Burkina/Sport hippique : « Un jockey n’a pas d’avenir après sa carrière », regrette Tarr Sidi Mohamed, ancien grand jockey
Ancien jockey, aujourd’hui moniteur d’équitation, Tarr Sidi Mohamed a consacré toute son existence aux chevaux. De ses premiers galops à l’âge de 9 ans à ses victoires sur les hippodromes du Burkina Faso et de la sous-région, son parcours est celui d’un homme guidé par une passion qui n’a jamais faibli. Malgré les difficultés financières qui entourent le sport hippique, il continue de transmettre son savoir aux plus jeunes et rêve d’un avenir meilleur pour les jockeys burkinabè.
Dans son univers, le cheval n’est pas seulement un moyen de compétition ou une source de revenus. Il est un compagnon de vie. Lorsque Tarr Sidi Mohamed parle de cet animal, son visage laisse transparaître une passion intacte malgré les années.
« Le cheval, c’est une passion depuis mon enfance. Jusqu’à présent, je suis toujours dans le cheval parce que je me nourris de ça. Je m’occupe des chevaux des gens, je les entraîne, je les accompagne. Ce n’est pas seulement un travail pour moi, c’est quelque chose que j’aime profondément. Quand on aime le cheval, on accepte les sacrifices parce qu’il faut du temps, de la patience et beaucoup d’attention pour s’occuper de lui », explique-t-il.
Une rencontre qui a changé sa vie
L’histoire de Tarr Sidi Mohamed avec les chevaux commence en 1988. À cette époque, il suit simplement un ami qui possédait des chevaux. Ce qui devait être une simple curiosité devient rapidement une véritable vocation.
« Au début, j’avais peur. Je regardais seulement mon ami avec ses chevaux. Mais un jour, j’ai décidé d’essayer de monter. Petit à petit, j’ai commencé à prendre confiance. La première fois que j’ai participé à une course, je suis arrivé premier. Après cette victoire, j’ai compris que quelque chose était né en moi. J’ai continué et c’est devenu une passion qui ne m’a plus quitté », se souvient-il.
À peine âgé de 9 à 10 ans lorsqu’il découvre l’équitation, le jeune Tarr Sidi Mohamed progresse rapidement. Après seulement deux séances d’apprentissage, il se retrouve déjà sur les premières marches du podium. Cette facilité n’est pas totalement surprenante car dans sa famille, le cheval occupait déjà une place importante. Son grand-père était également cavalier. « Mon grand-père montait aussi à cheval. Donc, quelque part, c’est une continuité. J’ai grandi avec cette culture du cheval. Ce n’est pas quelque chose que j’ai découvert par hasard, c’est une passion qui était déjà présente dans mon environnement », confie-t-il.
Sidi Mohamed Tarr a commencé ses premiers galops à l’âge de 9 ans
Un champion sur les hippodromes
Au fil des années, Tarr Sidi Mohamed devient l’un des jockeys les plus performants de son époque. Il participe à plusieurs compétitions et s’impose comme une référence au Burkina Faso.
Il garde un souvenir particulier de ses victoires avec son cheval Chérif, aujourd’hui disparu.
« Chérif est le cheval qui m’a le plus marqué. Avec lui, j’ai remporté beaucoup de courses. Quand on travaille longtemps avec un cheval, une relation particulière se crée. Ce n’est pas seulement monter dessus pour courir. Il faut connaître son caractère, ses forces, ses limites. Il faut être capable de sentir ce qu’il peut donner pendant une compétition », raconte-t-il.
Parmi ses plus grands souvenirs figure la victoire au Grand Prix de la LONAB en 1992, une compétition qui reste gravée dans sa mémoire.
« Ce jour-là, au départ, les autres chevaux m’avaient distancé. J’étais presque dernier et franchement, je ne croyais plus à la victoire. Mais mon cheval a continué à avancer, il a repris les autres progressivement. Sur les trois tours, il est revenu jusqu’à prendre la première place à l’arrivée. C’était une grande émotion parce que je pensais que tout était perdu », se rappelle-t-il.
Entre 1991 et 1993, il remporte trois trophées majeurs de cette compétition. Au total, il estime avoir décroché une vingtaine de trophées au cours de sa carrière.
Entre passion et dangers du métier
Être jockey est un métier exigeant qui demande une grande maîtrise, mais aussi beaucoup de courage. Tarr Sidi Mohamed garde en mémoire des moments où sa vie a été mise en danger.
« Il y a eu une course où j’ai vraiment eu peur. La selle du cheval était mal attachée. Quand le cheval s’est lancé, elle s’est détachée. J’ai essayé de tenir avec mes pieds, mais je n’ai pas pu résister longtemps. Je suis tombé alors que les autres chevaux étaient encore lancés. Ils auraient pu me piétiner. C’est un métier où il faut toujours être concentré parce qu’une petite erreur peut avoir de graves conséquences », témoigne-t-il.
Il évoque également une compétition où son cheval, pourtant en tête au début de la course, n’a pas réussi à maintenir son rythme jusqu’à l’arrivée.
« Ce jour-là, le cheval n’était pas vraiment en forme. Au premier tour, il était premier, mais au deuxième tour les autres sont revenus. J’ai voulu le pousser parce que je voulais gagner, mais il n’a pas pu tenir. Cette défaite m’a beaucoup touché parce qu’on travaille pour gagner, mais parfois le cheval décide aussi », explique-t-il.
« Un jockey n’a pas d’avenir après sa carrière »
Après plus de vingt ans dans la compétition, Tarr Sidi Mohamed quitte officiellement les pistes en 2009. Mais il garde un regard préoccupé sur la situation des jockeys au Burkina Faso.
Selon lui, le manque d’accompagnement après la carrière constitue l’une des grandes difficultés du métier.
« Quand tu es jockey et que tu es en compétition, les gens te connaissent parce que tu gagnes des courses. Mais quand tu arrêtes, beaucoup de personnes t’oublient. Le problème, c’est que certains jockeys n’ont appris que ce métier. Après la retraite, ils se retrouvent sans solution parce qu’il n’y a pas de véritable accompagnement pour leur permettre de se reconvertir », déplore-t-il.
Pour lui, la retraite dépend surtout de la morphologie du jockey.
« Un jockey peut continuer longtemps s’il garde le bon poids et la bonne taille. J’ai même vu au Mali un vieux jockey de 70 ans qui courait encore. Mais ce n’est pas seulement l’âge qui compte, c’est surtout la capacité physique à respecter les exigences de la compétition », précise-t-il.
L’ex jockey à remporté plus d’une vingtaine de prix au Burkina et dans la sous région.

Une relation presque fusionnelle avec les chevaux
Pour Tarr Sidi Mohamed, la réussite d’un cavalier repose avant tout sur la relation qu’il entretient avec son cheval.
« Pour gagner la confiance d’un cheval, il faut l’approcher, le caresser, prendre soin de lui. Le cheval reconnaît la personne qui s’occupe de lui. Il ressent les choses. Ce n’est pas un simple animal qu’on monte et qu’on laisse après. Il faut créer une relation avec lui », affirme-t-il.
Il reconnaît toutefois que certains chevaux peuvent être difficiles à apprivoiser.
« Le plus compliqué, c’est le début. Si le cheval est né avec toi, s’il a grandi avec les humains, le contact est plus facile. Mais un cheval qui vient d’ailleurs et qui n’a pas l’habitude des hommes peut être très difficile à approcher. Il faut beaucoup de patience pour gagner sa confiance », dit-il.
Une nouvelle mission : transmettre son savoir
Depuis sa retraite sportive, Tarr Sidi Mohamed s’est tourné vers l’encadrement. Il initie notamment les enfants à l’équitation à travers le manège et organise également des randonnées équestres.
« Le manège pour enfants permet de leur apprendre les bases : comment monter, comment diriger le cheval, tourner à gauche, tourner à droite, avancer. C’est une manière de transmettre ce que j’ai appris pendant toutes ces années », explique-t-il.
Il accompagne également des visiteurs lors de randonnées pouvant durer plusieurs jours.
Son plaidoyer pour le développement du sport hippique
S’il reconnaît les progrès réalisés dans le domaine hippique au Burkina Faso, notamment avec l’organisation régulière des compétitions, Tarr Sidi Mohamed estime que beaucoup reste à faire.
« Aujourd’hui, le sport hippique avance, mais il faut encore plus de soutien. Il faut que les entreprises privées viennent accompagner cette discipline. Souvent, les organisateurs font beaucoup d’efforts avec leurs propres moyens. Avec des sponsors, on pourrait organiser plus de compétitions, mieux accompagner les jockeys et donner plus de chances aux jeunes passionnés », plaide-t-il.
À ceux qui aiment le cheval et souhaitent soutenir cette discipline, il lance un appel.
« Le cheval a besoin d’être valorisé. Ceux qui ont les moyens, les entreprises et les passionnés doivent nous aider pour que cette culture continue à vivre au Burkina Faso », conclut-il.
Hanifa Koussoubé
Anita Zongo
Lefaso.net
Crédit: Lien source