Des moutons plus chers pour l’Aïd en Côte d’Ivoire, dépendante de ses voisins sahéliens : Actualités
Dans la gadoue du parc à bétail d’Adjamé, à Abidjan, les tractations s’intensifient à quelques jours de la grande fête musulmane de l’Aïd al-Adha. Les voix montent, chacun cherchant à tirer le meilleur prix du mouton, sacrifié en mémoire du geste d’Abraham prêt à offrir son fils à Dieu.
Cette année, les prix du mouton se sont envolés en Côte d’Ivoire, qui importe 75% de ses besoins en ovins et bovins pour la Tabaski (le nom de l’Aïd en Afrique de l’Ouest), soit 350.000 têtes, notamment auprès de ses voisins sahéliens du Burkina Faso et du Mali.
Mais depuis le 11 mai, le Burkina a suspendu les exportations de son bétail, après le Niger en mars, pour favoriser son approvisionnement local tandis que les routes maliennes sont soumises au dangereux blocus de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda.
Et si certains camions arrivent à passer frauduleusement la frontière, les contrôles côté burkinabè restent dissuasifs.
Résultat: l’approvisionnement est tendu et les prix flambent dans le parc à bestiaux d’Adjamé.
« J’ai 300 têtes de bétail à la frontière du Burkina, impossible de les faire entrer ici en Côte d’Ivoire », déplore Assimi Barry, vendeur dans ce marché depuis 40 ans.
Même constat pour Ibrahim Sow, un autre vendeur qui affirme avoir « 150 têtes bloquées à Koutiala, au Mali, tous frais payés, qui n’attendaient que d’être livrées ici ».
« Mon patron avait l’habitude de m’envoyer jusqu’à 200 têtes depuis le Burkina à l’occasion de la Tabaski. Cette année, c’est juste une partie qui a pu entrer en Côte d’Ivoire, le reste est de l’autre côté de la frontière », ajoute-t-il.
Selon les deux vendeurs l’approvisionnement est donc particulièrement insuffisant cette année, « deux fois moins » que l’an dernier, estime même M. Sow.
– Budget élevé –
Alors à Adjamé, les négociations vont bon train.
« Je propose 250.000 francs CFA (381 euros). Sinon, je vais voir ailleurs », lance d’un ton ferme Lagazane Ouattara, resté prudemment à l’abri dans sa voiture, soucieux d’épargner ses chaussures de la boue.
En face, le vendeur n’en démord pas et justifie son prix par le manque de moutons, cette année.
« Ça, c’est un mouton qui vaut 500.000 francs CFA (762 euros) », jure t-il, en caressant le flanc de son bélier.
Après de longues minutes de marchandage, M. Lagazane repart finalement avec un imposant bélier, acquis à 320.000 francs CFA (487 euros) auprès d’un autre vendeur et déplore des prix « plus chers cette année ».
« L’année dernière, avec 200.000 francs (304 euros) CFA tu pouvais avoir un bon bélier. Mais cette année, il faut compter minimum 250.000 », estime M. Barry.
Un budget souvent bien trop élevé dans un pays où le salaire minimum est de 75.000 francs (115 euros), comme pour Kassoum Ouattara, un acheteur qui explique à l’AFP tout le mal qu’il a à trouver une bête cette année avec son enveloppe habituelle de 150.000 francs CFA (228 euros).
Mercredi, à une semaine de la fête, le ministre ivoirien du Commerce, Ibrahim Kalil Konaté, a assuré que près de 165.000 têtes de moutons étaient déjà disponibles sur le marché ivoirien, soit 47% du besoin national pour la Tabaski, avec des prix « pour toutes les bourses ».
Mi-mai, les autorités ivoiriennes avaient indiqué leur volonté de renforcer la production locale, qui couvre actuellement entre 25 et 45% des besoins nationaux, selon les chiffres officiels.
Reste à convaincre les acheteurs de consommer local pour cette fête prestigieuse, les moutons ivoiriens étant réputés moins imposants que ceux des voisins sahéliens.
publié le 23 mai à 08h26, AFP
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