CADESA lance une usine de transformation de cacao à San Pedro – Africtelegraph

La filière cacao ivoirienne connaît une inflexion significative avec l’entrée directe des producteurs dans le champ de la transformation industrielle. La Coopérative agricole de San Pedro (CADESA), qui fédère plus de 4 000 planteurs, a officiellement lancé le chantier d’une usine dédiée à la première transformation de fèves à San Pedro, deuxième port du pays et principal terminal cacaoyer mondial. Le projet, structuré autour de la société de projet CADESA Processing SA, mobilise une enveloppe de 9,84 milliards de FCFA, soit environ 15 millions d’euros. Sa livraison est programmée dans un horizon de vingt-quatre mois.

L’unité industrielle démarrera avec une capacité annuelle de 15 000 tonnes, extensible à 30 000 tonnes une fois la phase pilote consolidée. Une telle montée en puissance placerait CADESA parmi les acteurs coopératifs les plus intégrés du pays, dans un secteur où la transformation demeure largement dominée par des groupes internationaux tels que Barry Callebaut, Cargill ou Olam. Le choix de San Pedro n’est pas anodin : la ville concentre l’essentiel des flux logistiques de la région sud-ouest, principal bassin de production ivoirien.

Un modèle coopératif tourné vers la valeur ajoutée

Historiquement cantonnés à la vente de fèves brutes, les planteurs ivoiriens subissent depuis longtemps la volatilité des cours mondiaux et l’écart de marge avec les industriels aval. L’initiative de CADESA marque une bascule : en internalisant la première transformation, la coopérative ambitionne de sécuriser les revenus de ses membres et de capter une part de la rente actuellement transférée à l’étranger. Le mouvement rejoint la doctrine défendue par Abidjan et par le Conseil du café-cacao, qui pousse depuis plusieurs années à porter la transformation locale au-delà de 50 % de la production nationale.

La Côte d’Ivoire produit chaque année entre 2,0 et 2,2 millions de tonnes de fèves, soit près de 40 % de l’offre mondiale. Pourtant, la part broyée sur le territoire plafonne encore autour d’un tiers. Le gouvernement ivoirien a fait de cet écart un axe prioritaire de politique industrielle, en assortissant l’implantation d’unités de transformation d’avantages fiscaux et douaniers. L’arrivée d’un acteur coopératif dans ce paysage jusqu’ici tenu par les majors du négoce constitue un signal politique autant qu’économique.

San Pedro, épicentre stratégique de la filière

Le port de San Pedro traite à lui seul plus de la moitié des exportations cacaoyères ivoiriennes. Les autorités portuaires y ont engagé un vaste programme d’extension, avec un nouveau terminal industriel destiné précisément à accueillir des unités agro-industrielles. L’implantation de CADESA Processing SA s’inscrit dans cette logique de cluster, proche des zones de collecte et des infrastructures d’exportation. La proximité géographique permet de comprimer les coûts logistiques et de fluidifier la chaîne d’approvisionnement en fèves conventionnelles comme certifiées.

Reste la question du financement et du positionnement commercial. Le tour de table précis n’a pas été détaillé, mais les projets coopératifs de cette taille associent généralement banques locales, institutions de développement et apports en fonds propres des sociétaires. Sur le plan commercial, l’usine devra sécuriser des contrats d’écoulement avec les chocolatiers européens et nord-américains, tout en composant avec les nouvelles exigences du règlement européen sur la déforestation importée (RDUE), entré en application pour les grandes entreprises fin 2024.

Un pari industriel sous contrainte de marché

Le contexte de marché s’avère paradoxal. Les cours du cacao ont atteint des sommets historiques en 2024, franchissant ponctuellement les 10 000 dollars la tonne à New York, avant un reflux au premier semestre 2025. Cette volatilité rend l’équation économique des broyeurs plus délicate, avec des marges compressées par la hausse des intrants. À l’inverse, elle renforce la légitimité de projets qui rapprochent le producteur du transformateur, en limitant les intermédiaires.

Pour CADESA, l’enjeu dépasse la seule rentabilité. La coopérative endosse un rôle démonstratif : prouver qu’un groupement paysan ivoirien peut opérer une usine de broyage aux standards internationaux, exporter du beurre, du tourteau et de la poudre de cacao, et concurrencer les industriels installés. La réussite du chantier de San Pedro sera scrutée par les autres coopératives du pays, dont plusieurs affichent des ambitions similaires. Selon Financial Afrik.

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