Ebola : au terme d’une visite en RDC, le chef de l’OMS appelle à intensifier la riposte

« Dans certaines régions de l’est de la RDC, l’épidémie d’Ebola progresse plus vite que notre riposte, ce qui rend impératif de renforcer rapidement tous les aspects de nos efforts pour la contenir », a averti le Directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, dans un communiqué de presse conjoint. Il a appelé à un engagement international accru afin de protéger les civils, les agents de santé et de garantir un accès sécurisé aux équipes d’intervention. 

Une épidémie qui s’accélère

La RDC a enregistré pour l’instant environ 4.000 cas confirmés d’Ebola, dont plus 1.850 décès, répartis dans 51 zones de santé de cinq provinces. 

L’Ituri demeure l’épicentre de l’épidémie, concentrant près de 90 % des infections, avec les zones de santé de Bunia, Rwampara et Mongbwalu parmi les plus touchées. 

L’OMS et CDC Afrique s’inquiètent notamment du suivi insuffisant des personnes contacts. Celui-ci atteint actuellement 75 %, bien en deçà de l’objectif opérationnel de 95 % jugé indispensable pour interrompre rapidement les chaînes de transmission. Parallèlement, les centres de traitement sont soumis à une pression croissante. Au Nord-Kivu, leur taux d’occupation atteint déjà 139 %, mettant à rude épreuve les capacités d’accueil, le personnel soignant et l’ensemble des opérations de riposte. 

Les communautés au centre de la réponse

La mission conjointe, menée par Tedros Adhanom Ghebreyesus, le Directeur général de CDC Afrique, Jean Kaseya, et le Directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, Mohamed Janabi, s’est rendue à Kampala, Bunia et Kinshasa afin d’évaluer la situation sur le terrain et de rencontrer autorités, personnels de santé, représentants communautaires et partenaires humanitaires. 

À Bunia, capitale de l’Ituri, la délégation a visité le centre de traitement Ebola de Rwangole et constaté les nombreux obstacles qui ralentissent la riposte : insécurité, déplacements de population, mauvais état des routes, désinformation, pénuries de matériel et accès limité aux soins. 

Pour les responsables de l’OMS et de CDC Afrique, une conclusion s’impose : la lutte contre Ebola ne pourra réussir sans la confiance des populations.

« Contenir puis arrêter cette épidémie passera par les communautés », a déclaré Jean Kaseya. « Lorsque les populations disposent d’informations auxquelles elles font confiance, peuvent signaler rapidement les symptômes et consulter sans crainte, nous pouvons briser chaque chaîne de transmission. Notre responsabilité est de rapprocher la riposte des communautés et d’apporter aux équipes de première ligne le soutien dont elles ont besoin ». 

Les deux organisations insistent sur la nécessité d’associer étroitement les chefs communautaires, les responsables religieux, les femmes et les jeunes aux activités de surveillance, de sensibilisation, d’orientation des malades et d’organisation d’inhumations sûres et dignes. 

© OCHA
Un travailleur humanitaire d’OCHA mène une campagne de sensibilisation à Ebola auprès d’une communauté locale en RDC.

Une riposte à renforcer

À l’issue de leur mission, l’OMS et CDC Afrique ont identifié plusieurs priorités immédiates : améliorer la détection précoce des cas, porter le suivi quotidien des contacts à au moins 95 %, rapprocher les services de dépistage et de traitement des populations affectées, augmenter les capacités des laboratoires, des ambulances et des centres de soins, renforcer la prévention des infections dans les établissements de santé et garantir un financement rapide des opérations de terrain. 

Les deux agences soulignent également l’importance de protéger les agents de santé, de leur fournir les équipements nécessaires et de leur assurer une rémunération régulière, tout en maintenant les services de santé essentiels malgré l’insécurité. 

À Kinshasa, la délégation a présenté ses conclusions au Président Félix Tshisekedi et aux membres du gouvernement. Les discussions ont porté sur le renforcement de la coordination nationale, l’implication des communautés, l’accès aux zones touchées et le déploiement rapide de moyens humains et financiers supplémentaires. 

Dans un message publié sur le réseau social X à l’issue de cette rencontre, Tedros Adhanom Ghebreyesus a indiqué avoir convenu avec le chef de l’État congolais d’adapter la riposte à la vitesse de propagation de l’épidémie et de placer « l’appropriation par les communautés au cœur de la réponse », soulignant que la confiance et le respect des traditions locales, notamment lors des enterrements sécurisés, sont indispensables pour interrompre la transmission. 

Une piste vaccinale

Alors que la riposte s’intensifie, un groupe consultatif technique de l’OMS a recommandé vendredi que le vaccin Ervebo, seul vaccin homologué contre Ebola, soit évalué dans le cadre d’un essai clinique randomisé contre le virus Bundibugyo, responsable de l’épidémie actuelle. Des données préliminaires suggèrent une protection partielle chez l’animal, mais son efficacité contre cette souche reste à démontrer.

En attendant le développement d’un vaccin spécifique, les experts estiment que cette approche pourrait offrir une nouvelle option pour renforcer la réponse sanitaire. 

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