Le vacarme des klaxons couvrait les conversations. Les drapeaux tricolores flottaient aux fenêtres des voitures. Dans les rues de Cayenne, de Saint-Laurent-du-Maroni ou encore de Mana, des milliers de personnes célébraient la première étoile des Bleus. Vingt-huit ans après la victoire de la France face au Brésil (3-0), le souvenir de cette soirée reste étonnamment précis pour celles et ceux qui l’ont vécue.
Le 12 juillet 1998, la sélection française décroche son premier titre mondial grâce notamment à un doublé de Zinédine Zidane. Un moment qui dépasse rapidement le cadre du football et se transforme, partout en France, en une immense fête populaire. En Guyane aussi, la liesse gagne les rues.
À Cayenne, Claudette Flavien, alors âgée de 46 ans, suit la finale chez elle avec ses enfants avant de rejoindre la foule.
« Les rues étaient complètement bloquées. J’ai dû garer la voiture et continuer à pied avec les enfants. Il y avait des gens qui chantaient partout, des sonos dans toutes les voitures. On ne savait même plus sur quelle musique danser. »
Claudette Flavien
Elle se souvient d’une ville entièrement tournée vers la célébration, où l’on avançait difficilement tant la foule était dense.
Une même soirée, des émotions différentes
À Mana, l’ancien footballeur Rémy Aubert garde un souvenir plus nuancé de cette finale. Amateur de football et attaché au Brésil, il raconte avoir vécu cette rencontre avec des sentiments mêlés.
« J’avais le cœur partagé. J’étais heureux pour la France, mais triste pour le Brésil. Voir cette équipe perdre 3-0, c’était difficile. »
Rémy Aubert
Une fois le coup de sifflet final donné, il observe malgré tout la fête gagner les rues de la commune.
« Les klaxons, les drapeaux, les gens dehors… C’était une véritable liesse populaire. »
À plusieurs milliers de kilomètres de la Guyane, Jean-Luc Jason vivait alors en métropole où il exerçait comme policier. Il regarde la finale chez lui, entouré de quelques amis.
Pour lui, ce titre reste unique.
« Personne n’attendait vraiment la France à ce niveau-là. Battre le Brésil 3-0 en finale, c’était hors norme. Cette première étoile restera toujours particulière. »
Jean-Luc Jason
Des souvenirs qui traversent les générations
À Saint-Laurent-du-Maroni, Renée-Lyse Briquet, ancienne footballeuse, était enceinte de son dernier enfant. Malgré sa grossesse, elle participe aux célébrations dans les rues avec sa famille.
« On klaxonnait dans toute la ville. On faisait le tour de Saint-Laurent avant de se retrouver au marché. C’était vraiment la fête. »
Elle garde aussi le souvenir d’une ambiance familiale, très différente de celle qu’elle perçoit aujourd’hui.
« À l’époque, on se retrouvait pour célébrer ensemble. C’était bon enfant. Aujourd’hui, je préfère suivre les festivités depuis chez moi. »
Renée-Lyse Briquet
Vingt-huit ans après, les images du Stade de France sont toujours présentes dans les mémoires. Mais en Guyane, ce sont surtout les souvenirs des rues envahies par les supporters, des interminables concerts de klaxons et de cette impression de vivre un moment d’histoire qui continuent de marquer les esprits.
Pour beaucoup, cette première étoile n’évoque pas seulement une victoire sportive. Elle reste le souvenir d’une soirée où, de Cayenne à Mana en passant par Saint-Laurent-du-Maroni, toute une population a vibré à l’unisson.
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