chez nous. Il n’y a pas de raison qu’il y ait des choses qui ne sont pas applicables chez nous, mais qui sont applicables là-bas et que ça passe. Et qu’il y ait des choses qui sont applicables là-bas et qui peuvent être appliquées chez nous, mais qui ne soient pas renforcées au gré de nos réalités. »

Béatrice Bellay, députée · ©interrogée par Florianne Amblard

Une guerre aux lourdes conséquences économiques pour la France

La guerre au Moyen-Orient a coûté à ce jour 6 milliards d’euros à l’économie française, en majorité (3,6 milliards d’euros) en raison de l’augmentation de la charge de la dette, estime le gouvernement.

La ministre de l’Agriculture Annie Genevard a rappelé mercredi (22 avril) aux agriculteurs le coût des aides pour leur secteur, en marge d’un conseil des ministres délocalisé dans l’Allier.

Concernant le gazole non routier (GNR), « depuis le début de la crise (au Moyen-Orient), on y met 90 millions, que je vais devoir prendre sur mon budget. Je m’arrache les cheveux, où vais-je le prendre ? Ce n’est pas de l’argent en plus, » a-t-elle déclaré.

« Prenez la mesure de l’effort qu’il y a eu (mardi) : 15 centimes (par litre de GNR). Vous vouliez 30, (mais) 15 centimes c’est 53 millions d’euros sur le seul mois de mai, c’est ça la réalité. Et depuis le début de la crise, c’est 90 millions, c’est considérable« , a-t-elle dit.

La ministre a également rappelé que le GNR utilisé par les agriculteurs pour leurs tracteurs bénéficie d’un soutien fiscal de 1,3 milliard d’euros par an. « La France compense intégralement les droits d’accises (la fiscalité indirecte, ndlr) sur le GNR. Il y a peu de pays qui le font« , a-t-elle souligné.

Quant aux taxis, ils ont affirmé être sans nouvelles de la consultation qui devait être lancée « dans les prochains jours » sur les modalités d’aides à la profession.

« Près de deux mois de crise et on ne voit rien venir (…) Ils n’ont pas repris contact avec nous« , a déclaré à l’AFP le premier vice-président de la Fédération nationale du taxi, Christophe Van Lierde, au sujet du ministère des Transports.

Ce ministère n’a pas répondu aux sollicitations de l’AFP mercredi.

Crédit: Lien source

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.