C’est un convoi de plusieurs dizaines de véhicules, peut-être une centaine. Des soldats maliens mais aussi, d’après plusieurs témoins, des unités russes de Wagner, alliées de Bamako.
La colonne est partie lundi 2 octobre de la ville de Gao, dans l’est du Mali, direction la région de Kidal au nord. Cette zone est revendiquée par les séparatistes touareg, rassemblés au sein de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA).
Azawad, c’est le nom touareg donné par les rebelles à ce territoire du nord-Mali, presque entièrement désertique, plus grand que la France, dont ils réclament l’indépendance.
La région a été le théâtre d’un conflit engagé en 2012. Les touareg, soutenus par des groupes islamistes, ont infligé plusieurs déroutes à l’armée malienne. Et c’est dans ce contexte, pour aider Bamako, que la France avait lancé l’opération Serval devenue plus tard Barkhane.
En 2015, l’accord d’Alger a mis fin aux affrontements entre le Mali et les rebelles touareg. Et aujourd’hui, cet accord est moribond et une nouvelle guerre se prépare.
La reprise des hostilités s’explique d’abord par le départ l’an dernier des troupes françaises, dont ne voulait plus la junte au pouvoir à Bamako. Ce retrait a laissé un vide sécuritaire. Les Français disposaient de plusieurs bases dans cette région de l’Azawad, à Gao, à Kidal, à Tessalit.
Reprise des combats depuis le mois d’août
Et cette année, c’est au tour de la mission de l’ONU, la Minusma, de faire ses cartons à la demande du régime malien. Plus de 12.000 hommes appelés à quitter le pays avant fin décembre.
Or, les camps de la Minusma attirent les convoitises. Les rebelles touareg les revendiquent mais l’armée malienne, soutenue par les miliciens russes de Wagner, veut s’y installer.
Depuis début août, c’est l’escalade, les positions se durcissent, et plusieurs affrontements meurtriers ont déjà eu lieu. Jeudi dernier, une base militaire malienne a été attaquée à Dioura. Dimanche, les rebelles touareg affirment avoir repris à l’armée la ville de Bamba.
Impossible de vérifier les bilans des combats, mais en quelques semaines, chaque camp aurait perdu des dizaines d’hommes.
Le pouvoir malien joue gros dans cette séquence. La junte a justifié son coup de force de 2020 en mettant en avant l’insécurité au Mali et l’incompétence du régime en place.
Aujourd’hui, elle veut donner des gages à la population, rétablir la souveraineté du pays. L’armée malienne reste mal équipée mais elle compte à présent quelque 40.000 hommes, elle peut s’appuyer sur son nouvel allié russe, de quoi résister peut-être à la nouvelle insurrection dans le nord. C’est le pari hasardeux de la junte.
Mais le convoi militaire en route vers Kidal a déjà subi plusieurs attaques, aussi bien de la part des touareg que des djihadistes. Car bien sûr les groupes djihadistes, en particulier le JNIM affilié à Al-Qaïda, continuent à faire régner la terreur au Mali. Depuis cet été, ils bloquent les accès à la ville de Tombouctou. Et leur proximité avec certains rebelles touareg ne fait guère de doutes.
Alors que l’armée malienne se dirige vers une nouvelle confrontation d’ampleur dans le nord, une étude de l’ONG Acled montre que les violences contre les civils ont augmenté de 38% cette année au Mali. Une fois sur trois, l’attaque a été commise par l’armée ou la milice Wagner.
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