Agriculture intensive, pesticides… Près de 30 % des colonies d’abeilles disparaissent chaque année en France, provoquant une forte baisse du nombre d’individus. Pour préserver certaines espèces, il existe cependant un levier : la technologie. Zoom sur les nouvelles pratiques des apiculteurs.
Au cœur du parc de Clères, en Seine-Maritime, sont installées une dizaine de ruches de la Société Apicole de Haute-Normandie.
Apiculteur depuis plus de 30 ans, Didier Legrand a cessé de s’y déplacer pour rien. Pour gagner du temps, il a opté pour des balances… Connectées !
Il y a un plateau, tout un système avec une batterie. Et chaque jour, on suit les rentrées de nectar ou pas, selon le temps, selon la floraison. En plus, vu le prix du carburant, si vous allez régulièrement à vos ruches pour les regarder et qu’il n’y a rien à faire dessus, ça ne vaut pas le coup !
Didier Legrand, apiculteur
Cette ruche est équipée d’une balance qui informe en temps réel l’apiculteur de la quantité de nectar fabriquée par les abeilles.
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© P. Cornily / France Télévisions
Avec les beaux jours d’avril, les abeilles ont repris leur activité. Une seule ruche peut compter jusqu’à 60 000 individus. L’apiculteur passionné nous désigne le nectar brillant qui parsème déjà bien abondamment la ruche. La production est généreuse, mais pas constante : « Les rentrées de nectar, ce sont des pics, selon la floraison« , commente-t-il.
Alors, pour Didier Legrand, le système est révolutionnaire. Grâce à la balance connectée, il peut tout suivre à distance, en temps réel, connaître le grammage précis de nectar collecté et ainsi optimiser son activité.
VIDÉO. Regardez ce dossier préparé par Garance Verdier et Patrice Cornily :
durée de la vidéo : 00h04mn07s

Une ruche connectée pour préserver les abeilles ?
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©France 3 Normandie
« Si l’on consulte et que l’on voit qu’il y a eu de belles rentrées pendant plusieurs jours, on vient sur le terrain, on ouvre, couvre le cadre et si c’est aux trois quarts plein, ou plein, on remet une hausse« , c’est-à-dire un étage supplémentaire sur la ruche pour stocker le miel, explique-t-il. Détaillant : « Dans la colonne verte, on peut voir qu’hier, 1,5 kg de nectar est rentré.«
Dans la région, cinq ruches sont équipées de ce système. Toutes les données, publiques depuis 2006, sont consultables en ligne sur le site de la Société Apicole de Haute-Normandie. À une précision de 100g, elles permettent aussi de suivre la saison apicole, l’évolution de la température et la pluie.
Ces données sont utiles pour produire plus – et mieux – mais aussi pour optimiser les conditions de vie dans la ruche et donc, par effet rebond, pour protéger les abeilles, alors que leur population s’effondre.
À Osmoy-Saint-Valéry (Seine-Maritime), Christophe, Régis et Joël, apiculteurs retraités, s’efforcent depuis des années de préserver l’abeille noire, une sous-espèce en voie de disparition en Normandie depuis l’importation massive, après la Seconde guerre mondiale, d’autres races d’abeilles jugées plus productives.
Il y a 20-25 ans, on était encore très bien. On avait plus de 80 % d’abeilles noires. Là, à mon avis, on est à moins de 50 %, c’est sûr.
Christophe Gauthier, apiculteur
Au fil des années, le trio est passé maître dans l’utilisation de la biométrie. La technique permet d’identifier l’abeille noire par ses ailes et d’obtenir une sorte d’empreinte digitale du spécimen. « On va faire un scanner, explique Joël Collignon, apiculteur. On va placer 8 points caractéristiques que l’on va comparer avec les bases de données qui peuvent exister sur l’abeille noire.«
Si l’échantillon semble correspondre à l’abeille noire, il est mis en boîte (110 euros sont déboursés pour chaque tube), avant d’être ensuite envoyé dans un laboratoire de test ADN en Suisse. En quinze jours, Christophe, Régis et Joël savent si la colonie est une colonie d’abeilles noires.
L’étape suivante, c’est l’insémination des reines. Pour cela, une petite partie de l’abeille est conservée lors de l’échantillonnage. Si la race est confirmée, la partie concernée est réexploitée. « Une antenne sur des mâles qui ne sont pas encore nés, détaille l’apiculteur. Ce sont des larves, qui vont me servir à féconder des reines d’autres ruches« .
Une fois inséminées, les reines peuvent pondre jusqu’à 2 000 œufs par jour. Un moyen d’assurer la survie de l’abeille noire.
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© Beaubec Productions
Une fois fécondées, les reines peuvent pondre jusqu’à 2 000 œufs par jour et assurer la survie de l’abeille noire. « On peut se dire qu’on la préserve« , se félicite Christophe Gauthier. Qui précise, pour l’avenir, souhaiter avoir recours au laboratoire de test ADN de Caen, pour une préservation 100 % normande de l’abeille noire.
Avec Garance Verdier.
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