À 100 ans, Abdoulaye Wade reste l’âme du PDS

Le Parti démocratique sénégalais (PDS) célèbre cette semaine le centenaire de son fondateur, Abdoulaye Wade. Une date symbolique pour cette formation politique créée en 1974 et qui a marqué l’histoire démocratique du Sénégal, notamment en accédant au pouvoir en 2000 avant de le perdre en 2012 face à Macky Sall.

Au siège national du parti, à Dakar, portraits, hommages et témoignages rappellent l’importance de celui qui demeure la référence centrale du PDS. Malgré un recul de son influence électorale ces dernières années, les militants continuent d’afficher leur confiance dans l’avenir de la formation, avec en ligne de mire les élections locales de 2027 puis la présidentielle de 2029.

La nostalgie des années de gloire

À la permanence nationale du PDS, responsables et militants se sont réunis pour célébrer les 100 ans d’Abdoulaye Wade. Parmi eux, Oustaz Ndiaga, militant depuis près de quatre décennies, se souvient avec émotion de la période où le parti dominait la scène politique sénégalaise.

« Jusqu’ici, aucun parti au Sénégal n’arrive à la cheville du PDS. Aujourd’hui que nous avons perdu le pouvoir, il ne reste que les vrais militants, ceux qui n’étaient pas là uniquement pour le pouvoir et les avantages. Mais ça n’a plus rien à voir avec le PDS d’antan », a estimé Oustaz Ndiaga.

Pour de nombreux sympathisants, la perte du pouvoir a certes réduit l’ampleur des mobilisations, mais elle a aussi permis de distinguer les militants restés fidèles à l’idéal porté par le parti.

Sénégal, Ziguinchor, 2001 | Diamacoune Senghor et Abdoulaye Wade (Archives 2001)
Le président sénégalais Abdoulaye Wade (à droite) s’apprête à saluer l’abbé Diamacoune Senghor (à gauche), secrétaire général du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC), lors d’une rencontre historique tenue le 17 avril 2001 à Ziguinchor, dans le sud du Sénégal. À l’arrière-plan se trouve l’archevêque de Ziguinchor, Youba Sambou.Image : Seyllou Diallo/AFP

Un héritage politique revendiqué

Créé en 1974 par Abdoulaye Wade, le Parti démocratique sénégalais revendique une place particulière dans l’histoire politique du pays. Ses responsables mettent notamment en avant l’alternance démocratique de 2000, qui a vu le parti accéder au pouvoir par les urnes.

Selon Bachir Diawara, porte-parole du PDS, cette séquence demeure un tournant majeur pour la démocratie sénégalaise.

« Avec l’alternance de 2000, il a démontré à la face du monde que le pouvoir pouvait changer par les urnes, dans la paix, dans la stabilité et surtout, dans le respect de la volonté populaire. Cet acquis historique a consolidé la place du Sénégal à l’international », a-t-il déclaré.

Pour les cadres du parti, cet héritage continue aujourd’hui de constituer le principal socle politique du PDS.

Une influence contestée mais toujours revendiquée

Depuis sa défaite à l’élection présidentielle de 2012, le PDS n’a plus participé à un scrutin présidentiel avec son propre candidat. Une situation qui alimente les interrogations sur son poids réel dans le paysage politique sénégalais.

« Le PDS, c’est le nez au milieu du visage. Le PDS est un parti extrêmement structuré. Je crois que c’est le plus grand parti d’Afrique, du fait de sa structuration. Et partout, au Sénégal, nous sommes très représentés et très structurés », a répondu Alioune Diop qui rejette l’idée d’un déclin du parti.

Le responsable estime que les difficultés électorales récentes ne remettent pas en cause la capacité du parti à rebondir.

« La faute à qui ? Ce n’est pas notre faute si nous n’avons pas eu de candidat. Nous avons été victimes d’une injustice extraordinaire. De toute façon, 2029, ce n’est pas loin. Avec notre candidat, le président Karim Meïssa Wade, inch’Allah, nous allons nous présenter. »

Le parti continue en effet de considérer Karim Wade, fils de l’ancien président, comme son candidat naturel pour la prochaine présidentielle.

Sénegal I  Karim Wade, fils d'Abdoulaye Wade
Toujours absent de la scène politique sénégalaise en raison de son exil, Karim Wade tente néanmoins de s’imposer comme le principal dirigeant du PDS, le parti fondé par son père, Abdoulaye Wade. Son éloignement du pays fait suite aux démêlés judiciaires qu’il a connus sous le régime de Macky Sall.Image : STR/AP/picture alliance

Le défi de la réinvention face aux nouvelles formations

Si le PDS conserve un ancrage historique important, plusieurs observateurs soulignent la nécessité pour la formation de s’adapter à un paysage politique profondément transformé. L’émergence de nouvelles forces politiques, plus récentes et particulièrement dynamiques, constitue un défi majeur.

Pour l’analyste politique Daouda Tall, le parti doit impérativement engager un travail de renouvellement.

« Il est évident qu’un parti a besoin de respirer, de se réinventer, d’innover. Et c’est possible de le faire tout en gardant l’idéologie du père fondateur. C’est à cela que le Parti démocratique sénégalais doit être appelé. Parce que la finalité d’un parti politique, au-delà de conquérir le pouvoir, c’est d’avoir des idées pour soutenir les pouvoirs publics, car la finalité des politiques publiques, c’est le développement humain. »

À deux ans des prochaines élections locales, le PDS entend donc relancer sa dynamique militante et reconquérir du terrain. Pour ses dirigeants, la célébration du centenaire d’Abdoulaye Wade n’est pas seulement un hommage au passé, mais aussi le point de départ d’une nouvelle étape politique tournée vers les échéances de 2027 et 2029.

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