Bénin : le Sénat entre en fonction, des interrogations demeurent

Ouestafnews – Issu de la révision constitutionnelle de 2025, le Sénat, deuxième chambre du Parlement, a été officiellement installé le 30 juillet 2026 au siège de l’Assemblée nationale, à Porto-Novo, capitale politique du Bénin. Le siège de l’institution est toutefois fixé à Cotonou, où elle tiendra ses sessions.

Ils sont au nombre de 25. Ils ont eu « l’honneur redoutable » d’être installés comme tout premiers sénateurs de l’histoire du Bénin, selon les mots de la doyenne d’âge en second, Elisabeth Pognon. Elle a prononcé le discours en lieu et place de Nicéphore Soglo, absent lors de la cérémonie.

Créé par la révision constitutionnelle de novembre 2025, le Sénat modifie l’architecture institutionnelle du Bénin, jusque-là organisée autour d’un Parlement monocaméral, avec l’Assemblée nationale comme seule chambre parlementaire.

Cette installation marque une étape institutionnelle inédite au Bénin, mais elle ouvre aussi une phase de légitimation pour une chambre haute encore discutée dans l’opinion et au sein de la classe politique.

Dans son discours, Elisabeth Pognon a reconnu que cette « institution nouvelle, dotée de pouvoirs importants, suscite des interrogations, des appréhensions, des besoins de clarification » au sein de la population et de la classe politique. Elle rappelle que le gouvernement avait déjà engagé des tournées d’explication après la révision constitutionnelle.

Selon elle, la nouvelle chambre parlementaire doit « inspirer confiance à [ses] concitoyens par l’objectivité dans ses démarches et dans ses décisions ». Elle a également appelé les sénateurs à en faire « une véritable institution de sauvegarde et de renforcement des acquis de l’unité nationale, du développement de la nation, de la défense du territoire, de la sécurité publique, de la démocratie et de la paix ».

Robert Dossou, nouveau sénateur et ancien président de la Cour constitutionnelle, a évoqué la « lourdeur d’une charge qui est nouvelle », comparant les débuts du Sénat à ceux de la Cour constitutionnelle dont l’insertion dans l’architecture institutionnelle n’avait, selon lui, pas été facile non plus.

Théodore Holo, également ancien président de la Cour constitutionnelle et désormais sénateur, a assuré que le Sénat et l’Assemblée nationale ne sont pas appelés à entrer en conflit, la Constitution prévoyant déjà leurs modalités de collaboration. Il précise que le travail des deux chambres vise à « préserver la paix dans le pays, la stabilité des institutions et le renforcement de la démocratie ».

L’installation du 30 juillet 2026 ne clôt pas le processus. Après leur installation officielle, les sénateurs ont adopté le règlement intérieur de l’institution. Celui-ci doit être transmis à la Cour constitutionnelle pour contrôle de conformité à la Constitution, avant l’élection du bureau du Sénat, prévue le 6 août prochain.

La composition de cette première chambre haute donne aussi une dimension politique à son installation. Le Sénat béninois compte 25 membres, répartis entre membres de droit et membres désignés. Trois anciens chefs d’État y siègent comme membres de droit : Nicéphore Soglo, Boni Yayi et Patrice Talon.

Après avoir publiquement annoncé qu’il n’envisageait pas de siéger au sein de la nouvelle institution, Boni Yayi est revenu sur sa position le 22 juillet dernier. Dans une déclaration publiée sur sa page Facebook, l’ancien chef d’État a justifié ce revirement par l’évolution du contexte national, marqué selon lui par la mise en place d’un « Parlement monocolore » et des « cadres de dialogue politique » devenus « quasi inexistants ».

MFN-HD

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