Burkina Faso : la suspension de 18 événements culturels ravive les tensions – ACTUALITÉS

Le ministère burkinabè de la Culture a frappé fort en interdisant 18 manifestations récréatives au nom de la moralité publique. Entre gouffre financier pour les promoteurs et quête de souveraineté culturelle portée par les autorités, cette décision divise profondément les acteurs de la scène urbaine à Ouagadougou et Bobo-Dioulasso.

La culture festive urbaine dans le viseur de l’État

Le secteur de l’événementiel burkinabè fait face à un coup d’arrêt majeur. Par le biais d’un arrêté ministériel, le ministère de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme (MCCAT) a proscrit la tenue de 18 rendez-vous culturels et récréatifs. Sont directement visés des concepts phares de la jeunesse urbaine tels que *The Out Side*, *Golden Moment*, *Tropical Summer*, *Urban Vibes* ou encore *La nuit des célibataires*.

En invoquant la protection de la jeunesse, l’ordre public et la moralité républicaine, les autorités s’attaquent à des formats — souvent sous forme de pool parties ou de soirées privées — jugés incompatibles avec les valeurs endogènes. Cette offensive s’inscrit dans le droit fil de la loi n°004-2025/ALT du 27 mars 2025, qui durcit l’encadrement des activités artistiques au nom du respect des bonnes mœurs.

Le lourd tribut économique des promoteurs et prestataires

Pour les agences et les organisateurs, cette annulation de dernière minute se solde par un véritable désastre financier. Les investissements consentis en amont (communication, location de sites, acomptes techniques) partent en fumée.

Au-delà des promoteurs, c’est toute la chaîne de valeur informelle qui est touchée de plein fouet. Les DJ, les techniciens, les agents de sécurité et les petits commerçants, qui comptaient sur ces rendez-vous de saison pour équilibrer leurs revenus, se retrouvent pénalisés. Face à cette situation de crise, certains professionnels plaident pour une refonte rapide des concepts, proposant d’africaniser les dénominations et d’exiger des codes vestimentaires stricts afin de renouer le dialogue avec l’administration.

Entre souveraineté culturelle et exigence de réinvention

À l’opposé de l’inquiétude des promoteurs, une frange significative de l’opinion publique et des acteurs culturels salue une mesure de « salubrité publique ». Pour les partisans de la transition et de la souveraineté culturelle, ce recadrage constitue une rupture nécessaire avec des modèles de divertissements jugés décadents et extravertis.

Dans un contexte national marqué par des défis sécuritaires cruciaux, ces voix estiment que l’industrie du spectacle doit dorénavant prioriser les valeurs d’identité nationale, de cohésion et d’effort de guerre. Le milieu culturel burkinabè est ainsi sommé de se réinventer pour s’accorder avec ce nouveau paradigme réglementaire.


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