Écoles francophones en milieu anglophone : une démarche « intéressante »

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick évalue des projets d’écoles francophones dans trois milieux très anglophones, sans qu’il y ait pour autant de démarche citoyenne. Il s’agit d’une démarche « intéressante », croit une chercheuse qui y voit une approche proactive de la part de Fredericton.

Radio-Canada a révélé que Fredericton s’est fixé un seuil pour lancer une étude sur l’ouverture de telles écoles.

Il faut au moins 150 ayants droit à plus de 45 minutes de l’école francophone la plus proche. Il est aussi question de respect de la Charte des droits et libertés, qui garantit aux francophones du Nouveau-Brunswick le droit d’envoyer leurs enfants à l’école en français

Les documents obtenus par Radio-Canada en vertu de la Loi sur le droit à l’information et la protection de la vie privée révèlent aussi qu’aucun mouvement populaire n’est à l’origine des trois projets à l’étude actuellement, soit dans les régions de St. Stephen, Sussex et Woodstock.

Michelle Landry, professeure de sociologie à l’Université de Moncton, trouve intéressante la démarche de Fredericton.

Ailleurs au pays quand on a ouvert des écoles, habituellement, c’était des poursuites judiciaires, souvent en tout cas c’était des poursuites judiciaires qui émanaient de comités de parents, dit-elle en entrevue à l’émission La matinale.

La sociologue Michelle Landry. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Là, ici, on a un cas que ça vient du gouvernement, donc déjà, c’est une situation particulière. C’est intéressant. Le gouvernement est donc proactif sur cette question-là, ajoute-t-elle, en soulignant que la publication récente de données sur les ayants droit par Statistique Canada a possiblement nourri cette réflexion.

L’importance de la petite enfance

S’il est question de projets d’écoles et non de garderies, Michelle Landry croit que la petite enfance peut-être un facteur déterminant pour la taille et même l’aboutissement du projet.

Si on met un service de garde de langue française, par exemple, même si c’est un petit, ça, ça peut vraiment augmenter les nombres [d’élèves qui fréquentent ces écoles], ce qu’on a vu ailleurs, ce que les études démontrent, explique-t-elle.

Celle qui est aussi titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les minorités francophones canadiennes croit qu’il faut s’intéresser davantage aux enfants âgés de 0 à 4 ans, même plus qu’à ceux qui vont déjà à l’école, puisque ceux-ci peuvent être moins disposés à faire un changement.

Le rôle du District scolaire francophone Sud

C’est le District scolaire francophone Nord-Ouest (DSFNO) qui a demandé au ministère de l’Éducation d’ouvrir une école dans la région de Woodstock, alors que la demande concernant des écoles pour les régions de St. Stephen et de Sussex est venue du District scolaire francophone Sud (DSFS).

Le président du conseil d’éducation du DSFS, Michel Côté, explique que la demande pour ces deux écoles figurait dans une poursuite qu’il a déposée contre le gouvernement du Nouveau-Brunswick en 2024.

Une personne devant des drapeaux du Nouveau-Brunswick et du Canada.

Michel Côté. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Pascal Raiche-Nogue

L’objet de la poursuite est toutefois bien plus large que ces deux projets.

Les investissements nécessaires pour agrandir et rénover nos écoles existantes et en construire de nouvelles sont nettement insuffisants au DSFS, pouvait-on lire dans une déclaration écrite du président du conseil au moment de déposer la poursuite.

Pour les générations futures

Quand on bâtit une école, on ne la bâtit pas nécessairement pour les gens qui sont sur place au moment où on se parle. On la bâtit pour les générations futures, dit Michel Côté en entrevue au sujet de l’absence de mouvement populaire.

Selon lui, le seuil que s’est fixé le gouvernement du Nouveau-Brunswick pour déclencher une étude – la présence de 150 ayants droit à 45 minutes d’une école de langue française existante – est un chiffre très élevé.

Une carte du Nouveau-Brunswick représentant le nombre d'ayants droit par région.

Le ministère de l’Éducation a produit cette carte représentant les ayants droit par région.

Photo : Ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance du N.-B.

Avec ce chiffre-là, je suis confiant que l’école sera viable et sera peuplée comme elle se doit, dit-il.

Michel Côté estime que ces écoles permettront de lutter contre l’assimilation et contre le déclin du poids des francophones au Nouveau-Brunswick, qui continuent depuis de nombreuses années.

Quoi de mieux que d’offrir des écoles aux francophones pour pouvoir au moins stabiliser la perte de francophones au niveau de la province, affirme-t-il.

Avec des informations de l’émission de La matinale et de Nouemsi Njiké

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