Robert Bourgi ressort les vieux dossiers de la Françafrique. Dans un entretien accordé au Parisien le 2 mai, l’ancien conseiller officieux de l’Elysée sous Jacques Chirac accuse Dominique de Villepin d’avoir été informé de cadeaux coûteux et d’avoir participé, selon lui, à des circuits occultes entre plusieurs dirigeants africains et Paris. À 81 ans, ce Franco-Libanais né à Dakar affirme vouloir « soulager sa conscience », tout en reconnaissant chercher à empêcher une éventuelle candidature de l’ancien Premier ministre à l’élection présidentielle de 2027.
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Dominique de Villepin aurait reçu pour 125 000 euros de cadeaux, notamment d’un dictateur africain, affirme l’avocat Robert Bourgi
L’affaire a été relancée par l’émission Complément d’enquête, diffusée jeudi 30 avril sur France 2, dans laquelle Robert Bourgi affirme avoir remis à Dominique de Villepin deux statuettes de Napoléon en 2002 et 2003. L’une aurait été offerte par l’ancien président burkinabé Blaise Compaoré pour 75 000 euros, l’autre par un industriel italien pour 50 000 euros. Dominique de Villepin reconnaît l’existence de ces objets, mais assure ne pas en avoir connu la provenance exacte et minimise leur valeur. Robert Bourgi conteste cette version : « Dominique ne peut pas nier l’origine de ces objets », affirme-t-il.
Des cadeaux et des accusations anciennes
L’ancien intermédiaire dit avoir été chargé, entre 1997 et 2005, de gérer les « gestes d’amitié » de chefs d’État africains envers Jacques Chirac. Il affirme avoir supervisé « une douzaine, voire une quinzaine » de remises d’argent, pour un total qu’il évalue à environ 50 millions d’euros. Il assure que Dominique de Villepin, alors secrétaire général de l’Élysée puis ministre des Affaires étrangères, était son interlocuteur direct dans ces opérations. « Le talon d’Achille de Dominique de Villepin, c’est l’argent, le luxe, l’aisance », lance-t-il.
Robert Bourgi évoque aussi un épisode déjà raconté dans son livre Ils savent que je sais tout, paru en 2024 : la livraison supposée, en novembre 2001, de trois millions de dollars dissimulés dans quatre djembés, envoyés par le Burkina Faso. Selon lui, Dominique de Villepin serait descendu dans la cour de l’Élysée pour aider à porter les instruments jusqu’à son bureau. Les faits allégués sont aujourd’hui prescrits et n’ont pas donné lieu à condamnation.
De Villepin dénonce des « coups tordus »
L’entourage de Dominique de Villepin voit derrière ces déclarations une manœuvre politique. Contactés par Le Parisien, ses proches évoquent l’ombre de Nicolas Sarkozy, dont Robert Bourgi serait, selon eux, « le vieux et fidèle relais », capable de « récits changeants » et de « coups tordus ». Sur le fond, ils rappellent qu’une enquête préliminaire ouverte en 2011 après de premières accusations sur des transactions secrètes entre l’Élysée et des pays africains a été classée sans suite.
Robert Bourgi, lui, assume une démarche personnelle. Il affirme ne pas être téléguidé : « Je ne suis pas téléguidé, ni par Nicolas ni par personne. Je règle mes comptes moi-même. » L’ancien homme de l’ombre reconnaît néanmoins vouloir nuire aux ambitions présidentielles de Dominique de Villepin, dont il critique les prises de position récentes et le rapprochement idéologique supposé avec Jean-Luc Mélenchon.
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