Au Cameroun, la malédiction des ronds-points est une réalité, explique Shanda Tonme

Le Médiateur Universel, Président de la Commission indépendante contre la corruption et la discrimination (COMICODI), Président du Mouvement Populaire pour le Dialogue et la Réconciliation (MPDR), fait un plaidoyer pour une citoyenneté responsable.

 

 

Constat citoyen du 29 mai 2026

 LA MALEDICTION DES RONDS POINTS

 

Délinquance administrative, tricherie sur les marchés, incompétence des techniciens, ingénierie bancal, méchanceté ou mauvaise programmation ? Quand c’est trop c’est laid, mais quand c’est trop trop trop, toutes les interrogations sont possibles et toutes les conclusions, soupçons et accusations sont permis. Est-ce cela le destin des Ronds-points au Cameroun ?

 Les villes de Douala et de Yaoundé, les deux plus grandes et plus importantes métropoles du pays, l’une capitale politique et l’autre capitale économique, suscitent de nombreuses interrogations voire de nombreuses curiosités dans la physionomie des ouvrages érigés pour régler la circulation. Il s’agit du phénomène des ronds-points devenus des casse-cous, des goulots d’étranglement incompréhensibles pour les usagers de la route. Tenez, on a passé des dizaines d’années à rêver d’un nouveau pont sur le Wouri qui serait d’une richesse économique et logistique cruciale. Le pont est arrivé, créant sans doute plus de problèmes qu’avant, à cause simplement des accès des deux rives.

Des ronds-points inimaginables pour n’importe quel technicien naïf, font tellement de mal qu’on est vexé. C’est la même chose à la sortie de la ville, où les quartiers Yassa et village vivent le martyr des embouteillages, à cause de ces ouvrages dont la logique échappe à celle des planifications des diables des enfers. On n’évoque même pas Bessingue, autre incongruité et insulte aux sciences et aux techniques, comme si on avait volontairement voulu punir les usagers.

Il faut entendre les gens se plaindre à chaque fois qu’ils se retrouvent coincés des heures à cause de ces barbaries irréfléchies. Une maman s’est exclamé un jour : « mais les gens qui font construisent ça ne regardent pas les films pour voir comment on fait les routes et facilitent la circulation » ?

Allons à Yaoundé, même incongruité, la sortie ou l’entrée qui mène à Douala, quartier Vann. Les travaux sont frais, à peine terminé, et voici la pure bêtise, deux ronds-points qui disent tout sur ce que nous sommes, comment nous aimons notre pays, comment nous travaillons et réfléchissons, combien nous sommes inconscients. Mais qui a décidé de tout ça ? Qui fait ça ? Qui planifie ces moqueries ? Le pays montre-t-il là le niveau de nos ingénieurs ? Et ces chinois qui gagnent les marchés ?

Et ces français pour le pont du Wouri, et ces contrôleurs et inspecteurs officiels des travaux, tous des gens pas sérieux ? Tous des traîtres qui se fichent de l’image du Cameroun, qui se moquent éperdument de ce que diront les gens ? Plus grave, plus honteux et plus parlant, quand on sait que tous passent par-là, vivent et subissent le martyr de ces scandales qui pourrissent la circulation. Sortir de Yaoundé vers Douala à 18hs est un véritable cirque de fous, tout comme y entrer à la même heure. Le cœur de tous ceux qui vont à l’aéroport bat toujours en approchant les deux ronds-points méchants de Vann. Allez demander aux gens de Douala qui habitent ou travaillent sur l’autre rive, en allant vers l’ouest, et vous comprendrez ce qu’ils pensent.

Ne dites plus que nous ne devons pas copier ou imiter les autres, regarder les autres, faire comme les autres. C’est un discours de fuite en avant face à notre responsabilité collective, face à notre traîne dans la course effrénée vers l’émergence, les grandes ambitions et les grandes réalisations des nations. Ou c’est la capitale ou c’est le village, il faut choisir. Ou c’est la modernité avec des échangeurs ou c’est l’obscurantisme, il faut choisir. Notre niveau n’est pas bon, vraiment pas bon, et c’est être patriote que de le dire, de le révéler, calmement, sagement, avec responsabilité et interpellation collective. Nous sommes pourtant un des tous premiers pays à avoir créé une école supérieure polytechnique et une école supérieure des travaux publics. Honnêtement, ça ne se sent pas, ça ne se voit pas, ça ne se comprend pas.

La vérité c’est que quand on veut bien faire, quand on a la volonté, on sait le faire, on fait bien. Allez voir le bel échangeur d’Obala, un véritable joyau, presqu’un miracle face aux conneries décrites plus haut. Et  pourtant, c’est bien notre boulot.

La malédiction des ronds-points est une réalité./.

 

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