Au cœur de l’été, un rapport interroge les causes de la forte mortalité infantile en France – franceinfo
Ce document a été rendu public six mois après avoir été terminé, après un article de presse révélant son existence.
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Comment enrayer la forte mortalité infantile en France ? Cette question est au cœur d’un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), instance commune aux ministères sociaux, qui a été bouclé en janvier dans la plus grande discrétion. Le document n’a été publié que mardi soir, avec six mois de retard, après un article du Canard Enchaîné révélant son existence.
La France était auparavant bien placée parmi les pays développés. Mais elle a reculé depuis le début des années 2010 vers le bas du classement, avec plus de quatre bébés sur 1 000 (4,1‰) décédés avant leur premier anniversaire en 2024. Si la France connaissait un taux de mortalité infantile dans la moyenne de l’UE (3,3‰), 529 décès auraient été évités en 2024, et même 1 057 avec le taux de l’Italie ou du Portugal (2,5‰).
Les trois auteurs, parmi lesquels l’ancien conseiller de François Hollande, Aquilino Morelle, rappellent qu’il existe plusieurs facteurs, comme l’âge de plus en plus tardif des grossesses, qui augmente le risque de complication, ou la hausse des grossesses multiples, souvent plus complexes… S’y ajoute un rôle prépondérant des inégalités sociales et territoriales qui amplifient, de manière de plus en plus documentée, le risque de décès du nouveau-né ou de sa mère. Le rapport rappelle que les régions d’outre-mer, généralement plus défavorisées, enregistrent les chiffres les plus préoccupants. La situation s’est aussi dégradée en Île-de-France.
En revanche, les auteurs écartent l’hypothèse que les fermetures des petites maternités, en cours depuis plusieurs années, expliqueraient la hausse de la mortalité néonatale. Ils constatent que des pays observent de meilleures performances, qu’ils aient concentré les naissances dans des grandes maternités ou qu’ils aient conservé de petits établissements, comme en Italie. « Proposer (…) comme solution à un grave problème de santé publique, multiforme et multifactoriel, la seule hausse du seuil minimal d’activité des maternités », aujourd’hui à 300 accouchements par an, « constituerait une réponse mécanique, datée ».
Le sujet est sensible. Nombre d’élus locaux refusent la fermeture de maternités, présentée comme une cause de la dégradation des soins. Mais des sociétés de médecins estiment plutôt que ces établissements, par manque d’activité, représentent un danger pour les mères et les enfants. Pour le rapport, « l’essentiel de la réduction des risques de mortalité infantile se joue » d’abord lors de la grossesse. Les auteurs insistent sur « la capacité à prévenir, détecter puis prendre en charge les situations à risque ». Mais aussi sur la capacité, après l’accouchement, « à prendre en charge les jeunes enfants dont l’état le requiert dans les services de néonatalogie ».
La discrétion qui a entouré la publication du rapport agace certains professionnels. « Le mois d’août, ce n’est pas propice aux lectures approfondies et exigeantes », a regretté Isabelle Derrendinger, présidente du conseil national de l’Ordre des Sages-Femmes, y voyant un choix « significatif de la façon dont on traite la périnatalité et la santé des femmes en France ». Olivier Morel, secrétaire du Collège national des gynécologues et obstétriciens, juge « incompréhensible qu’il ait fallu des mois pour obtenir un rapport qui ne reprend même pas la question centrale du déficit du ressources humaines ».
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