Des spectacles comme sources de rétablissement de la santé mentale : c’est ce que fait Un phare dans la nuit, présenté jeudi soir à Edmundston pour la première fois.
Cet organisme de bienfaisance organise des spectacles avec des personnes qui ont des problèmes de santé mentale ainsi qu’avec différents artistes locaux.
Un phare dans la nuit, c’est une initiative du Dr Patrick Marcotte, psychiatre de formation. En 2014, il a lancé une première édition à Moncton. Cette année, la petite équipe de bénévoles dévouée en est à sa 11e édition.
Quand j’étais en pratique, je remarquais souvent que quand on arrivait à s’informer des intérêts de nos patients, ça mettait beaucoup d’espoir dans leurs yeux. J’étais déjà pas mal convaincu de l’effet bénéfique des arts : quand tu as des périodes stressantes dans la vie, ça aide à garder le focus
, explique le Dr Marcotte.
Chaque édition permet de faire plusieurs représentations à travers la province. Ce soir à Edmundston, ils seront accompagnés de deux vedettes locales, Olivier Bergeron et Jason Guérette.
Expérience marquante
Le psychologue Yves Turgeon, qui est vice-président de l’organisme depuis quelques années, voit tout le bien que ces spectacles peuvent apporter aux artistes qui y occupent un rôle.
Cette idée de tous être au même niveau, tous ensemble, de voir que la musique nous fait autant de bien à nous qu’à la personne qui cherche nos soins et d’en sortir mieux ou plus grand que quand on est rentré.
Sylvette Lavoie Thomas sur scène, accompagnée de son psychiatre à droite.
Photo : Ben Champoux
Sylvette Lavoie Cossette est une ancienne patiente du Dr Marcotte. Pour elle, Un phare dans la nuit est un rendez-vous chaque année.
Quand le Dr Marcotte me traitait, il m’a parlé des arts. Il croyait beaucoup en l’art-thérapie. Ma fille faisait du patin artistique. Y a une maman qui faisait les robes de sa fille. Je trouvais ça impressionnant. Je n’avais jamais cousu. Quatre mois plus tard, je faisais ma première robe de patin
, raconte-t-elle.
C’est ainsi que tout a commencé. Cette avocate de formation n’avait jamais touché aux arts sous aucune forme. Elle était à la recherche de quelque chose pour entamer un nouveau chapitre de sa vie.
La couture m’a sauvé la vie. Quand je couds, je ne pense à rien. Ça m’a sorti de mes noirceurs.
Lors de la première édition d’Un phare dans la nuit, Sylvette Cossette Thomas a entre autres livré un témoignage sur ses épisodes plus sombres et sur les bienfaits que la couture lui a procurés. L’année suivante, elle a exposé les vêtements qu’elle fabriquait.
J’étais bonne là-dedans et je me réalisais à nouveau dans ça. Je ne serai plus jamais la personne que j’étais avant, et c’est OK
, estime-t-elle.

Sylvette Lavoie Thomas s’est découvert plusieurs talents grâce à Un phare dans la nuit.
Photo : Ben Champoux
Chaque année de sa guérison, elle a tenté d’en faire plus. En 2022, elle a décidé d’essayer le chant. Elle a ensuite commencé à jouer de la guitare pour finalement s’accompagner lors d’une autre édition.
L’année d’après, je me suis dit : où est-ce que je peux aller maintenant pour avancer encore plus? J’ai écrit une chanson et, un peu plus tard, j’ai décidé de suivre mes cours de moto. Je n’aurais jamais fait tout ça si je n’avais pas été malade
, avoue-t-elle.
De nombreux avantages
Les bienfaits d’Un phare dans la nuit sur Sylvette sont nombreux, tout comme les spectateurs, qui peuvent assister à un spectacle rempli d’humanité.
Il n’y a pas de meilleure façon de défaire les préjugés que d’avoir un espace pour le public, de voir les gens avec des problèmes de santé mentale sous un autre jour
, pense le Dr Patrick Marcotte.
Mark Lulham, un autre des artistes qui se produisent en spectacle à Un phare dans la nuit, souhaite poursuivre encore une fois cette année.
Quand je joue de la musique, les problèmes disparaissent. Ça m’encourage, ça me sort de mon trou, je vois du monde, toutes des bonnes choses
, raconte le musicien.

Mark Lulham participe depuis cinq ans aux éditions d’Un phare dans la nuit.
Photo : Ben Champoux
L’événement attire d’année en année de plus en plus de curieux. À Edmundston, le spectacle est à guichet fermé. Lors des éditions antérieures à Moncton, on a aussi dû trouver des salles plus grandes pour accueillir plus de spectateurs.
L’organisme fera également une représentation à Moncton le 9 mai prochain.
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