Le Ghana veut convaincre qu’il a tourné la page du Fonds monétaire international (FMI). Les chiffres lui donnent aujourd’hui des arguments solides.
Après trois années de réformes menées dans le cadre d’un programme de 3 milliards USD conclu en 2023, l’économie ghanéenne affiche des résultats que peu de pays africains peuvent revendiquer.
La dette publique est passée de 61,8 % du PIB fin 2024 à 44,7 % fin 2025, atteignant avec huit ans d’avance l’objectif fixé par la loi sur les finances publiques.
Dans le même temps, l’inflation a reculé de près de 24 % à 3,4 % en avril 2026. Le cedi s’est apprécié de 40,7 % face au dollar en 2025 et Fitch a relevé la note souveraine du pays, signe d’un regain de confiance des investisseurs.
De quoi nourrir un discours de victoire. Le Ministre des Finances, Cassiel Ato Forson, a récemment affirmé devant le Parlement que le Ghana n’aurait plus besoin de solliciter un nouveau programme de financement auprès du FMI.
Mais derrière cette déclaration à forte portée politique, la réalité économique apparaît plus nuancée.
Accra ne quitte pas véritablement l’univers du FMI. Le pays souhaite désormais basculer vers un Policy Coordination Instrument (PCI), un mécanisme de surveillance créé par le Fonds pour les États qui n’ont plus nécessairement besoin de financements, mais qui souhaitent conserver un cadre de discipline économique reconnu par les marchés.
Concrètement, le FMI ne prêtera plus d’argent au Ghana. En revanche, l’institution continuera d’évaluer régulièrement la trajectoire de la dette, les déficits publics, les réformes budgétaires et la gestion des entreprises publiques. Chaque revue constituera une forme de certificat de bonne conduite économique destiné aux investisseurs, aux agences de notation et aux bailleurs internationaux.
Cette approche n’est pas nouvelle. Le Cap-Vert a été le premier pays africain à adopter cet instrument en 2019, suivi par le Sénégal en 2020.
L’objectif est toujours le même : maintenir la confiance des marchés sans accroître l’endettement extérieur.
Pour les investisseurs, le message est simple plus que la simplicité elle-même : le patient quitte l’hôpital, mais accepte encore les visites régulières du médecin.
L’expérience sénégalaise rappelle toutefois que le PCI n’est pas une garantie absolue. Malgré plusieurs évaluations favorables, l’alternance politique de 2024 a révélé l’existence d’importants engagements financiers non déclarés, conduisant à la suspension du programme du FMI.
À l’approche de l’élection présidentielle de 2028, le véritable défi du Ghana ne sera donc plus de réussir un programme du Fonds, mais de démontrer qu’il peut préserver durablement la discipline budgétaire qui a permis son redressement.
Car au fond, la relation entre le Ghana et le FMI ressemble moins à un divorce qu’à une transformation du contrat. L’amour des financements touche peut-être à sa fin. Celui de la crédibilité économique, lui, demeure intact.
Zoom Eco
Crédit: Lien source