Au contraire de l’Allemagne, ce pays nordique qui était sorti du nucléaire depuis 46 ans vient de décider de revenir sur sa décision et a opté pour des SMR britanniques
La Suède qui avait voté la sortie du nucléaire en 1980 se lance dans un programme ambitieux, avec un choix technologique qui fait réfléchir toute l’Europe.
La Suède a franchi fin juin 2026 une étape décisive dans son grand retour au nucléaire. Le 15 juin, la société Videberg Kraft (détenue par Vattenfall, Industrikraft et bientôt majoritairement par l’État suédois) a officiellement sélectionné le britannique Rolls-Royce SMR pour fournir trois petits réacteurs modulaires de 470 mégawatts chacun sur le site de Ringhals, sur la côte ouest du pays.
Une décision préparée depuis quatre ans, aboutissement d’une évaluation de 75 technologies candidates, et qui marque le premier grand projet nucléaire suédois depuis les années 1980, tout un symbole !
Lire aussi :
La Suède valide officiellement 3 SMR Rolls-Royce à Ringhals, premier nouveau projet nucléaire du pays depuis 40 ans
Un choix qui met Rolls-Royce SMR en pole position en Europe
Depuis 2022, la coalition centre-droit du Premier ministre Ulf Kristersson a renversé la politique énergétique suédoise en faveur du nucléaire. En août 2025, un cadre législatif de soutien à la construction de nouveaux réacteurs est entré en vigueur, prévoyant jusqu’à 220 milliards de couronnes suédoises (environ 19,7 milliards d’euros) sur 12 ans, avec des garanties de prix bilatérales (en anglais Contracts for Difference, les deux parties se mettent d’accord à l’avance sur un prix de référence) et une prise de participation directe de l’État dans les projets. Le tout pour couvrir environ 5 000 mégawatts de capacité nouvelle, l’équivalent de quatre grands réacteurs conventionnels.
La France brille encore une fois dans le nucléaire avec un nouveau centre unique en Europe à Romans-sur-Isère qui sera dédié à l’impression 3D de pièces à usage civil et militaire
Videberg Kraft a déposé la première demande d’aide d’État en décembre 2025. En avril 2026, le gouvernement a proposé au Parlement (Riksdag) de devenir actionnaire majoritaire à 60 % de la société, aux côtés de Vattenfall (20 %) et d’Industrikraft (20 %, un consortium des plus grandes entreprises industrielles suédoises), ce qui a été validé par le Riksdag le 9 juin 2026.
Le 15 juin, c’est finalement l’option Rolls-Royce SMR qui est retenue.
Le duel final s’était joué entre le Rolls-Royce SMR (un réacteur PWR de 470 MW, technologie éprouvée dérivée des sous-marins nucléaires) et le BWRX-300 américain de GE Vernova Hitachi (un réacteur à eau bouillante de 300 MW).
Anna Borg, CEO de Vattenfall et membre du conseil de Videberg Kraft, a résumé ainsi le choix : « Rolls-Royce SMR offre les meilleures conditions pour un projet réussi. Le réacteur, un PWR, est la même technologie que celle utilisée aujourd’hui à Ringhals, et Rolls-Royce SMR propose un montage contractuel commercialement attractif. »
À la sortie, les trois réacteurs de Ringhals produiront environ 12 térawattheures par an, soit 6 % de la consommation électrique suédoise. Première mise en service prévue au milieu des années 2030, la construction devant démarrer dès que la Commission européenne aura validé le cadre d’aide d’État (décision attendue au 2e semestre 2027). Le tout pour un montant chiffré en « milliards de livres sterling » sans précision publique, mais qui pourrait dépasser les 5 milliards d’euros selon les estimations sectorielles.
Une technologie sortie tout droit des sous-marins britanniques
Un mot rapide sur ce qu’est un Rolls-Royce SMR.

Le motoriste britannique, mondialement connu pour ses turbines d’avion, fabrique aussi depuis des décennies les réacteurs des sous-marins nucléaires de la Royal Navy (à la manière d’un TechnicAtome en France). C’est sur cette expertise historique que Rolls-Royce SMR a bâti son concept civil : un réacteur à eau pressurisée de 470 MW, dont la plupart des composants sont fabriqués en usine puis assemblés sur site (d’où le côté « modulaire »).
Sa durée de vie est estimé à 60 ans. Après le Royaume-Uni (site de Wylfa au Pays de Galles) et la République tchèque, la Suède deviendra le troisième pays européen à choisir cette technologie. Une lancée qui commence à ressembler à un standard européen émergent face aux options américaines (Westinghouse, GE Vernova, NuScale) et sud-coréennes (APR1400).
Un modèle financier qui contraste avec Hinkley Point ou Flamanville
Alors que le Royaume-Uni a connu à Hinkley Point C des dépassements massifs (coût final estimé à plus de 46 milliards de livres, soit plus du double du budget initial) et que la France galère avec Flamanville 3 (mise en service 12 ans après la date prévue), la Suède a choisi une approche différente. L’État devient actionnaire majoritaire à 60 % de la société de projet, prend en charge une partie substantielle du risque, et propose des garanties de prix sur 40 ans aux investisseurs privés.
Un modèle inspiré à la fois des Contracts for Difference britanniques et de la prise de participation publique française sur Sizewell C, mais poussé plus loin encore.
Un signal fort pour la filière nucléaire européenne
La décision suédoise s’inscrit par ailleurs dans un mouvement de fond qui redessine tout le paysage énergétique européen. Depuis 2022, on ne compte plus les pays qui reviennent au nucléaire ou lancent leurs premiers réacteurs.
Voici le panorama des principaux projets SMR en cours en Europe en 2026 :
| Pays | Site principal | Technologie choisie | Capacité prévue | Calendrier |
|---|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | Wylfa (pays de Galles) | Rolls-Royce SMR | 3+ unités de 470 MW | Décision finale d’investissement en 2029 |
| Royaume-Uni | Cottam (Nottinghamshire) | Holtec SMR-300 (USA + EDF UK) | 4 unités de 300 MW | Années 2030 |
| République tchèque | Multiple sites (via ČEZ) | Rolls-Royce SMR | Plusieurs unités de 470 MW | Années 2030 |
| Suède | Värö Peninsula (Ringhals) | Rolls-Royce SMR | 3 unités de 470 MW (1 500 MW) | Première mise en service mi-2030 |
| Pologne | Multiple sites | BWRX-300 (GE Vernova Hitachi) | Plusieurs unités de 300 MW | Années 2030 |
| Estonie | Site à déterminer | BWRX-300 (GE Vernova Hitachi) | 2 unités de 300 MW | Fin des années 2030 |
| France | Programme Nuward (EDF) | Nuward (170 MW × 2) | En cours de restructuration depuis 2024 | Non défini |
Rolls-Royce SMR sort clairement gagnant de cette première salve, avec trois grandes commandes européennes déjà en poche (Royaume-Uni, République tchèque, Suède), pour un carnet de commandes qui pourrait dépasser 10 unités et représenter des dizaines de milliards d’euros de contrats sur la décennie. Le BWRX-300 américain de GE Vernova, présent en Pologne, en Estonie et au Canada (site de Darlington en construction), fait figure de challenger sérieux.
Les Français, eux, attendent toujours de voir Nuward sortir de sa phase de restructuration lancée en 2024 (ainsi qu’une foule de plus petits acteurs dont nous vous parlons régulièrement comme Otrera ou Stellaria).
L’informatique quantique va enfin apporter une preuve de son utilité avec cette brique qui pourrait s’avérer déterminante pour la recherche sur la fusion nucléaire
Le pays qui avait voté la sortie du nucléaire y revient à grande vitesse
La Suède avait voté en 1980 par référendum une sortie progressive du nucléaire, et avait effectivement fermé six de ses douze réacteurs au fil des années.
Depuis 2010, la politique s’est progressivement inversée, et la coalition Kristersson (arrivée au pouvoir en 2022) a franchement mis le paquet avec un objectif clair : atteindre l’équivalent de 10 grands réacteurs supplémentaires d’ici 2045, doubler la production nucléaire actuelle, et sécuriser une base fossilifère pour l’industrie lourde suédoise en pleine électrification.
Ebba Busch, la ministre de l’Énergie et du Climat (leader des Démocrates-chrétiens), a salué la décision de sélection de Rolls-Royce SMR comme « une étape majeure vers la construction de nouveau nucléaire, qui permettra de baisser les prix de l’électricité pour les consommateurs ». Une déclaration qui contraste franchement avec le discours anti-nucléaire encore dominant chez la voisine allemande, qui a fermé ses derniers réacteurs en 2023.
Il faut noter que le projet Videberg Kraft à Ringhals n’est que le premier d’une série. Trois autres candidats ont déjà déposé une demande d’aide d’État au gouvernement suédois : Blykalla (pour un site à Norrsundet, près de Gävle, avec un réacteur au plomb refroidi), Studsvik (pour des sites à Nyköping et Valdemarsvik), et Nordic Baseload Power (pour Barsebäck, près de Malmö, sur le site d’une ancienne centrale nucléaire fermée en 2005). Si toutes ces demandes obtiennent l’aval de la Commission européenne, la Suède pourrait effectivement atteindre son objectif de 5 000 MW de nouvelle capacité soutenue par l’État d’ici la fin de la décennie.
De quoi rassurer les grands industriels suédois (LKAB, SSAB, Northvolt, Boliden), qui misent tous sur une électricité abondante, propre et compétitive pour leur transition vers l’acier vert et les batteries décarbonées.
Sources :
- Vattenfall, Videberg Kraft selects Rolls-Royce SMR as supplier for new nuclear power in Sweden (15 juin 2026)
https://group.vattenfall.com/press-and-media/pressreleases/2026/videberg-kraft-selects-rolls-royce-smr-as-supplier-for-new-nuclear-power-in-sweden/
Communiqué officiel de Vattenfall sur la sélection de Rolls-Royce SMR après quatre ans d’évaluation de 75 technologies candidates. - Government.se, Sweden takes next major step towards new nuclear power (26 juin 2026)
https://www.government.se/press-releases/2026/06/sweden-takes-next-major-step-towards-new-nuclear-power
Annonce officielle de l’accord d’actionnariat État-Vattenfall-Industrikraft (60/20/20) et notification à la Commission européenne pour l’aide d’État. - NucNet, Swedish Government Proposes Legislation To Ease Rules For Building New Nuclear Plants (mars 2026)
https://www.nucnet.org/news/swedish-government-proposes-legislation-to-ease-rules-for-building-new-nuclear-plants-3-5-2026
Cadre législatif suédois du soutien au nouveau nucléaire (220 milliards SEK sur 12 ans, garanties de prix 1-3 milliards SEK/an sur 40 ans).
Crédit images : Rolls Royce SMR
Crédit: Lien source