Ancien sélectionneur du Sénégal, Guy Stéphan connaît bien les Lions de la Teranga, premiers adversaires des Bleus à la Coupe du monde

Vingt-quatre années ont passé depuis le France-Sénégal (0-1) du 31 mai 2002, à Séoul, et Guy Stéphan, alors l’un des adjoints de Roger Lemerre, est toujours sur le banc des Bleus à l’aube du France-Sénégal de mardi, à New York. D’un bout à l’autre du planisphère, l’histoire se rappelle au bon souvenir de ses acteurs même si, dans ce cas, le souvenir est douloureux. « Sans doute le plus douloureux des neuf phases finales auxquelles j’ai participé », confiait Stéphan, en mai.

Neuf : huit avec la France au titre d’adjoint de Lemerre (2) puis de Didier Deschamps (6), une avec le Sénégal, comme sélectionneur. Un an à peine après l’élimination des Bleus au premier tour de la Coupe du monde coréenne, il était nommé à la tête des Lions de la Teranga, une équipe dont il connaît les ressorts, ce qui pourrait être utile, mardi (21 heures).

Avant de s’appuyer sur sa connaissance de l’adversaire, Stéphan a surtout tiré les enseignements de la défaite en 2002 : « Vous avez beau avoir été très fort les compétitions précédentes, ce qui était le cas en 98, que je n’ai pas vécu, et à l’Euro 2000, que j’ai vécu, cela ne donne rien de plus quand une nouvelle compétition commence. Ce jour-là, les Sénégalais, au niveau de l’impact et de l’intensité, avaient été supérieurs. On a abordé cette Coupe du monde euphoriques, confiants, et quand je dis confiants, c’est trop confiants. »

L’adjoint de Deschamps y décèle ainsi des points de comparaison avec cette année : « On est quand même dans un environnement, depuis la tournée en mars, qui nous place dans ces conditions-là, dans le sens où on est favoris ou l’un des favoris, reprend-il. Je le vois, même quand Didier s’est exprimé, c’était pour ramener tout le monde sur Terre. Quand le tournoi commence, on repart tous de zéro. »

C’est sans doute ce qu’il s’était évertué à répéter aux Sénégalais, lors de la CAN 2004, première compétition post-Coupe du monde 2002 dont ils avaient été quart-finalistes. Ils le seront de nouveau à la CAN et s’inclineront face à la Tunisie de… Lemerre. « C’est quand même exceptionnel, se remémore-t-il. Qui aurait dit, en 2002, que j’allais revoir Roger, lui avec la Tunisie, moi avec le Sénégal ? »

À l’époque, lors des conférences de presse de veille de match, Stéphan déclarait : « J’ai beaucoup de respect pour Roger. Il m’a beaucoup appris. » Ce à quoi Lemerre rétorquait : « J’ai autant appris de lui. On a confronté nos idées sur le foot. » Qu’a donc appris Stéphan de Lemerre ? « Il avait une relation très forte avec les joueurs, il était capable de les transcender. J’aimais son tempérament quelquefois fougueux. »

De son passage à la tête du Sénégal (janvier 2003-juin 2005), Stéphan, 69 ans, assure qu’il l’a « fait grandir parce que cela a élargi mon horizon, parce qu’il y a des coutumes dans des pays qu’il faut comprendre, parce que la formation y est différente et parce que j’en garde un super souvenir ». Depuis, les joueurs ont changé, forcément, mais il les sait tout aussi dangereux. « À mes yeux, c’est l’équipe d’Afrique la plus forte du moment », dit-il.

Il connaît surtout Pape Thiaw, leur sélectionneur, qu’il a alors entraîné. Le 4 décembre, alors qu’ils embarquaient à bord du même avion pour Washington pour assister au tirage au sort, Thiaw lui est tombé dans les bras. Les deux hommes ne savaient pas encore qu’ils s’affronteraient sept mois plus tard.

« Quand je vois sortir le Sénégal, je me dis que c’est un gros clin d’oeil, sourit Stéphan. Avec Pape, on n’a pas eu trop l’occasion de se reparler à Washington, mais on s’est donné rendez-vous. » Ce sera à New York, pour le premier match de sa dixième phase finale d’un grand tournoi. La dernière, après dix-sept ans aux côtés de Deschamps ? « Je suis tellement focus sur cette Coupe du monde que je ne pense pas à la suite. » Vraiment ? Il se marre : « Je ne sais pas et je n’ai pas envie de le savoir. »

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