Aéroport de Nantes. Des avions guidés par satellite : une nouvelle technologie pour moins de nuisances ?
Marion Vallée
Publié le
La Direction générale de l’aviation civile (DGAC) l’a annoncé sur le site du projet de réaménagement de l’aéroport Nantes Atlantique (Loire-Atlantique) : « Une nouvelle procédure d’approche par le nord est progressivement mise en œuvre à partir de fin avril. »
Son but : « Améliorer l’accessibilité de l’aéroport de Nantes-Atlantique, notamment par mauvais temps. »
À partir du deuxième trimestre 2026, l’aéroport de Nantes-Atlantique amorce une transformation de ses procédures d’atterrissage par le nord, via l’introduction progressive du système de guidage satellitaire RNP AR (Required Navigation Performance Authorization Required).
Cette technologie de haute précision permettrait aussi, selon la DGAC, « une limitation des nuisances sonores et des gains environnementaux induits par le renouvellement des flottes et la réduction des remises de gaz ».
Mais derrière ces ambitions affichées, le projet suscite déjà des critiques, notamment par le Coceta (Collectif des citoyens exposés au trafic aérien).
Une réponse aux limites actuelles
Aujourd’hui, les approches par le nord sont désaxées de 12° afin de limiter le survol du centre de Nantes. « Mais cette procédure montre ses limites, notamment par mauvais temps », souligne la DGAC. Résultat : les remises de gaz, particulièrement bruyantes – manœuvres durant lesquelles un avion interrompt son atterrissage pour reprendre de l’altitude – sont fréquentes, tout comme les déroutements vers d’autres aéroports.
Une technologie plus précise et plus fiable
Le système RNP AR repose sur un guidage satellitaire permettant aux avions de suivre des trajectoires extrêmement précises. Cette innovation vise à stabiliser les approches, même par mauvais temps, et à réduire significativement le nombre de remises de gaz et de déroutements.
Parmi les bénéfices attendus grâce au guidage satellitaire, la DGAC cite :
Une meilleure accessibilité même par mauvais temps avec un guidage quasiment jusqu’à la piste ; une précision accrue, en permettant aux avions de suivre des trajectoires très précises et avec une marge d’erreur très réduite ; amélioration de la sécurité des atterrissages. »
Avec ces trajectoires optimisées, cela limite la consommation de carburant et les émissions de CO₂ et réduit le bruit grâce à des trajectoires mieux maîtrisées.
Le déploiement se fera progressivement entre 2026 et 2032, laissant le temps aux compagnies aériennes d’équiper leurs avions d’un système de navigation conforme avec la nouvelle technologie RNP AR et de former leurs équipages. Un arrêté concernant le déploiement a été pris par la DGAC. Les compagnies aériennes devront être en mesure d’utiliser cette procédure au plus tard le 1er janvier 2033.
« Un déplacement » des bruits pour plus d’habitants exposés
Pour les autorités, cette évolution représente une tentative de concilier développement aéroportuaire et respect du cadre de vie.
Cependant, le collectif Coceta dénonce une lecture jugée trop optimiste du projet. Selon lui, le RNP AR ne réduit pas réellement les nuisances sonores mais les déplace vers d’autres zones habitées.
« Le choix retenu consiste à maintenir des trajectoires décalées, au prix d’une exposition accrue d’autres quartiers (caserne Mellinet, île de Nantes – CHU, Pirmil les Isles) », détaille le Coceta dans un communiqué daté du 26 avril.
L’étude d’impact présentée par la DGAC en commission consultative de l’environnement met en évidence un déplacement des zones de bruit et une augmentation significative des populations exposées, pouvant concerner jusqu’à environ 14 000 habitants selon les secteurs et les seuils considérés. »
« La question de l’augmentation des vols ne peut être éludée. «
Le collectif met également en garde contre un effet indirect : la facilitation des atterrissages par le nord, y compris par mauvais temps, pourrait entraîner une augmentation globale du trafic aérien. Or, aucune garantie juridique solide ne permettrait aujourd’hui d’en limiter l’ampleur. « Dans un contexte de développement du trafic aérien, la question de l’augmentation des vols ne peut être éludée. »
Selon le collectif, les gains acoustiques des avions récents restent faibles à basse altitude. La diminution des remises de gaz ne compenserait pas l’augmentation du nombre de vols et les bénéfices environnementaux annoncés seraient marginaux face à la croissance attendue du trafic.
Le Coceta estime que ce projet s’inscrit davantage dans une logique de développement économique, notamment dans la perspective du renouvellement de la concession aéroportuaire prévu d’ici 2027. « L’approche RNP AR constitue l’une des mesures phares pour l’élaboration du plan de prévention du bruit dans l’environnement (PPBE) 2024-2029 qui regroupent des hypothèses particulièrement arrangeantes dans le cadre du marché de renouvellement de la concession de l’aéroport qui est en cours. Le Coceta a voté contre le PPBE, les élus se sont abstenus », souligne Paolo Ferreira, président du Coceta.
Pour lui, « cette annonce tombe opportunément alors que la préfecture et la DGAC annoncent retenir le concessionnaire à l’été 2026 et signer le marché au premier trimestre 2027. Il entérinera l’intensification du trafic induit par l’approche satellitaire pour les citoyens survolés. »
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