La Suisse, en tant que membre de l’AELE, devrait conclure un accord de libre-échange avec les quatre États du Mercosur, soit l’Argentine, le Brésil, l’Uruguay et le Paraguay. Cependant, le projet, que le président de la Confédération Guy Parmelin a signé l’année dernière, est actuellement suspendu. En cause: le National, qui a refusé cet accord à la surprise générale lors de la session d’été. Un rejet dû à une «alliance contre nature», selon les partisans du texte, entre les agriculteurs et les partis de gauche, le PS et les Verts.
Les agriculteurs, emmenés par le président de l’Union suisse des paysans Markus Ritter (Le Centre/SG), réclamaient en effet des subventions compensatoires à hauteur de 880 millions de francs. Car avec l’accord, il y aurait pour la première fois des contingents bilatéraux supplémentaires allant au-delà des volumes habituels, a expliqué le conseiller national auprès de la « NZZ ». Davantage de poulet bon marché, de steaks ou de vin d’Amérique du Sud signifieraient en effet des pertes de revenus pour les agriculteurs locaux.
Guy Parmelin, lui, prévoyait une compensation de 158 millions de francs, ce que Markus Ritter a qualifié de «provocation». Comme le National a rejeté la demande des agriculteurs, ceux-ci ont alors, en retour, fait capoter l’accord de libre-échange lors du vote d’ensemble.

Ce retournement a également été possible grâce aux voix de la gauche du National. Le PS et les Verts, eux, réclamaient des règles supplémentaires contre le travail forcé ainsi que l’adoption des règles européennes contre la déforestation. Ces dernières prévoient que les produits issus de terres déboisées – comme le cacao, le bœuf ou le soja – ne puissent plus être importés. Ces conditions avaient été rejetées par les élus. Par conséquent, les deux partis ont refusé eux aussi l’accord au final.
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La droite parle de chantage
Le blocage imposé par les agriculteurs provoque une vive colère dans les milieux économiques. Le patron de Stadler Rail, Peter Spuhler, a critiqué la demande de 800 millions de francs des agriculteurs et le «torpillage» de l’accord avec le Mercosur. «Cela dépasse toutes les limites et constitue une rupture massive de confiance entre l’économie et l’Union suisse des paysans», a-t-il déclaré dans une interview à«Blick».

Peter Spuhler, tout comme le directeur de Swissmem Stefan Brupbacher, dénonce un chantage auprès de toute l’économie. «Dans l’industrie, nous sommes extrêmement déçus par l’agriculture», a-t-il déclaré sur le plateau de l’émission alémanique «Arena» de la SRF. Et de qualifier l’alliance entre la gauche et les milieux agricoles de «pacte avec le diable».
L’argumentation de Guy Parmelin
Le traité avec les États sud-américains ouvre à l’industrie suisse un marché de 270 millions de consommateurs, a expliqué de son côté le ministre de l’Économie. Guy Parmelin. Il offrirait également un «potentiel de croissance considérable» aux exportations helvétiques.

Avec cet accord, environ 96% des exportations suisses vers les pays du Mercosur seraient totalement exemptées de droits de douane. Les entreprises helvétiques pourraient ainsi économiser plus de 155 millions de francs par année en frais douaniers. De plus, la Suisse accorderait au total 25 contingents d’importation bilatéraux pour des «produits agricoles sensibles» tels que la viande. La plupart des contingents sont limités à moins de 2% de la consommation totale suisse ou correspondraient aux volumes déjà importés aujourd’hui. «Ils sont donc supportables pour l’agriculture suisse», conclut le Conseil fédéral.
La suite du dossier
Le Conseil des États doit désormais se prononcer sur l’accord de libre-échange ainsi que sur les revendications des agriculteurs et de la gauche. Une solution financière digne pour les paysans pourrait éventuellement être trouvée, ce qui permettrait de sauver l’accord.
Référendum contre l’accord avec la Malaisie
Également lors de la session d’été, le Parlement a examiné l’accord de libre-échange entre la Suisse et la Malaisie. Contrairement à celui avec le Mercosur, le Conseil national et le Conseil des États l’ont approuvé – malgré l’opposition du PS et des Verts. Les deux partis ont maintenant lancé un référendum. Ils critiquent le fait que l’accord avec la Malaisie «ignore les droits de l’homme» et met en danger la forêt tropicale et le climat – «pour le profit des entreprises pharmaceutiques et agricoles». La critique vise en particulier la production d’huile de palme, pour laquelle la forêt tropicale est souvent défrichée, menaçant ainsi l’habitat de nombreux animaux.
(cht)

Christina Pirskanen (pir), née en 1996, travaille chez 20 Minuten depuis 2022.
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