CIMAF acte le déplacement définitif de son centre de gravité de l’Europe vers l’Afrique

Le cimentier marocain CIMAF déplace nettement son centre de gravité industriel vers l’Afrique, avec un investissement de plus de 45 millions de dollars au Gabon pour étendre la cimenterie d’Owendo, près de Libreville, et accroître ses capacités en ciment et en clinker, au moment même où le groupe cède son unique usine française et quitte le marché européen.

Ce double mouvement, retrait d’Europe et expansion africaine, traduit un choix industriel lisible : CIMAF privilégie les marchés où l’urbanisation, les besoins en infrastructures et la croissance démographique créent une demande durable de matériaux de construction. Le rapport de Ciment Big Data Research Institute décrit un opérateur marocain qui «déplace entièrement son centre stratégique de l’Europe vers l’Afrique», avec une décision d’investissement au Gabon supérieure à 45 millions de dollars et une sortie formelle du marché européen après la vente de son usine en France.

Le calendrier gabonais donne à la démarche une portée immédiate. À partir de janvier 2027, le Gabon prévoit d’interdire les importations de clinker, matériau indispensable à la production du ciment, dans le cadre d’une politique d’autonomie industrielle portée par les autorités de Libreville. Pour les cimentiers présents dans le pays, le signal paraît sans ambiguïté : produire localement ou perdre l’accès au marché.

CIMAF répond par une montée en puissance de sa base d’Owendo, appelée à substituer une production locale de clinker aux approvisionnements extérieurs. Le rapport souligne que cette décision permet au groupe marocain de «passer d’un clinker importé à un approvisionnement local», de mieux maîtriser ses coûts et de réduire son exposition aux ruptures du transport maritime comme aux variations des prix internationaux des matières premières, qui pèsent lourdement sur les chantiers africains.

Gabon, plateforme régionale et retrait européen

L’ampleur de l’extension transcende la seule demande gabonaise. Selon les estimations sectorielles citées, la capacité annuelle de CIMAF au Gabon atteindrait environ 1,85 million de tonnes après les travaux, pour une consommation nationale proche de 900 000 tonnes. Cet excédent, presque équivalent au marché intérieur, suggère un schéma régional : Owendo pourrait alimenter les pays voisins d’Afrique centrale, où les besoins en routes, ports, logements, chemins de fer, usines et équipements énergétiques maintiennent une forte demande en ciment.

Le groupe marocain s’appuie déjà sur une présence étendue en Afrique, notamment au Cameroun, en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Burkina Faso, au Tchad et en République du Congo. Cette implantation donne au retrait français une signification plus large : face à une Europe comprimée par la hausse des coûts de l’énergie, la faiblesse du bâtiment et des règles environnementales plus strictes, CIMAF redéploie son capital vers des économies où la production locale de matériaux devient un instrument de souveraineté industrielle.

Le Gabon, encore marqué par une forte dépendance aux ressources naturelles, cherche à retenir davantage de valeur industrielle sur son territoire. Le rapport présente le ciment comme «un matériau central pour les routes, les ports, les chemins de fer, le logement, les usines et les infrastructures énergétiques», dont la disponibilité locale peut amortir les chocs extérieurs, contenir les coûts de construction et réduire les tensions liées aux devises.

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