Au Ghana, des centaines de femmes toujours accusées de sorcellerie

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Les années passent et rien ne change. Pour Amnesty international, ça ne fait pas un pli : “Les autorités ghanéennes ont manqué à leur devoir de protéger les centaines de victimes d’accusations de sorcellerie en retardant l’adoption du projet de loi contre ces accusations.” Il y a six ans, l’une d’elle est morte sous les coups de deux concitoyennes sous le regard d’autres villageois. La victime avait 90 ans et s’appelait Akua Denteh. Ce déferlement de violence avait secoué le Ghana, où les accusations de sorcellerie perdurent notamment dans les régions du Nord et du Nord-Est du pays. En n’agissant pas, ce pays d’Afrique majoritairement chrétien fait vivre un enfer aux femmes accusées de sorcellerie, qui subissent de graves violations des droits humains. “Exil forcé, persécutions, lynchages, homicides”, dénonce de longue date Amnesty international.

Le 23 juillet, l’organisation non gouvernementale internationale a publié un communiqué dans lequel elle dénonce l’inaction des autorités ghanéennes. Le texte reprend également des propos tenus par Lamnatu Adam, directrice exécutive de l’organisation non gouvernementale Songtaba, partenaire d’Amnesty International. “Le cas d’Akua n’est qu’un exemple déchirant parmi d’autres des conséquences désastreuses des accusations de sorcellerie. Ce tragique anniversaire nous rappelle de manière brutale qu’il est urgent d’empêcher de nouvelles atrocités et de veiller à ce que des vies innocentes soient protégées”, a-t-elle déclaré, à l’occasion du sixième anniversaire du lynchage de Akua Denteh. 

Des femmes âgées et pauvres

Dans un rapport publié en 2025, Amnesty International rappelait que la sorcellerie est un système de croyances existant dans différentes communautés dans le monde. Au Ghana, les personnes accusées finissent dans des camps. “Les accusations de sorcellerie trouvent généralement leur origine au sein des familles ou parmi les membres d’une communauté, à la suite d’un événement tragique comme une maladie ou un décès. Les femmes âgées vivant dans la pauvreté, souffrant de problèmes de santé ou vivant avec des handicaps risquent davantage d’être accusées, tout comme les femmes qui ne se conforment pas aux stéréotypes de genre”, précise l’ONG. Si les camps supervisés par des chefs traditionnels, offrent un abri, les conditions de vie y sont précaires, comme le montre le rapport d’Amnesty International. L’accès à de l’eau propre, à de la nourriture et à un logement sûr y est limité, décrit le rapport. Par ailleurs, les personnes accusées de sorcellerie travaillent le plus souvent aux champs, dans des fermes ne leur appartenant pas, ou dépendent de dons.

Un projet de loi adopté mais pas promulgué

“Si la croyance en la sorcellerie est protégée par le droit international, les pratiques néfastes qui en découlent ne le sont pas, et les personnes affectées ont besoin de protection et de réparations”, rappelle le communiqué. “Les accusations de sorcellerie et les abus qui y sont liés portent atteinte au droit à la vie, à la sécurité et à la non-discrimination, et doivent être criminalisés”, complète Lamnatu Adam.

Le projet de loi contre les accusations de sorcellerie a été adopté par le Parlement en juillet 2023, marquant une avancée significative. Il visait à ériger en infraction pénale le fait d’accuser des personnes de sorcellerie, à mettre en place des mesures de protection et des dispositifs d’accompagnement pour les personnes accusées, ainsi qu’à offrir aux victimes une voie juridique claire pour obtenir justice et réparations. Mais le texte n’a pas été promulgué par l’ancien président Nana Akufo-Addo. Ce dernier a invoqué des réserves d’ordre constitutionnel car il avait été présenté sous la forme d’une proposition de loi d’initiative parlementaire et non d’un projet de loi du gouvernement. Depuis lors, aucun projet de loi n’a été à nouveau présenté au Parlement. Pourtant, le Ghana a ratifié la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) en 1986 et la Convention relative aux droits de l’enfant en 1990. Les deux comités ont qualifié les accusations de sorcellerie de pratiques néfastes.

Lutter de manière globale

Mais comme le rappelle Amnesty International, la criminalisation des accusations de sorcellerie ne suffira pas à résoudre le problème. Bien que certaines initiatives de sensibilisation aient été menées par des ONG et des collectivités locales, elles ne permettent pas de lutter de manière globale contre les stéréotypes liés aux accusations de sorcellerie. Un long chemin reste à parcourir.

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