Assurance en Afrique : Evelyne Fassinou plaide pour cibler les femmes – Africtelegraph

L’assurance en Afrique bute depuis deux décennies sur un plafond de verre statistique : un taux de pénétration inférieur à 3 % du PIB à l’échelle continentale, très concentré sur quelques marchés matures. Pour Evelyne Fassinou, présidente du conseil d’administration de SUNU Assurances Vie Bénin, la clé du déverrouillage tient dans une évidence longtemps ignorée par les compagnies. La moitié de la population du continent est féminine, et cette moitié reste largement absente des portefeuilles de risques comme des offres commerciales. Invitée des États généraux de l’Assurance pour tous organisés à Cotonou, la dirigeante a résumé sa conviction d’une formule tranchante, avertissant que les assureurs qui n’écouteront pas les femmes africaines ne vendront tout simplement pas.

Son parcours donne du poids au propos. Quarante années dans le secteur, dont une vingtaine au sein de groupes internationaux implantés en Côte d’Ivoire, puis douze ans à la tête d’une compagnie qu’elle a fondée avant d’orchestrer sa fusion avec un acteur de référence du marché béninois. L’histoire professionnelle d’Evelyne Fassinou épouse celle de la structuration de l’assurance en Afrique de l’Ouest francophone, et son diagnostic tire sa légitimité de cette trajectoire longue.

Le Pacte panafricain de l’assurance inclusive, cadre stratégique

Le 8 juillet 2026, la Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines (FANAF) a adopté le Pacte panafricain de l’assurance inclusive. Ce texte fixe un cap ambitieux : doubler la pénétration de l’assurance sur le continent d’ici 2040. Une cible qui, pour être atteinte, suppose d’aller chercher des segments jusqu’ici hors radar des réseaux commerciaux traditionnels, souvent calibrés pour la clientèle salariée masculine des grandes agglomérations.

Evelyne Fassinou en a fait son combat personnel. Elle défend l’idée que l’assurance des femmes ne relève ni de la philanthropie ni du marketing genré, mais d’un choix industriel rationnel. Les femmes africaines portent une part écrasante de l’économie informelle, du commerce transfrontalier et de l’agriculture familiale. Elles gèrent des flux, encaissent des chocs, transmettent du patrimoine. Autant de situations qui appellent des produits de prévoyance, de santé, de retraite ou de couverture d’activité, à condition que ces produits soient conçus pour leurs cycles de revenus et leurs priorités.

Une industrie qui doit revoir sa distribution

Le sujet dépasse la seule question de l’offre. Il touche à l’architecture de distribution, historiquement adossée aux réseaux bancaires et aux intermédiaires salariés. Or l’inclusion financière des femmes africaines passe davantage par la microfinance, les coopératives, les plateformes mobiles et les tontines numériques. Les compagnies qui souhaiteront capter cette clientèle devront nouer des alliances avec ces canaux, adapter la tarification à des primes fractionnées, et surtout former des réseaux d’apporteurs capables de parler la langue de ces segments.

La dirigeante insiste sur la dimension culturelle du chantier. Vendre une police d’assurance vie ou une couverture santé complémentaire à une commerçante de Dantokpa, à une agricultrice du Zou ou à une entrepreneure d’Abomey-Calavi ne relève pas des mêmes ressorts que la souscription en agence urbaine. La confiance, la pédagogie sur le risque, la transparence sur les délais de règlement des sinistres deviennent des variables commerciales décisives. Les compagnies qui n’investiront pas dans ces intangibles resteront cantonnées à leur base clientèle historique, mécaniquement érodée par la concurrence.

Un enjeu de souveraineté financière

Derrière la démarche pointe une bataille plus large sur la mobilisation de l’épargne longue africaine. Chaque prime d’assurance vie alimente des réserves techniques qui, correctement placées, financent l’économie continentale. Doubler la pénétration à l’horizon 2040 signifie donc gonfler la capacité des assureurs à investir dans la dette souveraine, l’immobilier professionnel, les infrastructures et le capital-investissement local. Cette accumulation patrimoniale est un enjeu de souveraineté financière pour des marchés encore dépendants des capitaux extérieurs.

Le Pacte panafricain de l’assurance inclusive engage les fédérations nationales à traduire ses principes en plans d’action opérationnels. Reste à convertir l’ambition affichée à Cotonou en produits, en process et en indicateurs mesurables au sein des compagnies. La démonstration attendue par Evelyne Fassinou et ses pairs sera d’ordre commercial autant que politique. Selon Financial Afrik.

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