Affaire de corruption et favoritisme : jusqu’à 4 ans de prison ferme pour des ex-élus de Guadeloupe et Guyane
Des peines allant de 4 mois de prison avec sursis à 4 ans ferme avec mandat d’arrêt : le tribunal correctionnel de Fort-de-France a rendu son délibéré ce jeudi (30 avril) dans le procès d’anciens élus de Guadeloupe et de Guyane, poursuivis pour « corruption et favoritisme ».
Après deux jours d’audience, les juges ont globalement suivi les réquisitions du ministère public pour les peines de prison, mais se sont montrés plus sévères concernant les amendes, qui s’échelonnent de 4 000 à 150 000 euros.
Prison ferme et mandats d’arrêt pour le couple d’entrepreneurs
Absents à leur procès, Bernard Lahmy et Ruth Tordjman, les deux entrepreneurs qui avaient démarché les maires, ont été les plus lourdement condamnés.
Les cogérants des sociétés « Images et Stratégies » et « Procité » écopent respectivement de 4 et 3 ans de prison ferme, assortis de mandats d’arrêt. Le ministère public avait initialement requis 5 et 4 ans. Ils sont également condamnés à des amendes de 150 000 et 100 000 euros.
Au moment des faits, ils auraient vendu des produits pour un montant global de 2,1 millions d’euros.
Six maires de petites communes, trois de Guadeloupe et trois de Guyane, sollicités lors de congrès, étaient poursuivis pour avoir réalisé des achats de matériel (barrières, aires de jeux) en dehors de toute mise en concurrence et du cadre légal des marchés publics.
La justice leur reprochait également d’avoir perçu des contreparties de la part des entrepreneurs.
La commune de Baillif, dont la plainte en 2015 avait révélé l’affaire, a été reconnue partie civile. Elle obtient 185 000 euros pour son préjudice financier et 30 000 euros au titre du préjudice moral.
Les mots de l’ex-maire Marie-Lucile Breslau
Marie-Lucile Breslau, ancienne maire de Baillif, a été condamnée à 2 ans de prison avec sursis et 30 000 euros d’amende :
Je ne conteste pas la justice ; elle fait son travail et nous sommes là pour cela. En tant que maire, notre responsabilité pénale est engagée, c’est tout à fait normal. Le maire est le « pare-chocs » de la commune, il doit l’assumer et on l’accepte. Si j’ai été élue, c’était pour servir ma commune et non pour me servir, car je n’ai tiré aucun avantage personnel de cette affaire. Mon seul but était d’aider la collectivité en l’équipant d’outils nécessaires au bien-être de la population et de Baillif. Tout ce qui a été acheté profite aux administrés ; rien n’est chez moi, tout est dans la commune. Ce que je déplore, c’est de m’entendre dire que j’ai trop acheté. Des constats d’huissier ont été faits, alors pourquoi avoir caché, par exemple, les jeux des écoles de Saint-Robert en les démontant pour les entreposer dans un bâtiment ? Il y a là une part de méchanceté. Mais je suis croyante, je m’en remets à la bonté de Dieu. Quant à un éventuel appel, je ne sais pas encore.
Le récapitulatif des peines prononcées
- Bernard Lahmy, co-gérant des sociétés « Images et Stratégies » et « Procité » : 4 ans de prison, mandat d’arrêt, 150 000 euros d’amende
- Ruth Tordjman, co-gérante des sociétés « Images et Stratégies » et « Procité » : 3 ans de prison, mandat d’arrêt et 100 000 euros d’amende
- Marie-Lucile Breslau, ancien maire de Baillif : 2 ans de prison avec sursis, 30 000 euros d’amende
- George Clairy, ancien maire de Vieux-Habitants : 12 mois de prison avec sursis simple et 10 000 euros d’amende
- Louis Molinié, ancien maire de Terre-de-Haut : 10 mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende
- Auguste Fernand, ancien maire de Montsinéry-Tonnégrande :12 mois de prison avec sursis et 8000 euros d’amende , avec rejet de la confusion de peine
- Jean-Pierre Roumillac, ancien maire de Matoury : 12 mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende
- Claude Polony, ancien maire de Roura : 8 mois de prison avec sursis et 6 000 euros d’amende
- Serge Cazala, ancien conseiller municipal de Camopi : 4 mois de prison avec sursis et 4 000 euros d’amende
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