Bénin : 2 mandats présidentiels… et puis revient, le « strapontin » en or massif de Patrice Talon




L’ex-président du Bénin, l’homme d’affaires Patrice Talon, aurait pu faire comme ses pairs du « Syndicat des chefs d’Etat africains » : Tripatouiller la Constitution pour repousser sans cesse la limite des mandats, s’accrocher au pouvoir coûte que coûte, même à 93 ans, même vaincu pas la maladie ; il aurait pu tenter de museler ses opposants et assassiner la démocratie, comme au Mali ou pire, au Burkina Faso (le capitaine Ibrahim Traoré a carrément dit que la démocratie n’est pas faite pour les Burkinabés), etc. Non, Talon, après avoir hissé son pays à un niveau que beaucoup lui envient, a choisi de s’éclipser pour laisser la place à son ministre de l’Economie, Romuald Wadagni, 50 ans, qui a élu très confortablement (trop peut-être, 94,05% des votes). Bon, le président Talon s’est dédit avec son 2e mandat alors qu’il avait promis d’en faire un seul, de 7 ans. Mais on ne lui en voudra pas dans un continent où les potentats font 8 mandats (par exemple Paul Biya du Cameroun).

C’est sans doute ce parcours plus qu’honorable qui a été récompensé. 10 semaines après avoir quitté la plus haute fonction il prend la tête du Sénat béninois. Il a été élu hier jeudi 6 août, un scrutin à huis clos qui s’est déroulé au Palais des Gouverneurs de Porto-Novo. Les trois autres membres du bureau étaient à ses côtés quand il était président. Louis Vlavonou, vice-président, a piloté le Parlement quand Talon dirigeait le pays. Le rapporteur, Alassane Seidou, a été moult fois ministre de 2016 à mars 2026. Sa suppléante, Adidjatou Mathys, était au Travail et à la Fonction publique depuis avril 2016.

Il y a peu tout le pouvoir législatif était entre les mains de l’Assemblée nationale. La chambre haute a vu le jour après la révision constitutionnelle actée dans la nuit du 14 au 15 novembre 2025 par 90 voix contre 19. Le même texte a fait passer les mandats présidentiel et législatif de 5 à 7 ans, la limite de 2 mandats n’a pas été touchée.

A noter que le Sénat compte 25 membres qui ne sont pas assujettis au suffrage universel. 11 occupent leurs sièges de droit : les anciens chefs d’Etat élus et les anciens présidents du Parlement et de la Cour constitutionnelle qui ont fait au moins la moitié de leur mandat. Les 14 autres sénateurs ont été installés le 1er juillet dernier, 10 ont été nommés par le président Wadagni.

Le règlement intérieur verrouille la présidence et la vice-présidence au profit du collège des membres de droit, et il est formellement interdit de siéger au-delà de 85 ans. Toutefois une disposition transitoire gèle cette limite le temps d’installer la chambre.

Précision de taille : le Sénat béninois n’est pas une chambre législative concurrente du Parlement. Son principal chantier est la régulation de la vie politique et l’unité nationale, l’essor de la démocratie, la stabilité de l’Etat et le respect de la trêve politique pour éviter que le pays se débatte dans des campagnes électorales permanentes…

Dans cette optique la chambre peut ordonner la suspension ou le retrait de droits politiques ou civiques, sauf pour les présidents de la République, de l’Assemblée nationale et du Conseil économique et social.

L’arme phare du Sénat est l’avis de non-objection. Les lois constitutionnelles, électorales et celles relatives aux partis politiques devront recueillir son aval avant toute promulgation. Les sénateurs peuvent barrer la route, à la majorité des deux tiers. La chambre peut exiger une seconde lecture des textes adoptés par l’Assemblée nationale, sauf les lois de finances. Par contre pas question de motions de destitution du gouvernement, ici on mise tout sur le dialogue et la négociation.

Lors de l’installation de la chambre, le 30 juillet dernier, Elisabeth Pognon, ancienne présidente de la Cour constitutionnelle, avait admis que cette «institution nouvelle, dotée de pouvoirs importants» était une étrangeté pour les citoyens. Talon, qui ne s’est pas exprimé publiquement depuis son élection, s’était dit «ému de pouvoir honorer à nouveau [son] pays».

L’ancien président Boni Yayi, qui était vent debout contre cette réforme, a finalement décidé se rejoindre le Sénat, arguant que le Parlement est totalement sous la botte du gouvernement et que les espaces de dialogue disparaissent. «Je n’en suis pas demandeur, c’est la Constitution», avait-il déclaré. Cette volte-face intervient après la présidentielle d’avril 2026 raflée par le régime sortant et après des législatives qui ont bouté l’opposition hors du Parlement.

Le Bénin est une démocratie, incontestablement, même si les opposants de Talon continueront de crier que c’est une « démocratie à l’africaine ». C’est tout à fait leur droit, comme dans toute démocratie digne de ce nom.

 




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