Une école d’ascenseurs à Nyom, dans la périphérie de Yaoundé. Le projet peut surprendre au premier abord, mais il répond à un problème bien réel : le Cameroun manque cruellement de techniciens capables d’installer et de réparer les systèmes de mobilité verticale. Derrière cette initiative, un nom, Yaya Ousman Tchounkeu Batchamen, fondateur de BTE Engineering Group Cameroun. Franchement, dans un pays où les immeubles poussent plus vite que les compétences pour les entretenir, l’idée tombe à point nommé.
Un investissement de 428 millions de FCFA pour former des techniciens
Le projet porte un nom, BTE Engineering Academy, et une ambition claire : devenir le premier centre de formation spécialisé dans les métiers des ascenseurs, de l’électrotechnique et de la maintenance industrielle en Afrique centrale. L’investissement global est estimé à 428 millions de FCFA. Un montant qui couvre la construction des infrastructures, l’acquisition des équipements pédagogiques et la mise en place des ateliers pratiques.
Le site exact à Nyom n’a pas encore été communiqué. BTE Engineering Group précise que l’annonce interviendra une fois les démarches techniques et administratives finalisées, ce qui laisse un peu de flou sur le calendrier précis de livraison.
Le projet vise à former 150 techniciens durant les premières années.
Ce chiffre n’a rien d’anodin quand on sait à quel point le secteur souffre d’un déficit de main d’œuvre qualifiée. Les immeubles de plusieurs niveaux se multiplient à Douala comme à Yaoundé, les hôtels et centres commerciaux aussi, mais les techniciens capables d’entretenir un ascenseur restent une denrée rare. Ça pose question sur la manière dont le pays a anticipé, ou pas, cette montée en puissance immobilière.
BTE Engineering Group Cameroun n’est pas une structure improvisée. L’entreprise affiche un capital social de 83 millions de FCFA et une équipe de plus de 20 collaborateurs. Elle intervient déjà à Douala, Yaoundé, Bafoussam, Garoua, Bertoua, Kribi et Limbé, dans l’ingénierie électrique, les solutions énergétiques et la maintenance des ascenseurs.
L’entretien avec Yaya Ousman Tchounkeu Batchamen
Nous avons interrogé le fondateur de BTE Engineering Group Cameroun sur les contours de ce projet.
Pourquoi créer une école d’ascenseurs au Cameroun ?
« Le projet de création de l’académie BTE Engineering répond à une vision de long terme : développer une expertise locale dans un secteur technique encore peu structuré en Afrique centrale. Le marché camerounais de l’ascenseur est en pleine évolution avec le développement immobilier, la construction d’immeubles de plusieurs niveaux, des hôtels, des centres commerciaux et des infrastructures publiques. Cependant, le secteur fait face à un manque important de techniciens spécialisés capables d’assurer l’installation, la maintenance et le dépannage des équipements de mobilité verticale. »
Quel est le montant de l’investissement et comment se répartit-il ?
« À ce stade, l’investissement global est estimé à 428 millions de FCFA, comprenant notamment la construction des infrastructures, l’acquisition des équipements pédagogiques, la mise en place des ateliers pratiques et le développement des programmes de formation. Notre modèle économique repose sur plusieurs piliers : la formation professionnelle, les partenariats avec les acteurs industriels, les prestations techniques associées et l’accompagnement des entreprises dans le développement de leurs compétences internes. »
Combien de techniciens comptez-vous former ?
« Notre ambition est de former 150 techniciens durant les premières années, avec une approche essentiellement pratique permettant aux diplômés d’être rapidement opérationnels sur le terrain. Les débouchés concernent plusieurs secteurs : entreprises d’ascenseurs, sociétés de maintenance industrielle, entreprises du BTP, promoteurs immobiliers, hôtels, établissements publics et structures ayant besoin de compétences techniques spécialisées. »
Le projet vise-t-il uniquement le Cameroun ?
« Notre première ambition est de construire un centre de référence au Cameroun, capable de répondre aux besoins nationaux en matière de formation aux métiers de l’ascenseur et de l’ingénierie technique. À moyen terme, nous avons effectivement une vision sous-régionale, car les besoins en compétences spécialisées existent également dans plusieurs pays d’Afrique centrale. »
Êtes-vous ouverts à des partenariats extérieurs ?
« Le projet est porté par la vision de BTE Engineering Group Cameroun et repose actuellement sur notre engagement entrepreneurial. Cependant, nous sommes ouverts aux partenariats stratégiques avec les institutions publiques, les organismes de formation, les bailleurs de fonds et les entreprises internationales qui partagent cette vision de développement des compétences techniques. »
Un parcours qui explique aussi cette vision. Né en 2006 au Cameroun, Yaya Ousman Tchounkeu Batchamen a suivi une formation en électrotechnique avant de se spécialiser dans les technologies des ascenseurs, à Tours, en France. Il y acquiert des compétences en installation, programmation, mise en service et maintenance des systèmes de mobilité verticale. Avant de créer BTE Engineering Group, il a été électricien aux Prairies de la Mer, puis technicien metteur en service chez TK Elevator, tout en menant en parallèle une carrière de footballeur semi-professionnel, du côté du FC Grimaud et de Toulon.
Un double parcours atypique. Pas courant, dans le milieu de l’ingénierie camerounaise, de croiser un ancien footballeur devenu technicien d’ascenseurs puis chef d’entreprise.
Reste que le projet, aussi ambitieux soit-il, demeure à ce stade dans une phase préparatoire. Rien ne confirme encore les délais exacts de livraison du centre de Nyom, ni la date d’ouverture des premières formations. On attendait des précisions plus fermes sur le calendrier, mais l’entreprise reste prudente sur ce point, préférant sans doute sécuriser d’abord les aspects administratifs et fonciers avant toute communication officielle.
Le secteur du BTP camerounais a connu ces dernières années une expansion verticale nette, avec une vingtaine d’immeubles de grande hauteur sortis de terre rien qu’à Douala et Yaoundé. Sans techniciens formés localement, ces bâtiments dépendent souvent d’une main d’œuvre étrangère ou de contrats de maintenance coûteux avec des entreprises internationales. Une école comme celle projetée à Nyom pourrait, si elle voit effectivement le jour dans les délais annoncés, changer cette dépendance.
Difficile de ne pas y voir un pari sur l’avenir des infrastructures camerounaises.
Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l’énergie, les infrastructures et les marchés camerounais.
Email: laurentdiby@237online.com
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