Deux mois d’épidémie d’Ebola : la réponse sanitaire au Congo perd du terrain

Deux mois après que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a déclaré l’épidémie d’Ebola de Bundibugyo, en République démocratique du Congo, urgence de santé publique de portée internationale (USPPI), l’épidémie est entrée dans une nouvelle phase dévastatrice. De retour d’une semaine passée dans la province d’Ituri, le Dr Chikwe Ihekweazu, directeur général du Programme des situations d’urgence sanitaire de l’OMS, a dressé le constat le plus alarmant à ce jour lors d’une conférence de presse à Genève le 14 juillet. Le virus, a-t-il averti, « continue de se propager plus vite que les efforts de riposte des autorités nationales, des partenaires internationaux, notamment l’OMS, et des communautés les plus touchées ».

Les modélisations de l’OMS indiquent désormais que le nombre réel de cas est « au moins deux à quatre fois supérieur au nombre de cas recensés ». Le bilan officiel ne représente qu’une estimation minimale de l’ampleur réelle de l’épidémie. Environ 80 % des nouveaux cas sont détectés en dehors de toute chaîne de transmission connue. « Le constat le plus alarmant », a déclaré le Dr Ihekweazu, « est que de nombreux cas nouvellement signalés concernent des personnes décédées dans leur communauté, sans n’avoir jamais pu accéder à un établissement de santé ni recevoir de soins ». Le taux de létalité a augmenté au lieu de diminuer à mesure que l’intervention se met en place, passant d’environ 23 % à la mi-juin à près de 35 %, ce qui indique que l’intervention perd du terrain sur la maladie.

Selon les données du 14 juillet de BNO News et du ministère congolais de la Santé, la RDC a enregistré 1 963 cas confirmés, 719 décès et 333 guérisons. Cinquante-neuf jours après la détection du premier cas, le nombre de décès dépasse largement celui des guérisons. « Il y a quelques jours, nous avons enregistré plus de 80 cas confirmés en une seule journée », a souligné Ihekweazu. Deux mois après l’USPPI du 17 mai, il s’agit désormais de la « troisième plus importante épidémie d’Ebola jamais enregistrée », a-t-il déclaré, avec « la progression la plus rapide en un seul mois […] de toutes les épidémies d’Ebola que nous avons gérées ». Tous les indicateurs évoluent dans le mauvais sens : propagation géographique, transmission non détectée, attrition du personnel de santé et effondrement des salaires, des fournitures et des financements. L’OMS n’a reçu qu’environ 40 % des 115 millions de dollars nécessaires. « Ce n’est pas un fardeau que la RDC peut porter seule », a-t-il déclaré.

Les graphiques ci-dessous illustrent l’évolution de la situation jusqu’au 12 juillet, date la plus récente : 1 926 cas et 702 décès. En Ouganda, on ne dénombre que 20 cas et deux décès, aucun nouveau cas n’ayant été signalé depuis le 30 juin 2026. La France a enregistré un cas, celui d’un médecin de retour au pays, depuis guéri.

L’épidémie d’Ebola de 2026 en RDC

Le 11 juillet, l’Institut national congolais de santé publique (INSP) a officiellement ajouté deux provinces supplémentaires, Haut-Uele et Tshopo, à la zone épidémique, portant le total à cinq. Comme l’a rapporté Reuters le 13 juillet, Tshopo a enregistré quatre cas, dont deux décès, tandis que Haut-Uele a déploré un décès. Bien que les enquêteurs pensent que ces cas ont été importés de Niania, dans l’Ituri, l’institut a conclu qu’il était « nécessaire et approprié de considérer ces deux provinces comme une zone épidémique ».

La gravité de la situation est d’autant plus préoccupante que Kisangani, capitale de Tshopo, est l’une des plus grandes villes du pays et une plaque tournante fluviale. Haut-Uele est frontalière du Soudan du Sud et de la République centrafricaine. Le virus circule désormais sur les principaux axes de transport et à proximité de frontières poreuses. Comme l’a rapporté NPR le 10 juillet, un corps testé positif a été transporté à Kisangani, et un cas à Tshopo ne présentait « aucun lien géographique apparent avec les foyers connus ». L’épidémie, qui a débuté dans les zones minières aurifères reculées de l’Ituri, suit les axes des déplacements de population, du commerce et des migrations de travail.

Propagation d’Ebola en RDC dans cinq provinces

Cette situation avait été présagée lors d’une réunion d’information des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique) le 9 juillet. Le Dr Wessam Mankoula, responsable de la préparation aux situations d’urgence, a souligné des progrès concrets, notamment l’augmentation de la capacité des laboratoires, passée d’une trentaine à plus de 2 000 tests par jour, le lancement d’essais cliniques et la signature d’un mémorandum transfrontalier avec l’Ouganda. Il a ensuite reconnu que ces mesures étaient insuffisantes. « Malheureusement, le virus continue de progresser plus vite que nos capacités d’intervention », a-t-il déclaré. « Il se propage plus rapidement que le déploiement des ressources nécessaires pour maîtriser la situation. »

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