L’après 15 août pourrait être torride… Le référendum pour le changement de la Constitution se précise en RDC

Pourquoi cette proposition de loi fait débat ?

L’actuelle constitution congolaise de 2006 a fait l’objet d’un référendum populaire. Le texte a alors été validé à plus de 80 %. Il prévoit à l’article 219, qu' » aucune révision ne peut intervenir pendant l’état de guerre, l’état d’urgence ou l’état de siège […] ». L’article 220, lui, prévoit que « le nombre et la durée des mandats du Président de la République […] ne peuvent faire l’objet d’aucune révision constitutionnelle ».

Depuis le début du second mandat (obtenu après une élection chaotique annoncée sur un jour mais qui a duré une semaine en toute illégalité), une équipe de constitutionnalistes travaille sur une réécriture de la Constitution qui doit permettre à Félix Tshisekedi de prolonger son bail à la tête d’un État dont tous les indicateurs économiques sont dans le rouge malgré la richesse du sol et du sous-sol. Pour tenter de justifier cette révision, les tenants du pouvoir ont tantôt présenté le texte actuel comme « le fruit du travail des étrangers », avant d’expliquer que « cette Constitution empêchait le président Tshisekedi de développer la politique qu’il souhaite mener », sans jamais ni expliquer leur position, ni convaincre la population en dehors d’un cercle issu essentiellement de l’ethnie du clan présidentiel. « Changer la Constitution ne ramènera pas la paix, n’offrira pas du travail aux Congolais, ni des bancs d’écoles dignes de ce nom pour nos enfants », explique un avocat chevronné de Kinshasa qui préfère taire son identité.

Quand révision de la Constitution rime avec risque de sécession

Un pari risqué

Pour parvenir à rester au pouvoir, la présidence congolaise prévoit donc de passer par un référendum qui lui donnera les clés pour changer la Constitution. Deux provinces du pays (le Nord-Kivu et le Sud-Kivu) seront privées de ce référendum parce que sous gestion du mouvement rebelle AFC/M23. Vouloir coûte que coûte mettre sur pied une consultation populaire sans disposer du moindre fichier électoral, sans pouvoir s’adresser à tous les Congolais, c’est pousser le pays à la scission. « Ce danger découle du viol de l’article 219 qui interdit toute révision en période d’état de guerre », poursuit l’avocat. « Pour durer au pouvoir, Tshisekedi est prêt à faire imploser le pays sous le regard d’une communauté internationale amorphe ».

L’opposition politique aux aguets

Après avoir géré le processus électoral de 2023 à sa guise, s’être offert, par tripatouillage électoral, une majorité absolue dans les deux chambres, Félix Tshisekedi pensait avoir toutes les cartes en main pour orchestrer ce changement de Constitution. Il a comparé ses opposants politiques à des « mendiants », incapables de s’organiser. L’arrivée sur le devant de la scène de la coalition C64 (inspiré de l’article 64 de la Constitution qui octroie à « Tout congolais le devoir de faire obstacle à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force… ») a bouleversé ses certitudes. En deux mobilisations, les cadres de cette structure ont démontré la détermination des Congolais contre tout changement de Constitution. Après une journée ville morte début juin, après la répression d’un sit-in pacifique une semaine plus tard, la C64 avait annoncé des marches populaires à Kinshasa et dans tout le pays.

Mobilisation régionale et religieuse

Coup de stress pour Tshisekedi qui a appelé les chefs d’État voisins à la rescousse. Ndayishimiye, le Burundais, président en 2026 de l’Union africaine, et Sassou-Nguesso, le voisin qui craint comme la peste un embrasement de Kinshasa qui pourrait lui envoyer de dizaines de milliers de réfugiés en quelques jours, sont parvenus à tempérer un peu cette opposition. Dernière étape de cette tentative de décrispation, l’annonce, par le cardinal Ambongo, de la disponibilité de Félix Tshisekedi pour la mise sur pied d’un « dialogue national inclusif » et « républicain ». La marche a de nouveau été suspendue et reportée après le 15 août pour laisser au Président la possibilité de convoquer ce dialogue et d’en définir le cadre. L’éventuelle promulgation de la loi référendaire serait vécue comme une déclaration de guerre par cette opposition et difficilement supportable pour les Églises qui se sont mouillées et ont permis à Tshisekedi de gagner du temps. L’après 15 août pourrait alors être torride.

Une proposition de loi sur le référendum fait bouillonner tout le Congo: « Réaffirmer que le pouvoir suprême appartient au peuple »

L’opposition militaire

À l’est du pays, dans les territoires sous administration de l’AFC/M23, le poto-poto kinois n’émeut guère. Le mouvement ne croit pas au dialogue de Tshisekedi. Il a renforcé ses positions à Bukavu et Goma et est parvenu à reprendre et à sécuriser les Hauts Plateaux du Sud-Kivu d’où il lorgne les premières villes katangaises avec ou sans dialogue ou référendum.

L’introuvable dauphin

Avec ces manœuvres, dangereuses pour le pays et son régime, Tshisekedi démontre sa détermination à rester au pouvoir et/ou son impossibilité de trouver un dauphin. Félix Tshisekedi n’a pas oublié par quel pacte il est arrivé au pouvoir. Il sait comment il a renié cet accord et comment il a humilié et condamné à mort celui qui l’avait placé à ce poste. Dans ce contexte, s’éloigner du pouvoir s’apparente non pas à une retraite mais à un suicide politique.

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