Bac 2026 en Guinée : former des bacheliers ou traquer la fraude ?

Ce lundi, plus de 94 mille jeunes Guinéens franchissent les portes des centres d’examen pour tenter d’obtenir le baccalauréat unique.

Comme chaque année, l’anxiété est palpable. Elle habite les candidats, leurs parents, leurs enseignants. Mais cette angoisse n’est pas seulement celle que provoque un examen décisif. Elle est aussi le reflet d’un système où décrocher le baccalauréat semble parfois relever davantage de la chance que de la seule valeur du candidat.

En France, le baccalauréat est exigeant. Pourtant, plus de neuf candidats sur dix l’obtiennent. Personne n’y voit un scandale. Au contraire, ce résultat est considéré comme la preuve qu’au terme de plusieurs années d’enseignement, l’immense majorité des élèves a acquis les connaissances nécessaires pour accéder à l’enseignement supérieur ou au monde professionnel.

En Guinée, la logique semble parfois inversée.

Depuis plusieurs années, à l’approche des examens, l’essentiel de la communication officielle est consacré à la fraude : déploiement des forces de sécurité, interdiction des téléphones, surveillance renforcée, délégués nationaux, sanctions exemplaires, poursuites judiciaires…

Le communiqué publié par le ministère de l’Éducation nationale à la veille du baccalauréat en est une parfaite illustration. Sur deux pages, il détaille les sanctions encourues par les candidats, les enseignants, les inspecteurs et les responsables d’établissements impliqués dans la fraude, allant jusqu’à l’annulation des épreuves, l’exclusion des sessions futures, la radiation de la fonction publique ou encore des poursuites devant les tribunaux. Le ministère y affirme également que ‘‘le prestige d’un établissement ne se mesure pas au nombre de résultats obtenus par la fraude, mais à la qualité réelle des apprentissages’’.

Sur ce dernier point, difficile de lui donner tort.

Mais une question demeure : pourquoi cette qualité des apprentissages apparaît-elle presque comme une phrase de conclusion, alors que l’essentiel du discours est consacré à la répression ? Pourquoi met-on autant de moyens, d’énergie et de communication dans la surveillance des examens, sans donner le même écho aux efforts entrepris pour mieux former les élèves ?

Personne ne défend la fraude. Elle détruit la crédibilité des diplômes et pénalise les candidats honnêtes. La combattre est une nécessité.

Mais la mission première d’un ministère de l’Éducation n’est pas d’organiser la chasse aux fraudeurs. Elle est de faire en sorte que le plus grand nombre d’élèves atteigne le niveau requis pour réussir.

Or, en Guinée, il est arrivé que des responsables se réjouissent publiquement de la faiblesse du taux de réussite, comme si un grand nombre de recalés constituait une preuve de sérieux. Cette vision mérite d’être interrogée.

Un examen n’est pas conçu pour produire des échecs. Il est destiné à certifier des compétences acquises au terme d’un parcours scolaire.

Lorsque seuls trois candidats sur dix obtiennent le baccalauréat, comme ce fut le cas ces dernières années en Guinée, la responsabilité ne peut être imputée aux seuls élèves. Elle interroge aussi la qualité des enseignements, la formation des enseignants, les programmes, les infrastructures scolaires, les effectifs par classe et l’accompagnement pédagogique.

La lutte contre la fraude est indispensable. Mais elle ne remplacera jamais une politique ambitieuse d’investissement dans l’école.

Le jour où les autorités communiqueront avec la même intensité sur la formation des enseignants, les bibliothèques, les laboratoires, les équipements numériques, l’encadrement pédagogique et la réussite des élèves que sur les sanctions disciplinaires, la Guinée aura franchi une étape décisive.

Car le véritable succès d’un système éducatif ne se mesure pas au nombre de candidats éliminés.

Il se mesure au nombre de jeunes que l’école a suffisamment instruits pour qu’ils réussissent honnêtement. Qu’on se le tienne pour dit.

À tous les candidats qui composent cette semaine, nous souhaitons courage et sérénité.

Et nous formulons un vœu : que le baccalauréat guinéen cesse d’être vécu comme une loterie nationale pour devenir enfin la consécration naturelle d’une école qui prépare réellement ses élèves à réussir.

En quatre mots, une nation ne se grandit pas par le nombre de ses bacheliers recalés, mais par le nombre de ses jeunes qu’elle aura suffisamment instruits pour mériter leur réussite.

Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com

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