Avec notre correspondant à Abidjan, Benoît Almeras
Ils ont fait le choix de rentrer en Côte d’Ivoire. Durant le week-end, 243 migrants ivoiriens – des hommes surtout, mais aussi quelques femmes et une poignée d’enfants – sont arrivés à Abidjan à bord d’un vol spécial en provenance de Tunisie. Organisé par les deux pays, selon la Direction générale des Ivoiriens de l’extérieur (DGIE), ce retour volontaire représente pour eux un soulagement, malgré l’échec de leur but premier, qui était de gagner le continent européen.
Dans le centre d’accueil de la commune d’Abobo, par lequel ils transitent en attendant de pouvoir rentrer dans leurs familles respectives, beaucoup témoignent en effet des conditions de vie très dures auxquelles ils ont été exposés en Tunisie. C’est par exemple le cas de Fanta, de retour après avoir vécu deux ans à Sfax. « Les conditions étaient tellement difficiles… Il y a un endroit à Sfax, au bord de la mer, où quand la police vient, on casse tout, on brûle tout, et on vous chasse comme des animaux », raconte-t-elle, avant de confier avoir tenté de traverser six fois la mer Méditerranée. « Mais ça n’a pas marché », souffle encore cette dernière, la voix éteinte et le regard fuyant.
« La plupart rentrent avec beaucoup de regrets »
À l’annonce de son nom, Fanta – qui patientait sous un préau où une fonctionnaire fait l’appel afin de « libérer » ces Ivoiriens qui ont fait le choix de rentrer au pays – saisit sa valise et s’engouffre dans un taxi pour rejoindre ses parents à Yopougon. D’autres attendent des bus pour se rendre à Daloa et Bouaké, entre autres. Et parmi eux, certains préfèrent cacher leur visage, par crainte d’être reconnus. Il faut dire que les retours volontaires se font souvent à contrecœur, explique Mamadou Sako, l’un des responsables de la DGIE : « La plupart rentrent avec beaucoup de regrets parce que leurs parents avaient placé leurs espoirs en eux… Or, avec leur retour au pays, ces espoirs s’envolent, ils reviennent bredouille. »
Pour la DGIE, l’enjeu est donc de convaincre les candidats à la migration que des opportunités existent aussi en Côte d’Ivoire, que ce soit en termes de formations ou d’emplois. « On ne cherche pas à les dissuader, ajoute Mamadou Sakho. On essaie simplement de les persuader qu’ils peuvent rester en Côte d’Ivoire ou qu’il existe de meilleures voies que la migration irrégulière pour partir. »
Revenu dans son pays après avoir passé deux ans en Tunisie, Cissé, lui, fait partie de ceux qui ne nourrissent aucun regret. « Je suis rentré chez moi en bonne santé. Je peux travailler et avoir une vie meilleure. J’ai toujours l’espoir ! », lance ainsi ce chauffeur quadragénaire qui vit son retour en Côte d’Ivoire comme une deuxième chance, après avoir passé huit mois en prison pour défaut de carte de séjour pendant son exil tunisien.
Entre 2022 et 2025, près de 8 700 migrants ivoiriens ont préféré rentrer chez eux avec l’appui de l’Organisation internationale des migrations. Un tiers d’entre eux sont revenus de Tunisie.
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