63 éco-récifs à Bouillante : des mouillages pour les plaisanciers et des nurseries pour les espèces sous-marines

Il a fallu mobiliser une grue de 60 tonnes au beau milieu du plan d’eau de Malendure, à Bouillante, en fin de semaine dernière (vendredi 17 juillet 2026), pour immerger les 23 éco-récifs spécifiquement fabriqués pour la zone nord de cette baie. L’engin était indispensable pour immerger ces équipements et achever un chantier vieux de 7 ans, celui de la création de zones de mouillage au large de la commune de Bouillante. En tout, 63 dispositifs ont été répartis sur trois sites.

La société Sogetras était à la manœuvre. Les ancrages, de 5, 8 ou 17 tonnes, ont été positionnés entre 3,5 et 10 mètres de profondeur.

« L’idée de faire des éco-récifs dans une zone qui est quand même très touristique met aussi en avant le principe d’avoir un ancrage responsable, plutôt que d’avoir un corps mort simple. Là, aujourd’hui, il y a vraiment une approche différente, pour justement protéger les écosystèmes. Et, en plus de sécuriser le mouillage du bateau, ça favorise toute l’évolution de l’écosystème autour de cet ancrage. »

Manuel Rufer, ingénieur maritime en charge des travaux chez Sogetras

Car ce point d’ancrage est un peu plus qu’un simple bloc de béton. On y trouve aussi des conques à lambi et des trous en bambou. Franck Phazian est l’un de ceux qui ont travaillé à sa conception.

« L’idée, c’est de reconstituer la barrière corallienne d’antan en faisant un bloc de béton. Les interstices en bas, non seulement, ça permet à l’écosystème de repartir, c’est-à-dire de protéger les post-larves et, vous venez dans un an, c’est complètement recolonisé par l’écosystème, donc les éponges, les algues… »

Franck Phazian, fondateur de Kazarecycle

Et cela fonctionne parfaitement. Comme le montrent ces images, tournées en 2020, sur des éco-mouillages presque identiques, qui avaient été positionnés trois ans auparavant dans le Lagon de Saint-François.

Outre l’impact environnemental, ces éco-mouillages doivent également générer des retombées financières. La commune de Bouillante compte instaurer prochainement une taxe de mouillage pour tous les plaisanciers en escale.

REPORTAGE/

  • Rédaction et tournage : Eric Stimpfling
  • Images de drone : Kazarecycle
  • Images sous-marines : Kazarecycle / Sogetras
  • Montage : Karla Nérin
  • Mixage : Justin Mirval

POUR ALLER PLUS LOIN/

Depuis la diffusion de notre sujet (voir ci-dessus), une polémique a éclaté : pourquoi la cage qui entoure les éco-récifs est en tuyaux PVC, plutôt qu’en bambou comme initialement annoncé, se demande Rénato Rinaldi ? Ce spécialiste de l’observation des mammifères marins annonce la catastrophe à venir : le PVC va se dégrader et « nourrir la vie marine de plastique« , affirme-t-il.

Franck Phazian acquiesce. Il était lui-même contre l’utilisation de ce matériau pour ces « jupes« , qui doivent barrer la route aux prédateurs. D’ailleurs, les éco-récifs fabriqués par Kazarecycle n’en comportent pas. Il explique néanmoins que le bambou dure moins longtemps et est difficile à travailler, dans ce cadre. Pour lui, c’est avec du recul qu’on saura si ces structures contaminent effectivement le milieu et les éco-organismes.

Manuel Rufer argue quant à lui que l’urgent était de protéger les juvéniles et leur offrir « des structures permettant une colonisation facilitée de la faune et de la flore« , avec des éléments « testés par le passé sur d’autres zones en Guadeloupe« . Car il s’avère que « la zone de Bouillante a été fortement impactée par le ravage des chaînes et ancres sur le fond, avec une diminution forte des milieux pour l’accueil des juvéniles« .

« Les tests avec le bambou n’ont pas été concluants sur la solidité de l’ensemble et sur sa capacité à se faire coloniser suffisamment rapidement pour obtenir une certaine résistance. Par ailleurs cela nécessité encore l’utilisation de colle chimique. Cette solution doit encore être développée pour de futurs projets. L’utilisation de tuyau PEHD (polyéthylène haute densité) reste, à ce stade, la solution la plus efficace et qui se dégrade le moins dans le temps. »

Manuel Rufer, ingénieur maritime en charge des travaux chez Sogetras

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