Matoury : grève au collège Lise Ophion contre les souris et les sanitaires insalubres

Un rassemblement se tient ce mercredi 6 mai devant l’établissement. Le SNES, seul syndicat représenté au collège Lise Ophion, a déposé un préavis de grève pour dénoncer une situation d’hygiène jugée intenable. Le syndicat n’accueille pas les élèves mais ne bloque pas les accès, le chef d’établissement restant libre de les faire entrer.

Une invasion de souris depuis le début de l’année

Construit il y a près de trente ans, le collège matourien qui accueille environ 560 élèves connaît une dégradation que les personnels disent s’être accélérée depuis janvier. « On a eu une invasion de souris », explique Eric Mulon, secrétaire de section du SNES et professeur de mathématiques dans l’établissement depuis l’an 2000. Une dératisation a bien été menée, mais le nettoyage qui aurait dû suivre n’a pas été effectué selon le syndicat.

Le secrétaire de section décrit une situation devenue invivable : « Je pense à la vie scolaire, des dossiers qui sont maculés de crottes de souris, où on sent l’odeur de l’urine, et on a aussi des cadavres de souris, parce que ça n’est pas nettoyé, qui traînent un peu partout. J’entends dire qu’à l’administration, il y a aussi cette odeur de cadavre, donc on pense que les souris sont mortes au-dessus des faux plafonds. Ça devient infernal. »

Certains personnels redoutent un risque sanitaire, la leptospirose étant évoquée. Aucun cas de maladie n’est toutefois signalé à ce jour.

Le syndicat impute la dégradation au changement opéré cette année par la Collectivité territoriale de Guyane (CTG), qui a mis fin aux contrats Parcours emploi compétences pour confier le nettoyage à Sodexo. « Le cahier des charges, on ne l’a jamais vu », souligne Eric Mulon, qui affirme que le collège Justin Catayée, confronté aux mêmes difficultés, s’est également vu refuser sa communication.

Sur le terrain, la situation conduit à des arrangements de fortune. « Il y a des collègues, imaginez, qui achètent les produits d’entretien pour que leur salle soit propre. Ils achètent de l’eau de javel, du CIF, et ils donnent ça aux dames de la Sodexo pour que leur salle soit correctement nettoyée. Là, on touche le fond », dénonce le secrétaire de section.

Deux WC pour près de 200 filles

L’autre motif de colère concerne les sanitaires. Sur huit blocs, seuls trois sont fonctionnels. Le SNES affirme que les filles ne disposent que de deux WC pour près de 200 élèves. « Le code du travail prévoit deux WC pour vingt femmes. C’est pour vous dire à quel point on est complètement à la ramasse », compare Eric Mulon, précisant que cette norme ne s’applique pas au public scolaire mais sert de point de référence.

Côté garçons, l’absence d’éclairage aggraverait l’insalubrité. « Les WC des garçons n’ont même pas de lumière, donc les garçons ne voient pas ce qu’ils font, ils font partout », rapporte-t-il. À cela s’ajoutent des odeurs d’égout « absolument insupportables » dans plusieurs zones, des pigeons dans le gymnase et la présence de chauves-souris.

Sodexo invoque une phase d’adaptation contractuelle

Contactée, Marie Jourdain, directrice de Sodexo Guyane, conteste la lecture d’une défaillance de l’entreprise et replace le débat dans le cadre du contrat signé avec la CTG. « Aujourd’hui, on effectue des fréquences de nettoyage qui correspondent à notre contrat, avec des contrôles contradictoires qui sont faits avec le client », affirme-t-elle, rappelant qu’il s’agit d’une première externalisation depuis septembre.

La directrice reconnaît néanmoins que les fréquences initiales étaient sous-évaluées sur certains postes : « On s’est rendu compte avec la CTG et par les remontées des établissements, qu’on avait des fréquences pour un certain nombre d’endroits comme des toilettes, des vidages de poubelles, qui avaient été sous-estimés dans notre contrat ». Sodexo affirme avoir signé des avenants avec la CTG, effectifs depuis le 1er mai, pour augmenter ces fréquences.

Marie Jourdain attribue les tensions à un changement d’organisation : « Je pense que les établissements étaient habitués à avoir du personnel qui était un peu là toute la journée. Nous, on est sur une prestation professionnelle qui correspond à un séquentiel défini dans un contrat. C’est une phase d’adaptation ». Elle souligne ne pas avoir de visibilité sur la communication entre la CTG et les établissements concernant les nouvelles fréquences.

Une réunion sans engagement écrit

Saisie par le syndicat, la CTG a délégué cinq représentants lors d’une réunion tenue le 30 avril, en présence de la direction de l’établissement. Selon Eric Mulon, l’interlocuteur chargé du lien avec Sodexo a reconnu un non-respect du cahier des charges. Plusieurs pistes ont été évoquées : prise en charge partielle du nettoyage par les agents de l’établissement après modification de leur fiche de poste, installation provisoire de blocs sanitaires, inspections techniques pour les odeurs d’égout, et lancement de marchés pour la rénovation des WC, vraisemblablement durant les grandes vacances.

Mais ces annonces sont restées verbales. « On exigeait un engagement écrit, ce qu’on n’a pas eu. Il est déjà arrivé dans d’autres établissements que la CTG promette des choses et ne tienne pas ses promesses », insiste Eric Mulon. Le rectorat, informé, a renvoyé la compétence à la collectivité.

Le SNES estime que le nettoyage relève d’une décision immédiate. La reconductibilité du mouvement n’a pas été confirmée. Sollicitée par nos soins, la Collectivité territoriale de Guyane n’a pas donné suite à nos demandes à l’heure de la publication de cet article.

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