« Le Soudan reste le théâtre de la plus grande crise de déplacements de population et de la pire crise humanitaire au monde. Et il se déroule dans le contexte de la plus grave pénurie de financement international depuis des décennies. »
Lors du dévoilement en février dernier du plan d’action pour le Soudan du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), Mamadou Dian Balde semblait manquer de superlatifs pour qualifier la catastrophe humaine en cours. Deux mois après, en entrevue avec Le Devoir, le directeur du HCR pour l’Afrique de l’Est et du Sud accusait même le coup face à l’immobilisme de la communauté internationale.
« Le Regional Refugee Response Plan, c’est un plan régional qui couvre sept pays, les plus immédiats, comme le Tchad, le Soudan du Sud, l’Éthiopie, etc. Au moment où nous nous parlons, il n’est financé qu’à 10 % et nous sommes déjà en train de finir le quatrième mois de l’année… Avoir aussi peu d’intérêt pour cette situation est juste inacceptable », confiait-il, affirmant toutefois que le mot « découragement » ne faisait pas partie de son vocabulaire.
En 2025, seulement 25 % des fonds nécessaires à la réponse du HCR pour le Soudan ont été reçus, 30 % l’avaient été en 2024. Dans la foulée du démantèlement de l’USAID, l’aide d’urgence fournie par les agences de l’ONU et les organisations humanitaires l’an passé a été fortement réduite au Soudan et dans les pays voisins. De nombreux programmes ont été arrêtés ou suspendus. Certaines organisations ont même complètement cessé leurs activités.
L’espoir venu de Berlin
Le pays étant entré dans une quatrième année de guerre civile, la communauté internationale, réunie le 15 avril dernier à Berlin, a finalement promis de lever environ 1,5 milliard d’euros (soit 2,4 milliards de dollars canadiens) d’aide humanitaire pour le Soudan. Le Canada, par la voix de la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a annoncé une aide humanitaire et au développement de 120 millions de dollars.
Il faut dire qu’il y a urgence. Selon les Nations unies, les partenaires humanitaires auront besoin au minimum de 2,2 milliards de dollars américains en 2026 pour fournir une aide vitale à près de 6 millions de personnes, réfugiés et communautés hôtes des pays voisins.
Depuis avril 2023, le Soudan — et plus encore la région du Darfour — se déchire entre les Forces de soutien rapide (FSR), une milice paramilitaire menée par le général Mohamed Hamdane Dogolo, et les Forces armées soudanaises (FAS), fidèles au chef de l’État, Abdel Fattah al-Burhane.
Le conflit est responsable du déplacement de 14 millions de personnes, dont près du tiers (4,5 millions) dans les pays voisins déjà à court de ressources. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), plus de 19 millions de personnes font face à la famine et plus de 30 millions de personnes — soit plus de la moitié de la population — ont un besoin urgent d’aide humanitaire.
Les conséquences de la guerre en Iran
L’austérité budgétaire affectant les agences onusiennes a déjà eu des effets directs sur le terrain. Au mois de janvier, l’aide alimentaire du PAM au Soudan était par exemple de 14 % inférieure à l’année dernière. L’agence a d’ailleurs tiré récemment la sonnette d’alarme, faisant état d’un besoin urgent de plus de 600 millions de dollars pour maintenir ses opérations vitales au Soudan au cours des six prochains mois.
En 2024, 60 % des ressources du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés en Afrique australe et orientale provenaient des États-Unis. Malgré les coupes américaines massives de 2025, ces derniers sont restés le plus grand donateur du HCR, car beaucoup de pays ont également diminué leur contribution.
« Qu’est-ce que ça signifie réellement ? Ça signifie que, du côté du Tchad, vous avez des centaines de milliers de réfugiés qui sont au niveau des frontières et qu’on ne peut pas relocaliser dans des endroits plus sûrs. Ce sont des gens qui n’ont pas d’abris, pas de nourriture. Le peu de nourriture du PAM est déjà en train de finir », déplore Mamadou Dian Balde, du HCR.
De plus, les organisations humanitaires présentes au Soudan s’inquiètent désormais des conséquences du conflit au Moyen-Orient et de la fermeture prolongée du détroit d’Ormuz.
« Quand les prix du carburant augmentent du fait d’actes qui se passent entre l’Iran, Israël et les États-Unis, ça nous impacte, car nous vivons dans un monde interconnecté », prévient M. Balde.
Au Soudan, le prix du carburant a ainsi augmenté de plus de 24 % depuis le début de la guerre, ce qui a entraîné une hausse des prix alimentaires et privé des millions de personnes de produits de première nécessité.
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