Un Congrès des élus départementaux et régionaux de la Guadeloupe sur la crise de l’eau est prévu demain, mercredi 24 juin 2026, pour trouver des réponses à une foule de problématiques. Il y a les coupures d’eau en raison de pannes, de casses ou de pénurie, les interdictions de consommer l’eau qui s’enchaînent, pour cause de pollution ou de turbidité et, par ailleurs, le fait que plusieurs plages sont interdites à la baignade, parce que des eaux usées s’y sont déversées.
Depuis une douzaine d’années, les Guadeloupéens sont confrontés à l’effondrement du système de distribution de l’eau potable et de l’assainissement des eaux usées. Et, au rythme des chantiers actuels, la Cour régionale des comptes (CRC) a estimé qu’il faudrait 200 ans au Syndicat mixte de gestion de l’eau et de l’assainissement (SMGEAG) pour un complet et nécessaire renouvellement des réseaux en Guadeloupe.
Cette crise de l’eau montre toutes les fractures politiques, sociales et économiques de la société guadeloupéenne. Et il faut remonter à au moins une trentaine d’années pour comprendre comment nous en sommes arrivés là.
Des opérateurs au fonctionnement opaque quittent le navire
Il faut remonter aux années 1992/1993 pour retrouver la trace des premiers coups de gueule des comités de défense des usagers de l’eau. À l’époque, les usagers de Capesterre-Belle-Eau s’indignent de recevoir des factures d’eau exorbitantes.
Quatre ans plus tard, en juillet 1997, un rapport de la Direction départementale de l’équipement (DDE) conclut à de graves dysfonctionnements à la SOGEA, qui deviendra la Générale des Eaux Guadeloupe. Rien n’est clair, rien n’est conforme : les délégations de service public sont prolongées sans remise en concurrence, il n’y a pas de rapport annuel sur l’eau et l’assainissement, l’Etat refuse de communiquer les contrats sous prétexte du secret commercial. Le système est opaque et, déjà à l’époque, 50% de l’eau à distribuer se perd dans la nature ; seulement 50% de la production est facturée.
Un 2008, un deuxième scandale éclate : le SIAEAG décide de mettre fin aux délégations de service public qui lui avaient été confiées. Les remaniements qui s’ensuivent révèlent d’une part les problèmes que la Générale des Eaux essaie de dissimuler depuis des années (il faut dire qu’elle n’est soumise à aucun contrôle) et, en outre, les soupçons de corruption au sein de la classe politique locale dans la passation de nouveaux marchés.
Les tarifs de l’eau augmentent subitement. Les communautés d’agglomération quittent alors le SIAEAG. Ces défections précipitent le démantèlement du syndicat. La Générale des Eaux, devenue Veolia, part à son tour, mais avec un beau pactole de 14 millions d’euros. On est alors en 2014 et, à partir de là, tout dégénère et devient insupportable pour les usagers, déjà excédés, car les coupures d’eau s’intensifient…
La condamnation d’un seul homme
Entre fin 2014 et début 2025, l’archipel subit en prime un épisode exceptionnel de sécheresse, qui provoque la multiplication des coupures d’eau. La population fulmine ; c’est la goutte d’eau de trop en quelque sorte. Une association porte plainte contre l’ancien président du SIAEAG, en poste de 1997 à 2014. Après de multiples renvois, Amélius Hernandez est condamné fin 2019 à 3 ans de prison, dont 2 ans avec sursis et 150.000€ d’amende, pour détournements de fonds publics et favoritisme dans l’attribution de marchés publics. Ses coaccusés, eux, sont relaxés. Malgré ce procès, malgré la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, menée en juin 2021, qui auditionne tous les acteurs impliqués, malgré la création d’une nouvelle structure, le SMGEAG, une question reste sans réponse à ce jour : qui est responsable de la crise de l’eau en Guadeloupe ?
À défaut de le savoir formellement, l’heure est à l’élaboration d’un plan de retour de l’eau.
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