Pour beaucoup de lecteurs, il est Clément Zongo, chroniqueur dont les analyses paraissent chaque vendredi dans Sidwaya. Les auditeurs de Radio Pulsar 94.8 FM, eux, reconnaissent sa voix avant même son nom. À l’état civil, pourtant, il s’appelle Alexis Yaméogo. Journaliste, écrivain et communicateur, son parcours est celui d’un homme qui a su transformer une passion d’enfant en une carrière riche, couronnée par de nombreuses distinctions littéraires.
Bien avant les studios de radio et les salles de rédaction, tout commence dans la cour familiale. Chaque jour, à l’heure du journal de 13 heures de Radio Burkina, le silence était imposé.
« Mon père n’avait pas eu la chance d’aller à l’école, mais lorsqu’arrivait l’heure du journal, personne ne devait faire du bruit. Il suivait attentivement les informations. Moi, j’étais assis à côté de lui et ce qui me fascinait, c’était le jingle, puis la voix du journaliste qui disait : “Mesdames et Messieurs, bonjour…”. Un jour, j’ai regardé mon père et je lui ai dit : “Moi aussi, je serai journaliste. Je vais parler à la radio comme ce monsieur.” Il m’a simplement répondu : “Travaille bien à l’école et tu pourras le devenir.” Cette phrase ne m’a jamais quitté. »
Ce rêve d’enfant grandit avec lui. Au moment de choisir son orientation après le baccalauréat, il prépare avec détermination le concours d’entrée en arts et communication, qu’il réussit.
À l’université, une autre rencontre vient renforcer sa conviction. Lors d’un exercice de radio-école, le professeur Baba Hama remarque immédiatement son timbre de voix.
« Après ma lecture, il s’est arrêté et a demandé : “C’est la voix de qui ?” Il m’a ensuite dit que j’avais déjà un atout, ma voix, mais qu’il fallait continuer à la travailler. Ce jour-là, j’ai compris que je n’avais peut-être pas fait fausse route. »
Une double carrière entre communication et journalisme
S’il choisit finalement la spécialisation en communication d’entreprise et relations publiques, Alexis Yaméogo ne tourne jamais le dos au journalisme. Son stage à Radio Pulsar devient rapidement une opportunité professionnelle. Il apprend à rédiger des brèves, présenter les flashs d’information, réaliser des reportages, monter des éléments sonores et même assurer la technique en direct.
« Nous quittions parfois les cours pour aller présenter les journaux. Nous découvrions le vrai terrain. Petit à petit, on m’a confié davantage de responsabilités et, aujourd’hui encore, je suis le seul de cette promotion à être resté à Radio Pulsar. »
En 2013, sa plume attire l’attention du quotidien Sidwaya, qui lui propose une chronique hebdomadaire.
« On m’a simplement demandé de mettre ma plume au service du journal. C’est ainsi qu’est née “La chronique de Clément Zongo”. Aujourd’hui, j’ai plus de 400 chroniques à mon actif. »
L’écrivain est né d’un défi
Si le journalisme est un rêve d’enfance, l’écriture littéraire arrive presque par hasard. Longtemps, Alexis Yaméogo ne se croyait pas capable d’écrire un livre. Ce sont ses amis qui le poussent à participer au Grand Prix national des arts et des lettres de la Semaine nationale de la culture (SNC) en 2014. Dans la précipitation, il rassemble des poèmes sans même prévoir un titre. Au moment de l’impression, il improvise. « Juste un coup de plume ! » Quelques semaines plus tard, Alexis Yaméogo apprend qu’il vient de décrocher le premier prix.

« Je n’avais jamais imaginé écrire un livre. Je lisais les auteurs avec admiration, mais je me demandais toujours comment on pouvait remplir plus de deux cents pages. Cela me paraissait impossible. Cette récompense a complètement changé ma façon de me voir. Je me suis dit que je possédais quelque chose en moi, mais que je manquais simplement de confiance. »
“Moah, le fils de la folle”, le roman de la consécration
En 2016, une scène observée pendant quelques minutes dans un marché de Ouagadougou bouleverse profondément l’écrivain. Un enfant qui refusait d’aller dans les bras de sa mère souffrant de troubles mentaux. De cette émotion naît Moah, le fils de la folle, un roman qui lui vaut le premier prix de la SNC en 2018.
« Je n’ai jamais oublié cette scène. Pendant deux semaines, j’y ai pensé sans arrêt. Puis je me suis dit : cette histoire mérite d’être racontée. Et c’est le livre qui me touche le plus. En le relisant, il m’est arrivé de pleurer sur mes propres phrases. Parfois, je me demande encore comment j’ai réussi à écrire certaines scènes. »
L’œuvre dépasse rapidement les frontières du simple succès littéraire. Elle est étudiée dans plusieurs universités, inspire des mémoires et attire même l’attention d’une productrice américaine.
« Une dame installée aux États-Unis m’avait contacté parce qu’elle souhaitait adapter le roman au cinéma. Le projet n’a finalement pas abouti, mais cela m’a montré que nos histoires peuvent voyager très loin. »
Depuis ses premiers succès, Alexis Yaméogo accumule les distinctions en poésie, en roman, en nouvelles et en journalisme. Parmi elles figurent le Premier prix en poésie au concours de créativité sur les droits humains organisé par la coopération allemande, le Premier prix du concours journalistique sur l’amitié Chine-Burkina, plusieurs récompenses au Grand Prix national des arts et des lettres ainsi que des distinctions en nouvelles et en poésie.
Son œuvre comprend aujourd’hui plusieurs livres édités, notamment Moah, le fils de la folle, La fille aux cheveux châtains, Les Chroniques de Clément Zongo et Juste un coup de plume !, auxquels s’ajoutent plusieurs manuscrits encore inédits.
Paradoxalement, celui qui multiplie aujourd’hui les distinctions affirme que son principal obstacle n’a jamais été le manque de talent, mais le manque de confiance en lui.
Il cite sa première participation à la SNC comme preuve que beaucoup renoncent avant même d’avoir essayé. Pour lui, l’audace précède souvent la réussite.
Mais l’écriture présente aussi ses défis dont le syndrome de la page blanche, les coûts élevés de l’édition, la nécessité d’être relu par des lecteurs exigeants ou encore la difficulté de trouver des financements. Grâce au soutien du Bureau burkinabè du droit d’auteur (BBDA), de la SNC et de plusieurs proches, il parvient néanmoins à faire publier ses ouvrages.
Clément Zongo, un nom pour honorer ses parents
« Clément est le prénom de mon père. Zongo est le nom de jeune fille de ma mère. Associer leurs deux noms est ma manière de leur rendre hommage. Sans eux, je ne serais jamais devenu celui que je suis aujourd’hui. »

Le souvenir le plus marquant reste celui de son échec au BEPC. Alors que son père venait lui-même de perdre son emploi, celui-ci lui offre pourtant un vélo.
« Je n’avais jamais vu quelqu’un offrir un cadeau à un enfant qui venait d’échouer. Ce jour-là, mon père ne m’a pas offert un simple vélo. Il m’a offert sa confiance. Il m’a donné tout son cœur. C’est certainement le plus grand cadeau de ma vie. »
Un message à la jeunesse
Aujourd’hui encore, Alexis Yaméogo continue de partager son temps entre le journalisme, la littérature et la communication. Plusieurs manuscrits attendent d’être publiés, dont Papa, mon cœur, un roman inspiré de l’amour inconditionnel de son père.
Mais au-delà des livres, il souhaite surtout transmettre une conviction.
« Pendant longtemps, mon plus grand ennemi a été le manque de confiance en moi. Si je peux dire quelque chose aux jeunes aujourd’hui, c’est de croire en leurs capacités. Beaucoup abandonnent avant même d’avoir essayé. Il faut oser. On est souvent plus capable qu’on ne le pense. »
Hanifa Koussoubé
Dominique Ouédraogo
Lefaso.net
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