Pas d’adaptation de la forêt sans biodiversité, pas de biodiversité sans adaptation forestière.
IN-SYLVA Europe s’est construite à partir d’un modèle français, IN-SYLVA France, fondée en 2017 et inscrite sur la feuille de route nationale des infrastructures de recherche depuis 2018. Le concept d’infrastructure forestière mis en oeuvre par IN-SYLVA France sr trouve désormais largement transposé à l’échelle internationale par IN-SYLVA Europe qui bénéficiera d’une équipe internationale de coordination(actuellement 5 organisations de 3 pays) pilotée par INRAE en association avec l’appui du Cirad et des université de Rouen Normandie, de Copenhague (Danemark) et de Luke (Finlande). Son originalité est de développer une vision intégrée de la gestion adaptative des forêts en couvrant une grande diversité de situations forestières, qu’elles soient tempérées métropolitaines (17 millions d’hectares, 31 % du territoire national) ou tropicales ultramarines (dont les 8 millions d’hectares de forêt guyanaise). L’objectif est de contribuer à l’adaptation des socio-écosystèmes forestiers, afin d’assurer, sur le long terme, de multiples services écosystémiques tels que la production durable de bois et de biomasse pour différents usages, le stockage de carbone (arbres, sols) ou le maintien de la biodiversité, un des moteurs de la productivité des forêts.
200 000 sites d’expérimentation sur plus de 30 ans dans 32 pays
« IN-SYLVA Europe relie désormais et rend interopérables des sites expérimentaux et ressources associées répartis dans plusieurs pays, le long des grands gradients écologiques européens », explique Jean-François Trontin, chargé de développement de l’infrastructure. « Les défis sont immenses pour les forêts européennes ». Elles doivent s’adapter aux impacts du changement climatique et aux multiples risques environnementaux qui en découlent (sécheresses, incendies, tempêtes ou maladies et ravageurs) et se renforcent ; tout en continuant à stocker du carbone, préserver la biodiversité et fournir du bois. Une forêt méditerranéenne, une forêt de montagne ou une forêt nordique réagissent différemment à ces pressions et leurs réponses dépendent des situations locales (biologie, environnement et gestion, organisation des filières, gouvernance des territoires). Pour comprendre et trouver des solutions, il faut pouvoir expérimenter (intervenir activement sur les écosystèmes) et non pas seulement observer ; et, surtout, réaliser ces expérimentations dans des situations contrastées. C’est l’un des apports majeurs d’IN-SYLVA Europe avec un potentiel de 200 000 sites expérimentaux suivis sur le long terme (> 30 ans) dans 32 pays, dont 12 hors de l’Europe.
Au service de tous pour une gestion durable des forêts
L’infrastructure européenne doit permettre de tester les effets de différents leviers de gestion des forêts (diversification des essences, itinéraires sylvicoles, gestion des équilibres forêt-ongulés, de la santé des sols, des risques d’incendie…), de produire des données en suivant des protocoles communs (de standard international), et de les rendre disponibles pour une large gamme de communautés œuvrant dans le secteur forêt-bois. Les services d’IN-SYLVA Europe sont conçus pour être mobilisés par les scientifiques mais aussi les gestionnaires forestiers, les entreprises, les pouvoirs publics, les associations et plus largement l’ensemble des acteurs de la société (y compris les citoyens) intéressés par la gestion durable des forêts.
L’infrastructure répond aussi à une contrainte propre aux écosystèmes pérennes comme la forêt : « Nous cherchons à établir des expérimentations sur le long terme. Une forêt ne se développe pas en un an, comme une culture de blé », souligne Jean-François Trontin. Pour des essences dont les cycles de vie atteignent souvent 80 à 100 ans, voire beaucoup plus pour le chêne, cette continuité de suivi est déterminante. Or, les projets de recherche ne sont pas toujours conçus pour porter un tel héritage. « Depuis les années 2000, nous avons recensé plus d’une centaine de projets européens collaboratifs consacrés à l’adaptation des forêts au changement climatique et autres changements globaux », détaille Jean-François Trontin. « Financés pour 3 ou 4 ans, lorsqu’ils s’arrêtent, leurs résultats se dispersent, faute d’un espace commun pour les partager et les réutiliser. » C’est de cette absence de structure permanente qu’est née IN-SYLVA France, puis l’initiative IN-SYLVA Europe. Le dernier rapport stratégique de l’ESFRI (2021) et son analyse du paysage (2024) soulignaient ce besoin d’une infrastructure de recherche forestière.
« Le point d’entrée unique fourni par IN-SYLVA Europe doit donner accès aux sites expérimentaux, aux échantillons, aux données, et aux outils numériques d’information, d’analyse et de modélisation de l’infrastructure. En traitant leurs questions de recherche, d’emblée sur des gradients de situation construits à l’échelle européenne (plutôt qu’une agrégation de sites isolés), les chercheurs pourront comparer les réponses de différents types d’écosystèmes forestier, en dégager les éléments génériques et identifier les éléments spécifiques à leur propre objet d’étude afin d’affiner les solutions les plus adaptées aux situations locales, comme par exemple l’évolution de certaines pratiques de gestion ou l’identification d’essences plus résistantes aux perturbations », poursuit-il.
IN-SYLVA Europe collige une multitude d’informations
Les services d’IN-SYLVA Europe fournissent différents niveaux d’information, comme des données brutes sur le microclimat, la croissance des arbres ou la qualité du bois. Ils peuvent aussi prendre la forme de cartographies (propriétés des sols, hauteur des arbres, biodiversité…), d’outils pour mieux suivre la dynamique des forêts (dendromètres, caméras pour la phénologie…) et des résultats plus agrégés comme l’évaluation de nouveaux modes de sylviculture, des variétés ou essences plus adaptées ou des variables d’entrée d’outils d’aide à la décision élaborés avec les parties prenantes.
Du terrain et du labo à la modélisation, jusqu’à la formation et au transfert
IN-SYLVA Europe est une infrastructure en construction depuis 2023, qui sera pleinement opérationnelle en 2034, mais qui offre d’ores et déjà un accès à plus de 200 services proposés par une cinquantaine d’organisations (dont 45 organismes de recherche) de 22 pays. Le « nœud français » (IN-SYLVA France) en fournit à lui seul 52, déjà utilisés dans plusieurs programmes France 2030, notamment les PEPR FairCarbon et ForesTT. Ces services s’organisent autour de 3 grands pôles interconnectés :
- l’expérimentation de terrain (in situ),
- les analyses en laboratoire à haut débit (in lab),
- les systèmes d’information et d’analyse des données ainsi que leur valorisation dans la modélisation et le développement d’outils de simulation destinés aux décideurs (in silico).
Ils font émerger un quatrième pôle en lien avec la formation et le transfert des connaissances scientifiques et technologiques vers les acteurs de la filière forêt-bois et la société (in edu).
Le partenariat qui rassemble déjà 21 pays européens et la Nouvelle-Zélande peut se prévaloir d’avoir obtenu à ce stade de nombreux soutiens politiques (autorités gouvernementales de 13 pays) et engagements financiers (27 institutions ainsi que les ministères en charge des infrastructures en France, Nouvelle-Zélande et la région de Castille-et-León en Espagne). Ce résultat est très supérieur aux minima requis par l’ESFRI pour poser une candidature. Plus de 90 organisations européennes ont également déjà exprimé leur intérêt pour une telle initiative centrée « forêt ».
Une portée internationale
« L’une des forces d’IN-SYLVA Europe est aussi d’avoir réussi à convaincre l’IUFRO (International Union of Forest Research Organizations) de rejoindre notre consortium de 37 signataires du Memorandum of Understanding », souligne Jean-François Trontin. « Nous allons ainsi pouvoir travailler ensemble sur des questions de portée globale », l’IUFRO étant la principale organisation mondiale de coopération scientifique internationale sur la forêt (plus de 630 organisations membres dans 115 pays). Ce partenariat permettra par exemple de mobiliser diverses task forces IUFRO mises en place pour stimuler la coopération inter-disciplinaire comme celle dédiée au développement de l’intelligence artificielle dans le domaine de la gestion forestière (TF54), et à laquelle des membres d’IN-SYLVA Europe contribuent déjà.
« Nous sommes très fiers de porter cette vision pour la recherche forestière à l’échelle européenne et internationale », commente Sébastien Duplessis, chef du département ECODIV d’INRAE. « Nous sommes sincèrement convaincus qu’IN-SYLVA Europe offrira à la communauté scientifique les équipements, les compétences et le savoir-faire dont elle a besoin pour produire de nouvelles connaissances. »
Mieux répondre aux situations d’urgence
L’intégration des connaissances et des compétences présentes dans l’infrastructure européenne permettra à la recherche de mieux répondre aux situations d’urgence qui lui sont adressées par les pouvoirs public ou les acteurs socio-économiques. En effet, nous constatons régulièrement que la demande adressée aux chercheurs relève souvent de situations de crises qui attendent des réponses immédiates. « La forêt meurt, qu’est-ce que vous proposez ? », rapporte Jean-François Trontin.
« Nous sommes presque désolés de répondre que si nous mettons des essais en place maintenant, nous n’aurons des réponses, et souvent partielles, que dans 5, 10, 15 ou 20 ans. » Les acteurs de la recherche sont conscients de cette demande pressante, et c’est pour cela qu’ils alertent de longue date sur l’importance de maintenir et développer un héritage scientifique accumulé par les générations précédentes. « Nos prédécesseurs ont planté différentes variétés, avec différents modes de sylviculture, dans différentes conditions écologiques depuis maintenant un siècle », rappelle-t-il. Ces essais anciens nourrissent la recherche d’aujourd’hui. Les rendre visibles, accessibles et exploitables revient aussi à préparer le travail de ceux qui, demain, s’appuieront sur les expérimentations lancées aujourd’hui. « Une infrastructure de recherche, c’est aussi une mémoire collective », conclut-il.
IN-SYLVA France, le modèle porté en Europe
« IN-SYLVA France est depuis près de 10 ans (2017) une composante essentielle de la stratégie d’INRAE et du département ECODIV en matière d’appui aux recherches conduites sur le fonctionnement des socio-écosystèmes forestiers sous gestion », souligne Sébastien Duplessis. Pilotée par Laurent Saint-André (INRAE), également coordinateur d’IN-SYLVA Europe, elle réunit INRAE et 6 partenaires, le Cirad, le CNPF, le FCBA, l’OFB, l’ONF et l’université de Rouen Normandie. Inscrite sur la feuille de route nationale des infrastructures depuis 2018, elle s’organise autour de 3 leviers de la gestion sylvicole que sont les ressources génétiques, les itinéraires sylvicoles et les cycles biogéochimiques, un modèle qu’IN-SYLVA Europe porte maintenant à l’échelle européenne et internationale (Amérique latine, Asie, Afrique).
L’équipe internationale de coordination d’IN-SYLVA Europe
Une équipe de 16 personnes affiliées dans 5 organisations de recherche de 3 pays est chargée de coordonner la phase de préparation de l’infrastructure qui s’ouvre (2027-2030). Leur expertise couvre de nombreux domaines scientifiques de la recherche, de l’information et de la planification forestière ainsi que les questions réglementaires, de gouvernance, légales et financières.
Coordinateur
Laurent Saint-André, INRAE (coordinateur IN-SYLVA France, orateur lors de l’audition ESFRI)
Chargé de développement
Jean-François Trontin, INRAE (responsable IN-SYLVA France)
Membres de l’équipe de coordination
INRAE : Céline Meredieu et Christian Pichot (responsables IN-SYLVA France), Luc Pâques, Hervé Jactel, Zhun Mao et Cécile Robin
Cirad : Loïc Brancheriau (responsable IN-SYLVA France)
Université de Rouen Normandie : Lucie Vincenot
Université de Copenhague (Danemark) : Annemarie Bastrup-Birk (oratrice lors de l’audition ESFRI), Thomas Nord-Larsen
Luke (Finlande) : Mikko Kurttila (orateur lors de l’audition ESFRI), Tuija Aronen, Virpi Alenius, Sanna Sorvari-Sundet
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