Culture et rayonnement international : Bravo, premier artiste béninois en résidence à la Villa Kivi de Finlande
Depuis le 14 juillet, le slameur et écrivain béninois Maboudou Abdou Rahim, alias Bravo, réside à la Villa Kivi d’Helsinki devenant le premier artiste africain et béninois accueilli dans ce lieu littéraire emblématique de Finlande. Une résidence de cinq semaines, fruit de plusieurs années de collaboration avec la Villa Karo au Bénin, qui pourrait ouvrir la voie à d’autres artistes du continent.
C’est à Helsinki, au détour d’un échange avec Iris Haapala, directrice de la Villa Kivi, que Bravo apprend la nouvelle : il est le premier artiste africain, et le premier Béninois, à intégrer une résidence dans ce lieu fondé en 1890, qui a longtemps hébergé les grandes figures de la littérature finlandaise avant de s’ouvrir aux artistes internationaux en octobre 2024. « Cette nouvelle m’a profondément honoré. Je pense que c’est le résultat d’un alignement entre le travail, les rencontres et les opportunités », confie-t-il.
Un parcours construit sur neuf années de scène
Artiste écrivain, poète et slameur, Bravo explore depuis 2017 les émotions humaines et la sensibilité collective à travers une démarche qui « mélange tradition et modernité, culture et endogénéité, poésie et oralité ». Il a fait de cette pratique un métier à part entière depuis 2019, multipliant les scènes nationales et internationales, ainsi que les publications la plus récente, Wendia, ou le retour de Dr Li, parue en français en juin 2026 aux éditions savanes du continent en français et en anglais en juillet 2026 aux éditions de l’iroko en anglais, aborde des thématiques de bien-être et de santé mentale : l’amour, les blessures profondes, l’identité, la dépression, la résilience et la reconstruction de soi.
Aucune candidature classique, mais des années de constance
Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, cette résidence ne résulte d’aucun processus de candidature formel. « Il n’y a pas eu un processus classique de candidature. Cette opportunité est née de plusieurs années de travail, de rencontres et de collaborations », explique Bravo, qui y voit une leçon plus large : « Il faut travailler avec constance et savoir saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent. Et lorsqu’elles ne viennent pas, il faut parfois savoir les créer. »
Le fil conducteur de cette aventure remonte à ses précédents séjours à la Villa Karo, au Bénin, notamment en octobre 2025, où son projet de formation des jeunes en slam et poésie avait marqué le personnel et les artistes résidents. De cette rencontre est née une chaîne de confiance : de la Villa Karo à Rosa Meriläinen, jusqu’à la Niilo Helander Foundation, dont Bravo est aujourd’hui lauréat d’une bourse lui permettant de mener son projet à Helsinki.
Cinq semaines pour transmettre et créer
Le programme de la résidence, qui s’étend sur cinq semaines, alterne visites de galeries d’art, musées, île et forêts. L’objectif central : partager avec des jeunes finlandais les acquis de ses neuf années de pratique du slam, en vue de mettre en scène des extraits de ses deux recueils, Dr Li et Wendia, sous forme de performances.
« J’attends d’apprendre le plus possible, mais aussi de coacher, de former, de partager », résume-t-il. Ce travail débouchera sur une performance présentant le fruit de cette résidence de création.
Pour Bravo, cette démarche dépasse le cadre artistique : « « Dr Li » et « Wendia » abordent également le quotidien béninois. Nos réalités, nos expériences, nos proverbes, nos cultures, du nord comme du Sud, y sont. Quand on lit ces œuvres, c’est un voyage gratuit à destination du Bénin qu’on s’offre. »
Un premier pas vers une collaboration durable
Au-delà de son parcours personnel, Bravo voit dans cette résidence l’amorce d’un partenariat plus large entre la Villa Karo et la Villa Kivi. « J’espère qu’elle ouvrira la voie à d’autres artistes béninois et africains, afin que les échanges culturels entre nos deux pays continuent de se renforcer », affirme-t-il, inscrivant sa démarche dans la continuité des vingt-cinq années d’échanges culturels que la Villa Karo entretient entre le Bénin, la Finlande et l’Afrique de l’Ouest.
Sur place, les rencontres se multiplient déjà : des écrivaines finlandaises comme Katri TAPOLA, Kristina RANKI, Sarah Al Hussein finlandaise d’origine irakienne, l’autrice danoise Lotte sont autant de plumes inspirantes. « Que de grands esprits ici ! Que de belles rencontres entre belles âmes ! », S’enthousiasme-t-il.
S’adapter à un tout autre monde
Si la langue n’a posé aucun problème les échanges se déroulent en anglais, largement maîtrisé par la population finlandaise l’adaptation culturelle et climatique a demandé un temps d’ajustement. Arrivé sous des températures avoisinant 15 à 16 degrés et un vent constant, Bravo a depuis découvert l’été finlandais, plus clément. Des visites des villes Mänttä-Vilppula (la Ville l’art), Nauvo, Mäntysaari, Itäkeskus et kontula afin de s’imprégner du climat, découvrir les réalités. Il observe surtout un autre rapport au quotidien : une population très engagée dans le sport, une expression des émotions plus réservée, et un profond respect de l’espace et de l’intimité de chacun « une autre manière de vivre ensemble, que j’apprends à découvrir et à apprécier. » fait il savoir.
« Je ne serai pas le dernier »
Pour Bravo, cette expérience ne s’arrête pas à son propre parcours. « Cela signifie que je ne serai pas le premier et le dernier artiste béninois ou africain en résidence à la Villa Kivi. D’autres viendront. Et je me tiens disposé et disponible pour leur apporter mon expérience et mon accompagnement », assure-t-il.
À la jeunesse béninoise qui pratique le slam ou l’écriture, il adresse un message empreint de conviction : « Croyez en vous, plus que tout au monde. Battez-vous pour ce en quoi vous croyez. Dès que vous ferez le premier petit pas, l’univers mettra aisément les bonnes personnes pour vous aider sur votre chemin. »
Fayçal DRAMANE
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