La demande pour les banques alimentaires ne fait qu’augmenter au Nouveau-Brunswick. De plus en plus de familles et de retraités les visitent et la situation inquiète Nourrir NB.
Cet organisme soutient 69 banques alimentaires et cuisines communautaires dans la province. Actuellement, Nourrir NB enregistre plus de 50 000 visites par mois dans les banques alimentaires.
Par comparaison, l’organisme indiquait recevoir 32 000 visites par mois en 2025. Il s’agit donc d’une augmentation de plus de 55 %.
Ça change pas, ça continue d’empirer.
C’est devenu insoutenable maintenant. On a atteint un plafond, puis c’est très inquiétant.
Et la demande est bien présente dans toutes les régions de la province, explique Stéphane Sirois, directeur général de Nourrir NB.
Stéphane Sirois, directeur général, Nourrir NB. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Babatundé Lawani
Il y a des défis différents dans chaque région. Il n’y a pas vraiment de régions qui sont épargnées au Nouveau-Brunswick.
Il ajoute que le contexte géopolitique actuel n’aide en rien cette situation, notamment devant la hausse du prix de l’essence.
Il y a beaucoup de personnes à qui on parle qui nous disent : »on est à une hausse de prix à l’épicerie ou de notre loyer, d’avoir besoin d’aller à la banque alimentaire ».
Des retraités et des familles
Les familles dont les deux parents travaillent et les personnes retraitées sont les deux catégories de visiteurs qui ont enregistré la plus forte croissance dans les dernières années.
Le salaire minimum au Nouveau-Brunswick a atteint 15,90 $ l’heure le 1er avril. L’organisme Human Development Council souligne toutefois que le salaire de subsistance – c’est-à-dire un salaire qui permet de répondre aux besoins essentiels et de maintenir une qualité de vie raisonnable – est plutôt de 24,77 $ l’heure.
Il y a une méchante disparité. Si tu travailles à temps plein, si tu gagnes le salaire minimum, tu es déjà en arrière, de presque 10 $ l’heure déjà en partant
, lance Stéphane Sirois.
Il note aussi que les retraités, dont la pension est fixe, forment le groupe qui a le plus de difficulté à visiter une banque alimentaire.
Ils disent : »j’ai travaillé toute ma vie, j’ai jamais rien demandé à personne et maintenant je dois aller à une banque alimentaire ». Il y a un côté fierté et c’est très difficile pour beaucoup d’individus de mettre ça de côté.
Il y en a encore plus de gens, qu’on soupçonne, qui en ont besoin, qui ont trop peur d’y aller.
Devant cette demande, Stéphane Sirois s’attend à ce que des banques alimentaires doivent limiter le volume en nourriture donné à chaque client.
Emprunter pour se nourrir
Dans une étude publiée par le Laboratoire des sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie, on remarque que les Canadiens courent davantage les aubaines à l’épicerie pour se nourrir.
Mais le problème va plus loin. Le tiers des Canadiens affirment emprunter pour payer leur nourriture.

Sylvain Charlebois, directeur du Laboratoire des sciences analytiques en agroalimentaire à l’Université Dalhousie. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada
Selon Sylvain Charlebois, directeur du Laboratoire, la classe moyenne est de plus en plus étranglée par l’inflation alimentaire.
On voit que de plus en plus de gens, qui, justement, utilisent leurs épargnes, empruntent pour se nourrir finalement. Puis, on ne parle pas d’utilisation de carte de crédit ou quand les gens peuvent accumuler des points, c’est vraiment, on parle des gens qui empruntent de l’argent qu’ils n’ont pas.
Sylvain Charlebois ajoute que les choix des consommateurs sont influencés par l’abordabilité des produits et non par leur valeur nutritive. Cette tendance, selon lui, ne va pas changer prochainement.
Il y a beaucoup de compromis au niveau de la nutrition qui s’effectue lorsqu’on doit emprunter ou lorsqu’on a un budget très serré.
Mettre un visage sur les statistiques
Le directeur de Nourrir NB, Stéphane Sirois, lance un appel aux visiteurs des banques alimentaires. Quand vient le temps de convaincre les élus à investir dans ce secteur, mieux vaut entendre un témoignage d’un client, plutôt que de simplement parler de chiffres.
On a beaucoup de statistiques et on est devenus un peu insensibles aux statistiques
, dit-il.

Stella Cameron, gestionnaire de l’entrepôt au Centre d’alimentation communautaire Peter McKee à Moncton, en compagnie de son mari, qui prépare des petits plats à la cuisine, avec certaines denrées périssables, en avril 2025.
Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry
Ainsi, l’organisme demande aux clients de communiquer avec lui pour témoigner de leur histoire et des raisons pour lesquelles ils visitent les banques alimentaires. L’idée est de mettre un visage sur les données.
C’est facile ignorer un graphique, mais c’est difficile d’ignorer quelqu’un qui raconte son histoire.
Avec les informations de Kristina Cormier
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