Au Gaec de Bergnes, créé en 2009, « on ne fait rien de révolutionnaire », précise d’emblée Daphné Mervoyer. Sur les 428 hectares de l’exploitation, dont près de 200 hectares de surfaces pastorales, le pâturage est au cœur de l’élevage de leurs 55 vaches allaitantes de race aubrac conduites en agriculture biologique et en plein air.
Prairies permanentes, landes et surfaces temporaires constituent l’essentiel des ressources fourragères. Les éleveurs ont structuré leur système autour d’une gestion agroécologique du troupeau : pâturage tournant dynamique au printemps, diversité végétale et approche intégrée de la santé animale.
Favoriser l’immunité naturelle
Pour Daphné et Sylvain Mervoyer, la santé du troupeau repose d’abord sur une alimentation naturelle et diversifiée, qui renforce l’immunité des animaux. Les vaches pâturent les trois quarts de l’année et valorisent différentes ressources au fil des saisons : herbe des prairies permanentes au printemps, pelouses d’altitude en estive, herbe des prairies permanentes en fin d’été et début d’automne, et landes à l’automne et au début de l’hiver, riches en végétaux variés (herbe, ligneux, fougères, glands).
En hiver, les animaux disposent de foin des prairies naturelles à volonté, complété par du foin de légumineuses. Aucun concentré n’est distribué durant cette période. Pour l’engraissement, les vaches reçoivent du foin à volonté complété par un apport de rumibio (1 kg pour 100 kg de poids vif), fractionné en deux distributions quotidiennes.
La gestion de l’espace pâturé et un parcours diversifié constituent le deuxième pilier du système. Les éleveurs sélectionnent les animaux adaptés aux différents types de pâturages et capables d’évoluer dans des milieux accidentés. Les parcelles ont été redécoupées, passant d’environ 10 à 1 ou 2 hectares, afin de mettre en place des rotations longues et un pâturage tournant dynamique.
Les animaux reviennent au même endroit deux à trois fois dans la saison, ce qui limite les risques de parasitisme. « Les zones peu productives sont volontairement intégrées dans le parcours, car elles abritent des plantes riches en tannins condensés, présents dans les landes (glands) ou dans certaines légumineuses (sainfoin, lotier) reconnues pour leurs propriétés antiparasitaires naturelles.
Un mélange d’huiles essentielles
La gestion du parasitisme repose sur des stratégies préventives : éviter le surpâturage, pratiquer le pâturage tournant dynamique, alterner fauche et pâture, soigner rapidement les plaies et blessures externes, mettre en quarantaine les nouveaux animaux, et une alimentation variée et saine.
Lorsque les bovins sont exposés aux parasites externes (mouches, tiques ou taons), les éleveurs utilisent un répulsif à base d’huiles essentielles d’eucalyptus, de citronnelle, de géranium et de lavandin diluées dans une huile végétale de tournesol. Cette formulation a été mise au point avec un vétérinaire et le Groupement d’interventions et d’entraide Zone verte.
« Nous ne faisons pas de vermifuge interne. Nous utilisons uniquement ce mélange d’huiles essentielles avant le départ en estive, à raison d’environ 1 ml par vache mélangé dans 30 ml d’huile tournesol. C’est un bon alternatif au butox, même si ce n’est pas aussi efficace. Mais cela suffit largement », précise Daphné Mervoyer. Le produit est vaporisé sur la ligne du dos et sous la queue jusqu’aux mamelles.
Les éleveurs distribuent également un bloc à lécher à base d’ail et intègrent ponctuellement dans la ration des plantes réputées vermifuges comme le sainfoin, le lotier, le sulla, des féveroles ou certaines espèces présentes dans les landes. « Nos animaux sont rarement malades. Et lorsqu’ils sont parasités, leur immunité naturelle limite les effets sur leur état sanitaire », conclut Daphné Mervoyer.
Florence Guilhem
Crédit: Lien source