Ebola en RDC : pourquoi les cas augmentent

L’estimation de l’OMS concernant la hausse exponentielle des cas d’Ebola ne surprend pas Africa CDC.

Pour son directeur général, Jean Kaseya, elle ne signifie ni une flambée soudaine de l’épidémie, ni un manque de transparence des autorités. Elle reflète avant tout les limites du système de surveillance dans un contexte particulièrement complexe dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC).

Sur le terrain, plusieurs facteurs contribuent à une sous‑détection des cas : l’insécurité persistante, les importants déplacements de populations ou encore des difficultés d’accès à certaines zones. S’y ajoutent des lacunes dans le suivi des contacts, des retards dans l’investigation des alertes et des décès survenant avant toute confirmation biologique.

Malgré ces obstacles, Africa CDC insiste sur les efforts déjà engagés pour renforcer la riposte, notamment à travers une surveillance communautaire accrue, le déploiement de diagnostics de proximité et une intensification de la recherche active des cas.

La hausse des cas liée aussi à une meilleure détection

Jean Kaseya appelle à distinguer deux dynamiques parallèles. D’un côté, l’épidémie reste sérieuse et le virus continue de circuler activement, notamment en Ituri, avec une extension à de nouveaux foyers comme Kisangani. De l’autre, les capacités de détection se sont nettement améliorées ces dernières semaines.

L’augmentation du nombre de cas confirmés s’explique ainsi en partie par un renforcement des laboratoires, l’ouverture de nouveaux centres de prise en charge et une intensification du suivi des contacts. « Tout cela conduit naturellement à identifier davantage de cas », souligne-t-il.

Dans ce contexte, l’enjeu principal demeure l’interruption rapide des chaînes de transmission, grâce à un meilleur suivi des contacts, un isolement précoce des cas et un engagement renforcé des communautés.

Le pic de l’épidémie sera atteint lorsque la majorité des nouveaux cas proviendra des listes de contacts déjà identifiés, plutôt que de la communauté. Une fois ce basculement opéré, les autorités pourront mieux projeter l’évolution et la fin de la crise.

Recherche accélérée et enjeu d’équité pour les traitements

En parallèle de la réponse sanitaire, la recherche s’intensifie. Des essais cliniques sur des médicaments sont déjà en cours, avec une soixantaine de patients enrôlés. Les premiers résultats sont attendus dans les deux à trois mois.

Ces travaux bénéficient d’un financement conjoint, notamment du gouvernement congolais et d’Africa CDC, chacun ayant contribué à hauteur de 3 millions de dollars, en complément des partenaires internationaux.

Du côté des vaccins, plusieurs candidats sont en développement et progressent rapidement, certains visant déjà des phases avancées d’essais cliniques. L’objectif est double : accélérer la recherche sans compromettre la sécurité, et garantir un accès équitable aux traitements pour les populations africaines.

Africa CDC mise notamment sur des accords de transfert de technologies et de production locale, afin d’éviter les inégalités observées lors de précédentes crises sanitaires.

Enfin, Jean Kaseya insiste sur une leçon essentielle : l’importance d’investir en amont. Pour lui, les pays ne doivent plus attendre les épidémies pour mobiliser des financements massifs, mais anticiper les crises par des investissements durables dans les systèmes de santé.

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