Le conseil municipal de Moncton a décidé de reporter l’adoption d’un plan controversé sur la sécurité, lundi soir. Le prochain conseil, qui sera élu le 11 mai, devra se pencher sur cette stratégie.
Le conseiller Bryan Butler aurait voulu voir l’adoption du Plan de réduction et de prévention du crime de 2026-2029 avant les élections municipales. Il a fait valoir que le comité dont il a fait partie avec ses collègues Daniel Bourgeois, Monique LeBlanc, Charles Léger et Patrick Richard y a travaillé fort.
Ce plan nécessiterait des investissements de la part de la Ville de Moncton. Il prévoit notamment l’embauche de neuf policiers, pour un coût estimé à 1,5 million $ par an. Il prévoit aussi l’installation de caméras de sécurité connectées avec un système d’intelligence artificielle, pour un coût estimé à 100 000$.
Ce plan nécessiterait de surcroît la participation du gouvernement provincial. Celui-ci devrait accepter de mettre à disposition des travailleurs sociaux. Il devrait aussi rendre possible le recrutement par les municipalités d’agents de la paix ayant plus de pouvoir que les agents d’exécution des arrêtés, par exemple.
Des questions
«Quand nous avons parlé à l’administration, nous nous sommes rendu compte que de trop nombreuses questions restaient sans réponse que nous allions de l’avant», a admis M. Butler en réunion du conseil municipal, lundi.
Il a proposé le report de l’adoption du plan. Il a évité de suggérer une échéance, estimant que les fonctionnaires municipaux ont encore beaucoup de travail à faire. Ses collègues ont tous accepté, sauf Daniel Bourgeois.
Des représentants d’organismes communautaires sont intervenus devant le conseil municipal pour s’opposer à l’adoption précipitée du plan.
La coordonnatrice du Comité directeur des sans-abris du Grand Moncton, Andrea Anne, a critiqué l’aspect répressif des propositions: la «tolérance zéro» pour la consommation de drogue à ciel ouvert et la mendicité, par exemple.
Le directeur de Résidences Alternatives, Alan Pendergas, a soutenu que le logement abordable serait plus efficace pour lutter contre l’itinérance.
Des critiques
La directrice de Carrefour pour femmes, Renée Charron, a critiqué l’absence de consultation des organismes comme le sien par le comité sur la sécurité. Elle a invité le conseil municipal à investir plus dans la prévention du crime que dans la répression.
La consultante Robyn LeBlanc a dit que l’adoption d’un plan si ambitieux juste avant des élections et sans l’avis de parties prenantes était inappropriée.
«Les choses empirent à Moncton. Ça en devient tragique», a commenté par courriel le professeur de criminologie à l’Université St. Thomas, Jean Sauvageau.
Il commentait l’utilisation du principe «carreau cassé» (broken windows policing, en anglais) pour l’élaboration du plan sur la sécurité. Selon cette théorie, l’arrestation de délinquants pour des crimes mineurs (troubles à l’ordre public, ivresse, etc.) permet de réduire la criminalité plus grave.
«L’approche broken windows a été complètement discréditée il y a très longtemps, a fait remarquer M. Sauvageau. Quelle tristesse…»
De la colère
Enfin, un membre de l’Autorité policière régionale de Codiac (APRC), Don Moore, s’est offusqué du plan de sécurité proposé au conseil municipal de Moncton, en avril.
Il a perçu une remise en cause du comité citoyen qui supervise la police dans le Grand Moncton.
Le plan propose une modification du modèle de gouvernance de l’APRC pour que le conseil municipal de Moncton ait plus de contrôle sur les activités policières.
«La politique doit rester à l’écart de la surveillance policière, ont écrit les conseillers qui ont proposé la stratégie. Toutefois (…) certaines opérations doivent relever des municipalités qui financent les services de surveillance policière.»
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